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Extrait de "Raja Yoga ou Occultisme", L'Occultisme et les Arts occultes

J'avais souvent ouï dire, mais sans le croire jusqu'à présent,
Qu'il existait des êtres qui, par des pouvoirs magiques puissants,
Pouvaient plier les lois de la Nature à leurs desseins mauvais.
MILTON.

Plusieurs lettres de la « Correspondance » de ce mois témoignent de la forte impression qu'a produite sur certains esprits notre article du mois dernier « L'Occultisme pratique ». Ces lettres justifient pleinement et renforcent les deux conclusions logiques suivantes :

  • a) II existe plus d'hommes réfléchis et instruits qui croient à la réalité de l'Occultisme et de la Magie (les deux étant complètement différents), que ne le pense le matérialiste moderne  et
  • b) La plupart de ces gens (y compris beaucoup de théosophes) n'ont aucune idée définie de la nature de l'Occultisme, et le confondent avec les sciences occultes en général, et même avec « l'Art Noir ».

Les idées qu'ils se font des pouvoirs que l'Occultisme confère à l'homme, et des moyens à employer pour les acquérir, sont aussi variées que fantaisistes. Certains s'imaginent qu'il suffit, pour devenir un Zanoni, de posséder un maître de l'art pour vous montrer le chemin. D'autres pensent que le simple fait de traverser le canal de Suez, et d'aller aux Indes, vous transforme en un Roger Bacon, ou même en un comte de Saint-Germain. Beaucoup considèrent comme leur idéal Margrave et sa jeunesse éternellement renouvelée, sans s'occuper de l'avilissement de l'âme qui en est le prix. Beaucoup aussi, confondant la sorcellerie pure et simple avec l'Occultisme, « évoquent le revenant décharné de l'ombre de Stygie, marchant par la terre entrouverte, vers les routes de lumière » , et prétendent, à la suite de cet exploit, être considérés comme des Adeptes parfaits. « La Magie cérémonielle » selon les règles qu'Éliphas Lévi fit semblant de tracer, est un autre soi-disant alter ego de la philosophie des anciens Arhats. En résumé, les couleurs sous lesquelles l'Occultisme apparaît aux ignorants de la philosophie sont aussi multiples et variées qu'il est possible à l'imagination humaine de se les représenter.

Les candidats à la Sagesse et au Pouvoir se montreront-ils indignés si on leur dit la simple vérité ? II est non seulement utile, mais il est devenu nécessaire de leur ouvrir les yeux avant qu'il ne soit trop tard. La vérité à ce sujet se résume en quelques mots : Parmi les centaines de fervents qui s'intitulent « Occultistes » , il n'y en a pas une demi-douzaine en Occident qui aient une idée, même à peu près correcte, de la nature de la Science dont ils cherchent à se rendre maîtres. À quelques exceptions près, ils sont tous sur le chemin de la sorcellerie. Qu'ils mettent d'abord un peu d'ordre dans le chaos de leur mental, avant de protester contre cette assertion. Qu'ils apprennent d'abord le rapport réel qui existe entre les Sciences Occultes et l'Occultisme, puis la différence entre les deux, et qu'alors ils se fâchent, s'ils croient encore avoir raison. En attendant, qu'ils sachent que l'Occultisme diffère de la Magie et des autres sciences secrètes, comme le Soleil étincelant diffère d'un feu follet, ou comme l'Esprit immuable et immortel de l'Homme — lui-même la réflexion du TOUT absolu, sans cause et inconnaissable — diffère de l'enveloppe mortelle d'argile, le corps humain.

Dans notre haute civilisation occidentale, où les langues modernes ont été créées et les mots forgés selon la tendance des idées et des pensées — comme c'est le cas pour toutes les langues — plus le langage se matérialisait sous l'influence glacée de l'égoïsme occidental et de sa recherche incessante des biens de ce monde, moins l'on éprouvait le besoin de former de nouveaux termes pour exprimer ce qui était tacitement considéré comme une pure « superstition » définitivement sans valeur. Ces termes répondaient seulement à des idées qu'aucun homme cultivé n'était censé nourrir dans son mental. La « Magie » était considérée comme synonyme de prestidigitation ; la « sorcellerie » , comme l'équivalent d'une ignorance sordide ; et, en évoquant « l'Occultisme » , les « regrettables productions » des cerveaux fêlés des Philosophes du Feu du Moyen Âge, des Jacob Boehme et des Saint-Martin, on croit avoir tout dit de ce qui rentre dans le domaine de « l'illusionisme » . Ce sont là des termes de mépris qu'on emploie généralement en parlant de la lie et des rebuts que nous ont légués les âges sombres et les siècles antérieurs de paganisme. Nous n'avons donc pas de termes dans nos langues pour définir et décrire avec nuances les différences de ces pouvoirs anormaux et les sciences qui mènent à leur acquisition tandis qu'avec les langues orientales, et surtout le sanskrit, toutes ces nuances de sens peuvent être exprimées. Quelle signification les mots « miracle » et « enchantement » (de sens identique après tout, puisque tous deux expriment l'idée de choses extraordinaires produites en violant les lois de la nature (!), comme l'expliquent les sommités reconnues) éveillent-ils dans l'esprit de ceux qui les entendent ou les prononcent ? Un chrétien qui croit fermement aux miracles (même s'il s'agit d'une violation « des lois de la nature » ), parce qu'on les dit avoir été produits par Dieu, par l'entremise de Moïse, se moquera des enchantements accomplis par les magiciens du Pharaon, ou les attribuera au diable. Ce sont ces derniers que nos pieux ennemis rattachent à l'Occultisme, tandis que leurs adversaires impies, les infidèles, se rient de Moïse, des Magiciens, des Occultistes, et rougiraient d'accorder le moindre sérieux à de telles « superstitions » . Tout ceci parce qu'il n'existe pas de termes pour marquer les différences, pour exprimer les nuances et tracer la ligne de démarcation entre le sublime et l'absurde, la vérité et le ridicule. Car, absurdes et ridicules sont les interprétations théologiques qui enseignent la « violation des lois de la nature » par l'homme, Dieu ou le diable ; et sublimes de vérité, les « miracles » scientifiques et les enchantements de Moïse et des Magiciens, accomplis en accord avec les lois naturelles, et appris dans toute la Sagesse des Sanctuaires (qui étaient les « Sociétés Scientifiques » de ces temps) et en fait, dans l'OCCULTISME authentique. Ce terme d'Occultisme, traduction du mot composé Gupta Vidyâ, la Connaissance Secrète, donne certainement lieu à confusion. Connaissance de quoi, demandera-t-on ? L'examen de quelques termes sanskrits pourra nous aider à répondre à cette question.

Même dans les Purâna exotériques, on cite, parmi beaucoup d'autres, quatre sortes différentes de Connaissances ou de Sciences Ésotériques. Ce sont : 1° Yajna-Vidyâ (1), la connaissance des pouvoirs occultes éveillés dans la Nature, par l'accomplissement de certaines cérémonies et de certains rites religieux ; 2° Mahâvidyâ, la « grande connaissance » , la magie des cabalistes et du culte tantrika, souvent de la sorcellerie de la pire espèce ; 3° Guhya Vidyâ, la connaissance des pouvoirs mystiques résidant dans le Son (Éther), par conséquent dans les mantras (prières ou incantations chantées) et dépendant du rythme et de la mélodie employés ; en d'autres termes, une action magique basée sur la Connaissance des Forces de la Nature, et sur leur corrélation ; enfin, 4° ATMA VIDYÂ, un terme qui est traduit simplement par « Connaissance de l'Âme » , ou vraie Sagesse, par les orientalistes, mais qui signifie beaucoup plus.

Cette dernière est la seule espèce d'Occultisme qu'un théosophe qui admire « La Lumière sur le Sentier » , et qui souhaite devenir sage et altruiste, devrait essayer d'atteindre. Tout le reste constitue des ramifications des « Sciences Occultes » , c'est-à-dire des arts basés sur la connaissance de l'essence ultime de toutes choses dans les règnes de la Nature, tels que le minéral, le végétal et l'animal ; des choses participant donc du domaine de la nature matérielle, aussi invisible que soit cette essence, et bien qu'elle ait jusqu'ici défié l'analyse de la science. L'alchimie, l'astrologie, la physiologie occulte, la chiromancie existent dans la Nature, et les sciences exactes — appelées peut-être ainsi parce qu'elles ont prouvé, dans notre siècle de philosophies paradoxales, qu'elles étaient l'inverse — ont déjà découvert pas mal de secrets des arts ci-dessus mentionnés. Mais la clairvoyance, symbolisée en Inde par l' « Œil de Shiva » , appelée au Japon la « Vision Infinie » , n'est pas l'hypnotisme, le fils illégitime du mesmérisme, et ne peut s'acquérir par de tels arts. Ceux-ci peuvent être atteints sans grandes difficultés, et donner lieu à des résultats bons, mauvais ou indifférents, mais l'Atma Vidyâ n'y attache que peu de valeur. Elle les embrasse tous, et en fait même usage à l'occasion pour des fins bienfaisantes, après les avoir purifiés de leur lie, prenant soin de les débarrasser de tout élément au motif égoïste. Expliquons-nous. Tout homme ou toute femme peut se mettre à étudier l'un quelconque des « Arts Occultes » sus-mentionnés, sans grande préparation préalable, et même sans adopter un mode de vie trop sévère. Il n'est pas même nécessaire d'avoir un haut idéal moral. Dans ce dernier cas, l'étudiant a neuf chances sur dix de devenir tout bonnement un sorcier, et de tomber la tête la première dans la magie noire. Mais qu'est-ce que cela peut faire ? Les sorciers du Vaudou et les dugpa mangent, boivent et se réjouissent sur les hécatombes de victimes dues à leurs arts infernaux. Et les aimables et distingués vivisectionnistes, comme aussi les « hypnotiseurs » diplômés des Facultés de Médecine, font exactement de même, la seule différence entre les deux classes étant que les sorciers du Vaudou et les dugpa sont des sorciers conscients, tandis que la bande des Charcot-Richet est formée de sorciers inconscients. Ainsi, puisque les uns et les autres devront récolter les fruits de leurs travaux et réalisations dans l'art noir, il est juste que les praticiens d'Occident ne recueillent pas seulement la punition et la mauvaise réputation, mais aussi les profits et les plaisirs qu'ils peuvent en retirer. Car nous le répétons encore, l'hypnotisme et la vivisection, tels qu'ils se pratiquent dans ces écoles, sont de la sorcellerie pure et simple, moins la connaissance que les sorciers du Vaudou et les dugpa possèdent, et qu'aucun Charcot-Richet ne pourrait obtenir en cinquante années d'études serrées, et d'observations expérimentales. Que ceux donc qui veulent jouer avec la magie (qu'ils en comprennent ou non la nature), mais qui trouvent trop dures les règles imposées à ses étudiants et rejettent l'Atma-Vidyâ ou Occultisme, agissent à leur guise. Qu'ils deviennent magiciens s'ils le veulent, dussent-ils renaître comme sorciers du Vaudou et dugpa durant dix incarnations.

   

Mais l'intérêt de nos lecteurs sera probablement axé sur le sort de ceux qui sont irrésistiblement attirés vers l'« Occulte » , et qui ne comprennent pas cependant la vraie nature de leur aspiration, ni ne sont exempts de passions, et encore moins d'égoïsme.

Que dire de ces malheureux, nous demandera-t-on, qui sont ainsi déchirés par des forces antagonistes ? Car, on l'a dit trop souvent pour qu'il faille encore le répéter, et le fait saute aux yeux de tout observateur : dès que le désir de l'Occultisme s'est réellement éveillé dans le coeur de l'homme, il n'y a plus pour lui aucun espoir de paix, aucun endroit au monde où il puisse trouver le repos et le réconfort. Il est entraîné vers les espaces désertiques et désolés de la vie, par une inquiétude qui ne cesse de le ronger sans qu'il puisse l'apaiser. Son coeur est trop rempli de passions et de désirs égoïstes pour lui permettre de franchir la Porte d'Or, et cependant il ne peut plus trouver le repos et la paix dans la vie ordinaire. Doit-il donc tomber inévitablement dans la sorcellerie et la magie noire, et accumuler sur lui, durant de nombreuses incarnations, un karma terrible ? N'y a-t-il aucune autre voie pour lui ?

Nous répondons : il en existe une autre. Qu'il n'aspire pas à un but plus élevé que celui qu'il se sent capable d'atteindre. Qu'il n'assume pas une tâche dont le poids est trop lourd pour lui. Sans jamais devenir un « Mahâtma  », un Bouddha ou un Grand Saint, qu'il étudie la philosophie et la « Science de l'Âme », et il pourra devenir l'un des modestes bienfaiteurs de l'humanité, sans aucun pouvoir « surhumain ». Les siddhi (ou les pouvoirs de l'Arhat) appartiennent à ceux qui sont capables de « mener la vie requise », de se plier aux terribles sacrifices qu'exige un tel entraînement, et de s'y plier à la lettre. Qu'il sache dès le début, et qu'il se souvienne toujours, que le véritable Occultisme ou la Théosophie est le « Grand renoncement au SOI » , absolu et sans restriction, en pensée comme en acte. C'est l'ALTRUISME, et il rejette complètement celui qui le pratique hors des rangs des vivants. « Il ne vit plus pour lui-même mais pour le monde », dès qu'il s'est voué au travail. Il lui est pardonné beaucoup durant les premières années de probation, mais aussitôt qu'il est « accepté » , sa personnalité doit disparaître, et il doit devenir une simple force bienfaisante dans la Nature. Deux pôles se présentent à lui après cela, deux sentiers sans aucun lieu de repos intermédiaire. Il doit ou bien monter péniblement, pas à pas, souvent durant de nombreuses incarnations et sans repos dévachanique, l'échelle d'or qui mène à l'état de Mahâtma (l'état d'Arhat ou de Bodhisattva), ou bien se laisser glisser en bas de l'échelle au premier faux pas, et tomber dans l'état de dugpa...

Tout ceci est soit ignoré soit complètement perdu de vue. Vraiment, celui qui peut observer l'évolution silencieuse des aspirations premières des candidats découvre souvent des idées étranges qui s'implantent insensiblement dans leur esprit. Certains ont les pouvoirs de raisonnement si faussés par des influences étrangères qu'ils s'imaginent pouvoir sublimer et élever les passions animales, tout en conservant en eux-mêmes, pour ainsi dire, la furie, la force et le feu de ces passions ; ils pensent pouvoir les emmagasiner et les retenir dans leur sein, jusqu'à ce que leur énergie soit non pas dissipée, mais canalisée vers des buts plus hauts et plus saints, c'est-à-dire jusqu'à ce que leur force collective en réserve permette à son possesseur d'entrer dans le vrai sanctuaire de l'Âme, et de s'y tenir en présence du Maître — le SOI SUPÉRIEUR ! Dans ce but ils se refusent à lutter contre leurs passions et à les détruire. Ils se contentent d'étouffer et de tenir en échec par un puissant effort de volonté les flammes ardentes, laissant couver le feu sous une mince couche de cendres. Ils se soumettent joyeusement à la torture du jeune Spartiate qui se laissait dévorer les entrailles par le renard plutôt que de s'en séparer. Ô pauvres visionnaires aveugles !

Autant espérer qu'une bande de ramoneurs ivres, en transpiration, et salis par leur travail, puissent être enfermés dans un Sanctuaire tendu de draperies blanches, sans souiller cette pureté, ni transformer cette blancheur en un amas de linges sales, et qu'au contraire ils deviennent maîtres des lieux sacrés, et finalement, en sortent immaculés comme ces lieux. Pourquoi ne pas imaginer qu'une douzaine de putois enfermés dans l'atmosphère pure d'un Dgon-pa (monastère) puissent s'en échapper tout imprégnés des parfums de l'encens qu'on y brûle ?... Étrange aberration de l'esprit humain ! Peut-il en être ainsi ? Raisonnons un peu.

Le « Maître » dans le Sanctuaire de nos âmes est « le Soi Supérieur » — l'Esprit divin dont la conscience dans la vie incarnée a pour base le Mental et en dérive uniquement (du moins pendant la vie mortelle de l'homme dans lequel ce Soi est captif) ; ce Mental, nous avons décidé de l'appeler l'Âme Humaine, tandis que l' « Âme Spirituelle » est le véhicule de l'Esprit. À son tour, l'âme humaine, ou personnelle, est, sous sa forme supérieure, un composé d'aspirations et de volitions spirituelles, et d'amour divin ; et, dans son aspect inférieur, elle est constituée par des désirs animaux et des passions terrestres qui proviennent de son association avec son véhicule, le siège de ces désirs et de ces passions. L'âme humaine constitue donc un lien intermédiaire entre la nature animale de l'homme — que sa raison supérieure cherche à maîtriser — et sa nature spirituelle et divine, vers laquelle cette raison gravite, chaque fois qu'elle triomphe dans sa lutte contre la nature animale intérieure. Celle-ci est l' « Âme animale » instinctive, la serre chaude de ces passions que certains enthousiastes imprudents, comme nous venons de le voir, entretiennent et nourrissent dans leur sein, au lieu de les tuer. Espèrent-ils encore par là transformer les flots boueux de l'animalité en eaux cristallines de vie ? Où donc, sur quel terrain neutre enchaîneront-ils ces passions afin qu'elles n'affectent plus l'homme ? Les passions violentes de l'amour et de la luxure sont toujours vivantes, et l'homme se plaît à les conserver dans leur lieu d'origine — cette même âme animale ; car les aspects supérieurs aussi bien qu'inférieurs de l' « Âme Humaine » ou du mental, rejettent de tels hôtes, bien qu'ils ne puissent s'empêcher d'en être souillés, en raison de leur voisinage. Le « Soi Supérieur » , ou l'Esprit, est tout aussi incapable d'assimiler de tels sentiments que l'eau de se mêler à l'huile ou à du suif liquide impur. C'est donc le mental seul — l'unique lien et intermédiaire entre l'homme terrestre et le Soi supérieur — qui constitue le seul martyr, en danger constant d'être entraîné par ces passions toujours en demi-sommeil, et de périr dans l'abîme de la matière. Et comment pourrait-il jamais s'accorder avec l'harmonie divine du Principe Supérieur, alors que cette harmonie est détruite par la seule présence de ces passions animales dans le Sanctuaire en préparation ? Comment l'harmonie peut-elle être atteinte et maintenue, si l'âme est souillée et désaxée par le tourbillon des passions et les désirs terrestres des sens corporels ou même de l' « Homme Astral » ?

Car cet « Astral » — le « double » vaporeux (présent dans l'animal comme dans l'homme) —n'est pas le compagnon de l'Ego divin, mais du corps terrestre. C'est lui qui constitue le lien entre le soi personnel, (la conscience inférieure de Manas) et le Corps, et qui est le véhicule de la vie transitoire, mais non de la vie immortelle. Comme l'ombre projetée par l'homme, il suit servilement et machinalement ses mouvements et impulsions, et tend par conséquent vers la matière, sans jamais s'élever vers l'Esprit. C'est uniquement quand la puissance des passions est complètement anéantie, quand ces dernières ont été broyées et annihilées dans le creuset d'une volonté inflexible, quand non seulement tous les appétits et les désirs de la chair sont morts, mais encore que le sentiment même du Soi personnel est tué, et l' « Astral » réduit par là à zéro, que l'Union avec le « Soi Supérieur » peut s'accomplir. Et quand l' « Astral » ne reflète plus que l'homme maîtrisé, la personnalité toujours vivante, mais dépourvue de désirs et d'égoïsme, alors le brillant Augoeides, le soi divin, peut vibrer en harmonie consciente avec les deux pôles de l'Entité humaine — l'homme de matière purifié, et l'Ame Spirituelle toujours pure — et se tenir en présence du MAÎTRE-SOI (le Christos des gnostiques mystiques), uni à LUI, immergé en LUI à tout jamais (2).

Comment alors peut-on croire qu'il soit possible pour un homme d'entrer par la « porte étroite » de l'Occultisme, alors que ses pensées de chaque jour et de chaque heure sont fixées sur des choses terrestres, sur des désirs de possession et de pouvoir, sur la convoitise, l'ambition, ainsi que sur des devoirs qui, pour être honorables, sont encore de la terre. Même l'amour pour l'épouse et la famille, la plus pure et la plus altruiste des affections humaines — est un obstacle au véritable Occultisme. Car, que nous prenions comme exemple l'amour sacré d'une mère pour ses enfants, ou celui d'un mari pour sa femme, même dans ces sentiments, quand on les analyse à fond et les passe au crible le plus serré, on découvre de l'égoïsme dans le premier cas, et un égoïsme à deux (3) dans le second. Quelle mère ne sacrifierait pas sans hésiter un seul instant des centaines et des milliers de vies pour sauver celle de son enfant bien-aimé ? Et quel amant, ou vrai mari, ne briserait le bonheur de tous les hommes et femmes qui l'entourent, pour satisfaire le désir de celle qu'il aime ? Et cela est bien naturel, nous dira-t-on. Sans doute, à la lumière du code des affections humaines ; mais il en est autrement du point de vue de l'amour divin universel. Car, si le coeur est rempli de pensées pour un petit groupe de soi, qui nous tiennent de près et nous sont chers, comment le reste de l'humanité trouvera-t-il place dans notre âme ? Quelle part d'amour et d'intérêt restera-t-il à offrir à la « grande orpheline » ? Et comment la « petite voix silencieuse » se fera-t-elle entendre dans une âme complètement occupée par ses hôtes privilégiés ? Quelle place restera-t-il pour permettre aux besoins de l'Humanité en bloc de nous impressionner et même de susciter en nous une réponse immédiate ? Et cependant, celui qui veut prendre part à la sagesse du Mental Universel doit y atteindre par la voie de l'Humanité tout entière, sans distinction de race, de couleur, de religion ou de rang social. C'est l'altruisme, et non l'égoïsme — même dans sa conception la plus légale et la plus noble — qui est capable de conduire l'individu vers une fusion de son petit Soi avec les Soi Universels. Et le vrai disciple du véritable Occultisme doit se consacrer à ce travail, et à ces nécessités, s'il veut acquérir la théo-sophia, la Sagesse et la Connaissance divines.

L'aspirant doit absolument choisir entre la vie du monde et la vie de l'Occultisme. Il est inutile et vain de tenter de concilier les deux, car personne ne peut servir deux maîtres et les satisfaire à la fois. Nul ne peut servir son corps et son Âme supérieure, remplir son devoir familial et son devoir universel, sans priver l'un ou l'autre de ce qui lui est dû, car ou bien il prêtera l'oreille à la « petite voix silencieuse » et n'entendra pas les cris de ses enfants, ou il ne s'occupera que de ceux-ci, et restera sourd à l'appel de l'Humanité. Ce serait une lutte incessante et affolante pour presque tout homme marié, que de vouloir poursuivre le véritable Occultisme pratique, au lieu de sa philosophie théorique. Car il hésiterait constamment entre l'appel de l'amour terrestre personnel et celui de l'amour divin impersonnel pour l'Humanité. Et ceci ne pourrait que le faire faillir à l'un ou l'autre de ses devoirs, sinon aux deux. Mais il y a pis que cela, car celui qui succombe à un amour ou à une passion terrestre, après s'être lié par un serment à l'OCCULTISME, doit en ressentir un effet presque immédiat : celui d'être irrésistiblement rejeté de l'état divin impersonnel vers le plan inférieur de matière. La jouissance sensuelle, ou même mentale, implique la perte immédiate des pouvoirs de discernement spirituel ; la voix du MAÎTRE ne peut plus être distinguée de celle de ses propres passions, ou même de celle d'un dugpa ; le bien ne se distingue plus du mal, la saine morale de la simple casuistique. Les fruits de la Mer Morte revêtent l'apparence mystique la plus merveilleuse, mais se transforment en cendres dans la bouche, et en fiel dans le coeur, en créant
Un gouffre qui s'approfondit sans cesse, une obscurité qui s'épaissit toujours,
Et qui fait prendre la folie pour la Sagesse, la faute pour l'innocence,
L'angoisse pour le ravissement, et le désespoir pour l'espérance.

La plupart des hommes, lorsqu'ils se sont trompés et ont agi selon leurs erreurs, reculent devant l'aveu et s'enfoncent de la sorte de plus en plus bas dans la fange. Et bien que ce soit l'intention qui décide en premier lieu si c'est la magie blanche ou la noire qui sera pratiquée, les résultats d'une sorcellerie même inconsciente et involontaire ne peuvent manquer de produire un mauvais karma. Il a été maintenant amplement prouvé que la sorcellerie consiste à exercer une influence mauvaise quelconque sur les autres qui, par elle, souffrent ou font souffrir autrui par voie de conséquence. Karma est une lourde pierre lancée dans les eaux tranquilles de la Vie ; et, comme elle, il produit des ondes concentriques qui vont s'élargissant sans cesse presque à l'infini. Ces causes doivent nécessairement amener des effets qui se manifestent dans les justes lois de la Rétribution.

Une bonne part de ces effets pourraient être évitée, si seulement les hommes s'abstenaient de se lancer dans des pratiques dont ils ne comprennent ni la nature, ni l'importance. Il n'est demandé à personne de porter un fardeau qui dépasse ses forces et ses pouvoirs. Il y a des « magiciens-nés » ; des Mystiques et des Occultistes de naissance, et de droit, à la suite d'une série d'incarnations et d'immenses périodes de souffrances et d'échecs. Ceux-ci sont à l'abri des passions, pourrait-on dire. Aucun feu d'origine terrestre ne peut enflammer leurs sens ou leurs désir ; aucune voix humaine ne trouve de réponse dans leur âme, sinon le grand cri de l'Humanité. Ce sont les seuls certains de leur succès, mais on ne les rencontre que de temps en temps, et ils réussissent à passer les portes étroites de l'Occultisme parce qu'ils ne transportent avec eux aucun bagage personnel de sentiments humains et transitoires. Ils ont rejeté le sentiment de la personnalité inférieure, et ont de la sorte paralysé l'animal « astral » ; et l'étroite porte d'or s'ouvre devant eux. Il n'en est pas de même pour ceux qui doivent encore porter durant quelques incarnations le poids des péchés commis dans des vies antérieures, et même dans leur existence présente. Pour eux, à moins qu'ils n'avancent avec grande précaution, la porte d'or de la Sagesse peut devenir le large portique et le grand chemin « qui conduisent à la destruction » , et c'est pourquoi « nombreux sont ceux qui prennent cette voie». C'est la Porte des Arts Occultes pratiqués dans des buts égoïstes, et sans l'influence restrictive et bienfaisante d'ATMA VIDYÂ. Nous sommes dans le kali yuga, et son influence fatale est mille fois plus puissante en Occident qu'en Orient ; de là, cette facilité avec laquelle les Pouvoirs de l'Âge des Ténèbres font des victimes dans cette lutte cyclique ; de là aussi les multiples erreurs dans lesquelles le monde d'aujourd'hui se débat. L'une d'entre elles consiste à croire qu'il est facile pour les hommes d'atteindre le « Portail » et de passer le seuil de l'Occultisme, sans aucun grand sacrifice. C'est là le rêve de la plupart des théosophes, un rêve inspiré par le désir du Pouvoir et par l'égoïsme personnel, et ce ne sont pas de tels sentiments qui les conduiront jamais au but convoité. Car, comme l'a bien dit l'un de ceux qui passent pour s'être sacrifiés pour l'humanité : « étroite est la porte et étroit le chemin qui conduisent à la vie » éternelle, et par conséquent « rares sont ceux qui la trouvent ». Si étroite en vérité qu'à la simple mention de quelques-unes des difficultés préliminaires des candidats occidentaux, effrayés, font demi-tour et battent en retraite en frissonnant...

Qu'ils s'arrêtent ici et ne tentent pas d'aller plus avant, faibles comme ils le sont. Car si, tournant le dos à la porte étroite, ils se laissent entraîner par leur soif d'Occulte, et font un seul pas dans la direction des Portes larges et plus accueillantes du mystère d'or qui étincelle dans la lumière de l'illusion, malheur à eux ! Ce mystère ne peut conduire qu'à l'état de dugpa, et bientôt ils se trouveront dirigés sur la Via Fatale de l'Inferno, au portail duquel Dante lut ces mots :

« Per me si va nella città dolente
Per me si va nell'eterno dolore
Per me si va tra la perduta gente... » (4)

NOTES :

  • (1) «Le Yajña », disent les Brahmanes, « existe de toute éternité, car il a procédé du Suprême... dans lequel il gisait latent depuis le " sans commencement " » . II est la clef de la TRAIVIDYA, la science trois fois sacrée, contenue dans les versets du Rig, qui enseignent les Yagu ou mystères sacrificatoires. Le « Yajña » existe comme une chose invisible, de tout temps ; il est semblable au pouvoir latent de l'électricité dans une dynamo, qui ne requiert que l'action de l'appareil voulu pour s'extérioriser. Il est censé s'étendre de l'Ahavaniya, ou le feu du sacrifice, jusqu'au ciel, en formant un pont (ou une échelle) grâce auquel le sacrificateur peut communiquer avec le monde des dieux et des esprits, et même s'élever vivant jusqu'à leurs demeures. » (Aitareya Brahmana, publié par Martin Hauge).
    « Ce Yajña est encore une forme de l'Akâsha, et le mot mystique l'appelant à l'existence qui est prononcé mentalement par le Prêtre initié est le Mot perdu auquel le POUVOIR DE LA VOLONTÉ donne l'impulsion » . (Isis Unveiled, vol. l. Intr. Voir Aitareya Brahmana, Hauge).
  • (2) Ceux qui seraient enclins à voir dans l'homme trois Ego prouveront qu'ils sont incapables de saisir le sens métaphysique. L'homme est une trinité, composée du Corps, de l'Âme et de l'Esprit ; mais l'homme est cependant une unité, et n'est certainement pas son corps. Ce dernier est sa propriété, son vêtement transitoire. Les trois « Ego » représentent I'HOMME dans ses trois aspects, sur les plans (ou dans les états) astral, intellectuel ou psychique et spirituel.
  • (3) En français dans le texte (N.d.T.).
  • (4) Citation en italien dans le texte :
    « Ici s'ouvre le chemin de la ville des douleurs
    Où l'on va dans la souffrance éternelle
    Vivre au milieu des damnés... » (N.d.T.).

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