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Dieu et Prière, Contemplation

Sommaire :

  1. Dieu et Prière
  2. Contemplation

Dieu et Prière (↑ sommaire)

(Extrait du « Theosophical Movement », Bombay, de février, mars, avril 1932)

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Débarrassez-vous de l'idée que quelque grand Dieu écoute votre prière et y répond ou se refuse à le faire selon le cas. Un tel être n'existe pas; il n'y a pas de Dieu, pas d'Allah, pas d'Ahouramazda, pas de Jéhovah ; il n'y a pas non plus ce que quelques théosophes mal avisés appellent le Logos Solaire, dans le sens d'un créateur personnel extérieur à la Nature et à ses lois immuables, qui puisse vous accorder des faveurs spéciales. Il n'y a pas de puissance suprême à qui l'on puisse offrir des prières et de qui l'on puisse attendre des réponses. La Théosophie rejette une telle conception de Dieu. Notez cependant que les Théosophes ne sont pas des Athées comme on le pense quelquefois. Et vraiment, comme H.-P. Blavatsky l'a si souvent expliqué : la Théosophie, et seulement la Théosophie, en tant que système scientifique de pensée, peut prouver l'existence d'un Pouvoir divin universel omniprésent. Cette idée ne nie pas plus l'existence de Dieu ou de la Déité dans la Nature qu'un homme intelligent nierait l'existence du soleil, mais elle repousse tous les prétendus Dieux des religions orthodoxes....

Nous devons donc abandonner l'idée que la prière est une pétition à un Dieu ou à des Dieux. En outre, on abuse du « culte religieux » car on n'en comprend pas les grands dangers... Comme ce culte religieux est une institution particulièrement en honneur dans les Églises chrétiennes, essayons de voir ce que Jésus lui-même enseigna à ce propos. Sur cette question, comme sur d'autres d'ailleurs, ce que Jésus enseigna et ce qui est pratiqué par les Églises se trouvent souvent en opposition. Jésus ne laissait pas ses élèves et disciple
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entrer dans les synagogues publiques mais Il disait :

«  Quand tu pries, ne sois pas comme les hypocrites... mais entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là dans le lieu secret »
(Matthieu, VI, 5 et 6).

C'est un fait bien connu que des gens réunis et priant ensemble murmurent des mots sur un thème, mais leurs yeux voient ce qui les entoure, si bien qu'ils ne pensent pas à ce qu'ils disent, mais à ce qu'ils voient ! Ce n'est pas seulement l'idée d'éviter l'hypocrisie, la non-concentration et l'inattention qui est contenue dans les paroles de Jésus, mais aussi la mise en garde contre quelque chose de plus dangereux et de réellement fondamental, quelque chose que connaît tout Yogi et tout Occultiste. Beaucoup de Parsis, et même quelques Hindous pensent que ce serait une bonne réforme que de suivre la pratique des églises chrétiennes : prières collectives et hymnes chantés en chœur. Une fois de plus, il y a une base de vérité dans cette pratique ; mais telle qu'elle existe de nos jours, elle est entièrement dégradée, et on n'évalue pas réellement les dangers qu'elle représente. En effet de telles formes de culte éveillent certaines forces et à moins d'avoir la connaissance et la compréhension de ses effets, il vaudrait mieux ne pas pratiquer le culte. Quelle est alors la véritable prière ?...

Qu'est-ce que la vraie prière ?

Il y a trois voix dans l'homme : la voix des désirs charnels, la voix de la conscience et la voix de l'Âme... En chacun de nous il y a trois voix qui parlent... Nous pouvons limiter l'étude de notre sujet sur la prière, en l'examinant sous ces trois aspects. Il y a, en effet, une prière qui correspond à nos désirs, une autre qui correspond à notre conscience, et une troisième à notre Âme.

Le repentir et la pénitence sont des prières pour nous affranchir de l'aspect démoniaque des désirs. L'examen de soi-même est la prière pour bien exécuter les injonctions de notre conscience.

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La contemplation est la prière pour essayer d'atteindre l'Âme et d'entendre son murmure.

La première nous aidera à éviter les sensations de la voix de la chair ; la deuxième à développer et à fortifier la voix de la conscience, la troisième à éveiller le Dieu en nous. Ces trois pratiques, la pénitence, l'examen de soi-même et la contemplation, sont actuellement corrompues et dégradées et nous devons essayer d'en rétablir la méthode véritable dans nos vies. Quand il y aura plus d'hommes et de femmes qui comprendront et pratiqueront la véritable prière, ils sentiront — et non seulement eux-mêmes individuellement, mais encore leur communauté et leur pays — l'élévation de leur sagesse. Comme pour toute autre chose, la vraie réforme se produira ici également quand les individus, les uns après les autres auront abandonné les fausses méthodes de prière et adopté les vraies.

Essayons donc de comprendre le premier type de prière, dont nous avons tous besoin : le repentir, lorsque nous avons mal agi. La première vérité que nous devrions saisir est qu'il n'y a pas de force extérieure, pas de pouvoir extérieur à nous, qui puisse nous dominer, si nous ne le désirons pas et si nous ne voulons pas nous laisser dominer. Nos difficultés ne viennent pas d'un tentateur extérieur, mais de nous-mêmes qui y répondons de l'intérieur. Ne nous y trompons pas, il y a des forces de mal, de passions, de désirs qui, hélas ! entourent l'humanité. La Théosophie nous enseigne l'existence de la Lumière Astrale, qui, comme un serpent venimeux, s'enroule autour de l'humanité. Ce qu'est cette Lumière Astrale est expliqué en détail dans nos livres ; nous n'avons pas l'intention d'étudier ce sujet ici. Notez cependant ceci : si dans notre propre nature il n'y a pas de nourriture pour le serpent, il ne nous affectera pas...

Emportés par leurs passions et leurs désirs, les gens tombent dans l'erreur et commettent des actions erronées. C'est alors qu'il faut avoir recours à la force de la première sorte de prière. Le repentir n'est pas la confession ou l'absolution. Aucun prêtre, si haut soit-il, n'a le pouvoir de vous absoudre, aucun Pape ne peut vous débarrasser de vos péchés. Ce n'est pas non plus
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en faisant des simulacres d'incantations ou en murmurant du sanscrit, de l'avesta ou du latin que nous serons absous. Quelle est donc la pénitence correcte ? Percevoir clairement la faute commise, reconnaître intérieurement d'une façon courageuse et honnête que nous l'avons commise et faire intelligemment le nécessaire pour agir à rencontre des effets que nous avons générés. Ce n'est pas une confession à une autorité religieuse mais à nous-mêmes et à celui qui peut avoir été la victime de notre mauvaise action. Prenons un exemple simple. Vous trompez quelqu'un en lui racontant un mensonge. Vous rentrez chez vous et votre conscience vous inquiète. Vous vous confessez à vous-même, c'est très bien. Mais ensuite ? Une prière adressée à un Dieu quelconque ne servirait à rien. Même votre résolution de ne plus raconter de mensonges n'est pas suffisante. Ce ne sont là que des méthodes de prière fausses ou incomplètes. Que faut-il donc faire ? Ayant noté votre erreur, demandez-vous pourquoi vous l'avez commise, examinez vos motifs, allez ensuite vous confesser à l'ami à qui vous avez menti, exposez-lui vos bas motifs et enfin faites le nécessaire pour dire la vérité. La prière de la pénitence, générée par le vrai repentir et la vraie confession, est l'action opposée à l'erreur commise. Si nous nous contentons d'être ennuyés, de regretter, mais ne faisons rien, nous commettrons une faute plus grave encore la fois suivante. Dans notre exemple, nous dirons un plus grand mensonge. Bien entendu, il est difficile d'admettre que nous avons menti à notre ami, et il est difficile aussi de lui dire la vérité, cela blessera notre fierté, mais si nous voulons accomplir la vraie pénitence, nous devons le faire.

La prière et l'examen de soi-même

Nous nous éviterons bien des ennuis, si nous introduisons dans nos vies l'exercice de la deuxième sorte de prière, qui développe la conscience. Son nom est l'examen de soi-même. C'est un fait bien connu que les gens qui vont à l'église ou au temple, ou prient chez eux, commettent régulièrement des fautes et ne sont
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pas meilleurs que ceux qui ne vont jamais au temple ou ne prient jamais. Pourquoi cela ? Parce qu'ils ne connaissent pas, ou ne pratiquent pas l'examen de conscience. Qu'ils soient vicieux ou vertueux, ceux qui n'examinent pas leurs motifs et leurs idées, leurs méthodes et leurs habitudes, sont comme des animaux. Ils peuvent vivre comme des tigres coléreux ou comme des oiseaux heureux, mais ils ne grandissent pas, ils ne progressent pas. Qu'est-ce que l'examen de soi-même ? Il s'applique tout d'abord à la conscience, et ensuite à l'Âme.

Voyons tout d'abord la pratique. Le moment le plus propice est la fin de la journée. La Nature nous oblige à examiner toute notre vie à l'heure de la mort ; nous voyons alors en détail les images du cours de toute notre vie ; c'est là un phénomène de la Nature et les hommes sages adoptent ses leçons dans la vie courante. Tous les instructeurs spirituels ont recommandé et recommandent encore cet examen de soi-même comme exercice quotidien, ou prière. Comment pouvez-vous faire cette prière ? Vous devez tout d'abord finir tout ce que vous avez à faire, vous préparer pour la nuit et être seul. Commencez alors à revoir tout ce que vous avez fait pendant la journée qui est en train de se terminer. Revoyez toutes vos activités, elles se divisent pour nous tous en quatre classes : toutes nos pensées, toutes nos sensations, toutes nos paroles, toutes nos actions. Certaines personnes commencent à la première heure du matin et remontent jusqu'à la dernière heure. D'autres procèdent inversement  : elles commencent par le dernier acte et retournent en arrière. D'autres enfin séparent les quatre classes : pensées, sensations, paroles, actions. Peu importe la méthode que vous adoptez ou la façon dont vous faites cet examen de conscience, l'important est de le faire. Examinez-vous, notez vos points faibles tout comme les bons, ne forgez pas d'excuses pour vos omissions et vos fautes, n'essayez pas de justifier vos erreurs. Regardez la situation en face, soyez sincères envers vous-mêmes, soyez honnêtes. En notant les fautes qui peuvent être expiées, repentez-vous et décidez de vous imposer la pénitence convenable le lendemain. D'autre part, ne vous enorgueillissez pas,
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mais notez avec humilité le fait d'avoir, dans certains cas, agi avec justice, parlé avec sincérité, ressenti avec bonté ou pensé avec noblesse.

Mais il y aura une difficulté de plus. Dans certains cas, nous ne sommes pas certains de savoir si ce que nous avons fait relève du bien ou du mal. Il est relativement aisé de noter ce qui est bien et de regarder en face ce qui est mal, d'éviter l'orgueil, comme le découragement, mais que faire lorsque nous ne sommes pas sûrs, lorsque nous avons quelque doute ? Quand nous sommes sûrs de notre attitude, nous nous apercevons souvent ensuite que nous avions tort ! Il est donc particulièrement nécessaire de toujours avoir une base juste, logique et raisonnable pour nous justifier ou nous critiquer. Ne soyez pas un avocat ou un homme de loi, n'essayez pas de faire en sorte que votre client — votre soi inférieur — échappe à la punition de ses fautes, ne l'excusez pas non plus. Soyez un juge, impartial, sage, qui décide... non selon ses sentiments mais selon la Loi. Et ceci nous amène au point le plus important. Pour être un bon juge, pour rendre des sentences correctes, vous devez avoir la connaissance. C'est ici, que nous voyons la grande valeur, la nécessité capitale de l'étude. Notre rétrospection, notre examen de nous-mêmes, sera en quelque sorte stérile si nous n'avons pas la connaissance réelle du bien et du mal. C'est pour cette raison que le Bouddha enseignait à ses Bikkhus (disciples) d'examiner leur conduite à la lumière des Divines Paramitas, les Vertus inhérentes à la Nature, qui peuvent être comprises par une étude des Lois de la Nature. Exactement de la même façon qu'en prêtant attention à notre conscience et en obéissant à ses injonctions, nous évitons d'être la victime de la voix de la chair, de même en nous mettant en rapport avec de grandes et nobles idées, et particulièrement avec les lois de la Nature qui sont justes, infaillibles et immuables, nous sommes attirés de plus en plus vers la voix supérieure de notre Cœur, la voix de l'Âme, la voix du Dieu en nous.

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Contemplation (↑ sommaire)

(Cet article fut publié pour la première fois dans The Theosophist de Février 1884)

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Il semble qu'une mauvaise compréhension du sens de ce terme soit très répandue dans le public. Il apparaît, en effet, que l'idée populaire comprend la contemplation comme le fait de s'enfermer pendant une demi-heure, ou tout au plus deux heures, dans une chambre particulière, et de fixer passivement son regard sur le bout de son nez, sur un point du mur, ou éventuellement sur un morceau de cristal. On pense que c'est là la vraie forme de contemplation prescrite par le Raja Yoga : on ne réalise donc pas que le véritable occultisme exige que le développement sur les plans « physique, mental, moral et spirituel » se poursuive suivant des lignes parallèles. Si cette conception étroite était étendue à chacune de ces lignes, la nécessité du présent article ne se ferait pas sentir d'une façon si urgente. Cette mise au point est écrite spécialement pour le bien de ceux qui semblent ne pas avoir saisi la signification véritable de Dhyana (1), et qui ont attiré sur eux-mêmes, ou sont en train de s'attirer, la souffrance et la misère, comme résultats de leurs pratiques erronées. Il peut être utile de mentionner ici quelques exemples, à titre d'avertissement à nos étudiants trop zélés.

L'auteur a rencontré, à Bareilly, un certain Théosophe de Farrukhabad, qui lui a narré ses expériences, en versant des larmes amères de repentir sur ses folies passées — comme il les appelait. Il semblerait,
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d'après son récit, qu'après avoir lu la Bhagavad-Gîtâ, il y a environ quinze a vingt ans de cela, sans comprendre d'ailleurs le sens ésotérique de la discipline de contemplation qui y est prescrite, cette personne se soit mise néanmoins à la pratiquer, en poursuivant son effort pendant plusieurs années. Au début, il expérimenta un sentiment de plaisir; mais il se rendit compte en même temps qu'il perdait graduellement son contrôle sur lui-même, jusqu'à ce qu'il découvre, au bout de plusieurs années de pratique, à sa grande surprise et a son grand dam, qu'il n'était plus son propre maître. Il sentit véritablement son cœur devenir plus lourd, comme si on l'avait chargé d'un fardeau. Il n'avait aucun contrôle sur ses sensations ; en fait, la communication entre le cerveau et le cœur était devenue comme interrompue. Les choses allant en empirant, dégoûté il mit un terme à sa « contemplation ». Ceci remonte à sept ans au moins ; et, bien que depuis il ne se soit pas senti plus mal, il n'a jamais pu retrouver son état primitif normal de santé mentale et corporelle.

Un autre cas s'est présenté à l'auteur à Jubbulpore. Après avoir lu Patanjali et d'autres œuvres de ce genre, le personnage en question commença à se livrer à la « contemplation ». Au bout de peu de temps, il se mit à avoir des visions anormales et à entendre des clochettes harmonieuses, mais jamais il ne lui était possible d'exercer de contrôle sur ces phénomènes ni sur ses propres sensations. Il était incapable de produire ces résultats à volonté, ni d'ailleurs de les arrêter une fois qu'ils apparaissaient. On pourrait citer encore un grand nombre d'exemples de ce genre. Tandis même qu'il écrit ces lignes, l'auteur a sur sa table deux lettres sur le sujet en question, l'une de Moradabab et l'autre de Trichinopoly. En résumé, tout le mal vient de ce que l'on comprend mal le genre de contemplation prescrite aux étudiants par toutes les écoles de Philosophie Occulte. En vue de faire parvenir une lueur de réalité à travers le voile épais qui enveloppe les mystères de cette Science des sciences, un article a été écrit, l'Elixir de Vie. Malheureusement, le bon grain semble n'être que trop souvent tombé sur un terrain stérile. Certains de ceux qui le
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lisent ne font que retenir le passage suivant de l'article :

« Raisonnant du connu à l'inconnu, on doit pratiquer et encourager la méditation ».

 

Mais, hélas !... leurs idées préconçues les ont empêchés de comprendre ce que l'on veut dire par méditation. Ils oublient que la méditation dont il s'agit est, comme le montre la phrase suivante, « le désir inexprimable de l'homme intérieur de s'en aller vers l'infini ; ce qui dans les temps anciens était le sens réel du mot adoration ». Une lumière suffisante serait jetée sur ce sujet si le lecteur voulait se reporter à ce qui précède le passage cité dans cet article, et lire attentivement les paragraphes suivants, page 141 de la revue Theosopnist, de mars 1883 (Volume III, n" 6) :

« Nous voici donc arrivés au point où nous avons résolu — littéralement parlant et non métaphoriquement — de briser la coque extérieure connue comme l'enveloppe mortelle, ou le corps, et d'en sortir revêtus de notre nouvelle enveloppe. Cette « nouvelle » enveloppe n'est pas un corps spirituel mais seulement une forme plus éthérée. Ayant adapté ce corps, par un entraînement poussé et une longue préparation, à vivre dans cette atmosphère, tandis que nous avons fait mourir graduellement la coque extérieure par un certain processus... nous devons nous préparer pour cette transformation physiologique.

« Comment devons-nous y nous prendre ? Nous avons d'abord à nous occuper du corps actuel, visible, matériel, de ce que l'on appelle l'homme, bien que ce n'en soit que sa carapace. Rappelons-nous cet enseignement de la science que dans l'intervalle de sept ans environ, nous changeons de peau, ni plus ni moins que les serpents ; et cela d'une manière tellement graduelle et imperceptible que, sans l'assurance que la science nous en donne après des années d'études et d'observations infatigables, nul n'aurait le moindre soupçon du fait... Il s'ensuit que si un homme, en partie écorché vivant, peut parfois survivre et se recouvrir d'une peau neuve, de la même façon il est possible d'amener notre corps vital, astral, à durcir ses particules pour résister aux variations atmosphériques. Tout le secret est de réussir à le dégager, à le séparer du corps visible; et, pendant que ses atomes généralement invisibles se prennent peu à peu en une masse compacte, à nous débarrasser graduellement des vieilles molécules de notre corps, en les faisant mourir et disparaître avant que les nouvelles aient eu le temps de se former et de les remplacer... Nous ne pouvons en dire davantage ».

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Une compréhension correcte de ce procédé scientifique nous donnera le fil de la signification ésotérique des mots méditation et contemplation. La science nous enseigne que le corps physique de l'homme change continuellement, et ce changement est tellement graduel qu'il est presque imperceptible. Pourquoi en serait-il autrement de l'homme intérieur ? Lui aussi est constamment en train de se développer et de changer ses atomes à tout moment. Et l'attraction des nouvelles couches d'atomes a lieu d'après la Loi d'Affinité, les désirs de l'homme attirant exclusivement vers leur habitation corporelle les particules qui sont en rapport avec eux-mêmes, ou plutôt donnant à ces particules leur propre tendance et coloration.

«  Car la science nous montre que la pensée est dynamlque; sa force, se développant par une action nerveuse, s'épanche vers l'extérieur et doit affecter les rapports moléculaires de l'homme physique. Les hommes intérieurs, aussi sublimé que puisse être leur organisme, sont pourtant composés de particules réelles et non hypothétiques, et sont encore soumis à cette loi qu'une « action » a une tendance à se répéter ; une tendance à produire une action analogue dans « l'enveloppe » plus grossière qui les cache, et avec laquelle ils sont en contact intime ».(L'Elixir de Vie)

Quel est le but vers lequel l'aspirant du Yoga-Vidya dirige ses efforts si ce n'est d'obtenir Mukti (2), en se transférant lui-même graduellement du corps matériel plus grossier au suivant, plus éthéré, jusqu'à ce que, les voiles de Mâyâ étant successivement écartés, son Atmâ devienne un avec Paramâtmâ. Et suppose-t-il que ce résultat magnifique puisse être atteint par une contemplation de deux ou quatre heures ? Pendant les vingt ou vingt-deux heures qui restent, et où notre dévot ne s'enferme pas dans sa chambre pour méditer, est-ce que l'opération de l'émission des atomes et de leur remplacement par d'autres est suspendue ? Sinon, comment alors se propose-t-il pendant tout ce temps d'attirer ceux-là seuls qui conviennent à son but ? Il est évident d'après ces remarques que, de même que le corps physique demande une attention incessante pour que la maladie n'y puisse entrer, de même, l'homme intérieur exige une surveillance sans
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relâche, afin qu'aucune pensée consciente ou inconsciente ne puisse attirer d'atomes impropres à ses progrès. Tel est le vrai sens de contemplation. Le principal facteur dans la direction de la pensée est la VOLONTE.

« Sans cela, tout le reste est inutile. Et pour réussir, il ne faut pas seulement une résolution passagère, un désir violent mais de courte durée et sans lendemain ; il faut un effort résolu et ininterrompu, que l'on doit soutenir, dans toute la limite du possible, avec une concentration qui ne souffre pas un seul instant de relâchement ».

L'étudiant ferait bien de retenir le passage en italique dans cette citation. Il devrait aussi imprimer ceci profondément dans son esprit :

«  Il est inutile de jeûner aussi longtemps que vous avez besoin de nourriture... L'essentiel est de se débarrasser du désir intime ; sans cela, feindre la réalité n'est qu'impudente hypocrisie et esclavage inutile ».

Sans comprendre la portée de ce fait capital, il en est qui, venant d'avoir des désagréments avec un membre de leur famille, ou par vanité blessée, ou bien dans un élan passager de sentimentalisme, ou enfin dans l'égoïste désir d'employer à des desseins matériels le pouvoir divin, se lancent tout d'un coup dans la contemplation, et se brisent sur le roc qui sépare le connu de l'inconnu. Se vautrant dans le bourbier de l'exotérisme, ils ignorent ce qu'est vivre dans le monde sans cependant être de ce monde ; en d'autres termes, préserver le soi contre le soi est une expression presque incompréhensible pour le profane. L'Hindou devrait au moins comprendre ceci, en se rappelant la vie de Janaka, qui, bien que monarque, reçut le titre de Râjarshi (3) et atteignit, dit-on, au Nirvâna. Quelques sectaires bigots, ayant eu connaissance de son immense réputation, vinrent à sa cour pour éprouver son pouvoir de Yoga. Aussitôt qu'ils furent entrés dans la salle d'audience, le roi, ayant lu leurs pensées — pouvoir que tous les chélas [disciples] obtiennent à un certain moment — donna à ses serviteurs des instructions secrètes pour que telle rue de la ville fût bordée de chaque côté de danseuses qui avaient ordre de
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chanter les airs les plus voluptueux. Puis il fît remplir jusqu'au bord quelques gharas (cruches), de façon telle que la moindre secousse pouvait faire déborder l'eau. Il ordonna qu'on fît passer les prétendus sages le long de la rue en question, chacun portant un ghara sur la tête, et entourés de soldats, l'épée à la main, prêts à s'en servir contre eux s'ils laissaient tomber une seule goutte. Les pauvres gens revinrent au palais après s'être tirés de l'épreuve, et le Roi Adepte leur demanda ce qu'ils avaient trouvé de remarquable dans la rue où on les avait fait passer. Avec une grande indignation, ils répondirent que la menace d'être coupés en morceaux les avait tellement impressionnés qu ils n'avaient pensé à rien d'autre qu'à l'eau qu'ils portaient sur la tête; l'intensité de leur attention ne leur avait pas permis de prendre connaissance de ce qui se passait autour d'eux. Sur quoi Janaka répliqua qu'il leur était facile de comprendre, d'après le même principe, comment, bien qu'extérieurement engagé dans la direction des affaires de l'État, il lui était possible d'être en même temps un Occultiste. Lui aussi, tout en étant dans le monde, n'était pas du monde. En d'autres termes, ses aspirations intimes n'avaient cessé de le conduire au but où se trouvait concentré son soi intérieur tout entier.

Le Raja-yoga n'encourage pas la simulation, ne demande pas de postures physiques, mais compte avec l'homme intérieur dont la sphère est le monde de la pensée. Avoir le plus haut idéal placé devant soi et s'efforcer sans relâche de s'y élever, telle est la seule véritable concentration reconnue par la Philosophie Ésotérique, qui s'occupe du monde intérieur des noumènes, non de l'enveloppe extérieure des phénomènes.

La première chose pour cela est l'absolue pureté de cœur. L'étudiant en Occultisme peut bien dire avec Zoroastre que la pureté de pensée, la pureté de parole et la pureté d'action sont les choses essentielles pour quiconque veut s'élever au-dessus du niveau ordinaire et rejoindre les « dieux ». Cultiver le sens généreux de la philanthropie c'est marcher sur le sentier qui mène a ce but. C"est le seul sentiment qui conduise à l'Amour Universel ; la réalisation progressive de cet Amour constitue la marche vers la délivrance des
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chaînes forgées par Maya (l'illusion) autour de l'Ego. Aucun étudiant ne peut y arriver du premier coup; mais comme dit notre VÉNÉRÉ MAHÂTMA dans le Monde Occulte (4) :

« Plus grand sera le progrès vers la délivrance, plus s'affaiblira cette sensibilité partielle, jusqu'à ce que, pour couronner l'œuvre, tous les sentiments personnels humains, purement individuels, liens du sang et de l'amitié, patriotisme et prédilection de race, arrivent à se fondre en un sentiment universel, le seul vrai et saint, le seul qui ne soit pas égoïste et qui soit éternel : l'Amour, un Immense Amour pour l'Humanité tout entière ».

En un mot, l'individu se fond dans le TOUT.

D'ailleurs, la contemplation telle qu'elle est généralement comprise, n'est pas sans ses avantages secondaires. Elle développe des facultés physiques d'un certain ordre, comme la gymnastique développe les muscles. Elle n'est pas mauvaise pour ceux qui s'occupent de magnétisme animal, mais elle ne peut en aucune façon aider le développement des facultés psychologiques, comme le comprendra le lecteur réfléchi. Et, en même temps, même pour obtenir des résultats ordinaires, on ne peut jamais être trop prudent au sujet de sa pratique. Si l'on doit, comme certains le supposent, se rendre entièrement passif et se perdre dans l'objet qu'on a devant soi, il faut se souvenir qu'en encourageant ainsi la passivité, on provoque, en fait, le développement des facultés médiumniques en soi-même. Comme il a été maintes fois répété, l'Adepte et le Médium sont les deux Pôles opposés; tandis que l'activité du premier est intense et le rend capable de commander aux forces élémentales, la passivité du second n'est pas moins intense, et l'expose à tomber en proie au caprice et à la malveillance d'embryons malfaisants d'êtres humains et d'élémentaires.


Malgré les précisions données sur ce sujet dans l'article paru dans le numéro de février du Theosophist, il semble que de nombreux lecteurs continuent de penser que la « contemplation » est une façon
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particulière d'observer ou de fixer le regard sur quelque chose, et qu'en se livrant à cette pratique un certain nombre d'heures par jour, on parvient à obtenir des pouvoirs d'ordre psychologique. Cette mauvaise compréhension provient apparemment du fait que l'on a perdu de vue le principal point discuté. Au lieu de bien réaliser que cet article ne vise qu'à apporter une seule idée maîtresse, en la développant sous nombre de ses aspects, on imagine au contraire, semble-t-il, que presque chaque phrase exprime une idée tout à fait distincte. Il semble donc qu'il n'est pas sans intérêt ni profit de reprendre ce sujet et de présenter la même idée en se plaçant sous un autre angle et sous une lumière plus claire si possible. Il faut d'abord se pénétrer de l'idée que l'auteur de l'article n'entend absolument pas désigner par le mot « contemplation » l'action de considérer avec les yeux. Si telle était l'idée c'est l'expression « observation attentive » qui aurait été employée. Le dictionnaire The Imperial Dictionary of the English (1883). définit le mot contemplation comme il suit :

(l) L'action du mental qui considère avec attention ; méditation ; étude ; attention continue du mental sur un sujet particulier. D'une façon spécifique :

(2) Méditation sacrée ; attention prêtée aux choses « sacrées.».

L'édition entièrement révisée du dictionnaire de Webster donne également le même sens.

Ainsi nous constatons que la contemplation est « l'attention continue du mental sur un sujet particulier », et, d'un point de vue religieux, « l'attention prêtée aux choses sacrées ». Il est donc difficile de se représenter comment l'idée d'observer avec les yeux ou de fixer du regard a pu en venir à s'associer au mot contemplation, à moins que ceci soit dû à ce que, généralement, lorsqu'on est profondément absorbé en pensée, on donne l'impression d'observer attentivement ou de fixer quelque chose dans le vague. Mais cette attitude n'est que l'effet de l'acte de contemplation. Et, comme il arrive d'ordinaire, ici encore l'effet semble confondu avec la cause. Comme la fixation du regard suit l'acte de contemplation, on
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s'empresse de penser que cette attention du regard est la cause qui produit la contemplation !

Gardons ceci clairement en pensée et voyons maintenant le genre de contemplation (ou de méditation) recommandé par l'Élixir de Vie à l'aspirant à la connaissance occulte :

«  Raisonnant du connu à l'inconnu, la méditation doit être pratiquée et encouragée ».

Ceci veut dire que la méditation du chela devrait consister en un

«  raisonnement du connu à l'inconnu ». Le « connu » est le monde phénoménal, connaissable par nos cinq sens. Toutes les choses que nous voyons dans ce monde manifesté sont des effets dont il faut chercher les causes dans le « monde inconnu », nouménal et non manifesté ; cette recherche doit s'accomplir par la méditation, c'est-à-dire par une attention continue sur ce sujet. L'occultisme ne repose pas sur une méthode unique : il emploie aussi bien la déduction que l'induction. L'étudiant doit d'abord apprendre les axiomes généraux. Pour commencer, bien entendu, il devra prendre ces axiomes comme des hypothèses, s'il préfère les appeler de ce nom. Comme le dit l'Élixir de Vie :

«  Tout ce que nous avons à dire c'est que si vous êtes anxieux de boire de l'Élixir de Vie, et de vivre un millier d'années par exemple, vous devez nécessairement nous croire sur parole, pour le moment tout au moins, et travailler en vous appuyant sur ces hypothèses. Car la science ésotérique ne laisse pas le moindre espoir d'arriver un jour au but désiré par aucune autre voie; tandis que la science moderne, dite exacte, tourne la science secrète en dérision »».

Ces axiomes ont été suffisamment établis dans les articles sur l'Élixtr de Vie et divers autres traitant de l'occultisme dans le Theosophist. Le premier pas pour l'étudiant consiste à comprendre ces axiomes, et, par la méthode déductive, de procéder de l'universel au particulier. Il faut ensuite raisonner « du connu à l'inconnu », et voir si la méthode inductive, procédant du particulier à l'universel, confirme ces axiomes. C'est là la phase élémentaire de la vraie contemplation. L'étudiant doit bien saisir le sujet intellectuellement avant de pouvoir espérer réaliser ses aspirations. Cela fait, vient la seconde phase de la méditation, qui est
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« le désir inexprimable de l'homme intérieur d'aller vers l'infini ». Avant qu'aucune aspiration de ce genre puisse être convenablement dirigée, le but vers lequel elle doit tendre, doit être bien déterminé. De fait, la plus haute phase consiste à réaliser pratiquement ce que les premiers pas ont mis à la portée de la compréhension. En résumé, la contemplation, au vrai sens du mot, consiste à reconnaître la vérité de ce que dit Eliphas Lévi :

« Croire sans savoir est faiblesse ; croire parce que l'on sait est pouvoir ».

En d'autres termes, il faut réaliser que « CONNAISSANCE EST POUVOIR ». L'Élixir de Vie ne se contente pas de placer devant le lecteur les premiers degrés de l'échelle de la contemplation, il lui donne aussi le moyen de comprendre les stades supérieurs. Il indique, par le processus de la contemplation, la relation qui unit l'homme, le « connu », le manifesté, le phénomène, à « l'inconnu », le non-manifesté, le noumène. Il montre à l'étudiant quel idéal contempler et comment s'y élever. Il lui met devant les yeux la nature de ses facultés intérieures et la manière de les développer. Ceci peut sembler au lecteur superficiel le comble de l'égoïsme. La réflexion, ou la contemplation, montre que c'est tout le contraire. Car il est enseigné à l'élève que pour comprendre le nouménal, il doit s'identifier avec la Nature; qu'au lieu de se considérer comme un être isolé, il doit apprendre à se regarder comme une partie du TOUT INTÉGRAL. Car, dans le monde non manifesté, on peut clairement percevoir que tout est contrôlé par la « Loi d'Affinité », par l'attraction des uns pour les autres. Là, tout est Amour Infini, compris dans son sens véritable.
Il n'est peut-être pas inutile de résumer ce que nous venons de dire. La première chose à faire est d'étudier les axiomes de l'Occultisme et de les soumettre à l'examen par les méthodes déductive et inductive, ce qui constitue la véritable contemplation. Pour faire prendre à celle-ci une forme utile, il faut réaliser en pratique ce qui a été compris en théorie.
Cette explication, nous l'espérons, pourra éclairer le sens de l'article précédent sur ce sujet.

DAMODAR K. MAVALANKAR.

Notes

  • (1) État d'abstraction qui conduit l'ascète le pratiquant bien au-dessus de notre plan de perceptions sensorielles et au delà du monde de matière. (N. d. Ed.).
  • (2) La libération finale (N. d. Ed.).
  • (3) Roi-Adepte (N. d. Ed.).
  • (4) Édition Française, page 200 (N. d. Ed.).

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