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"Les Rêves et l'Éveil Intérieur" (4), (2e Partie, C)

C. Rêves liés à l'éveil de l'être intérieur

par H. P. Blavatsky  et W.Q. Judge

L'individu qui s'engage sincèrement dans une discipline spirituelle comme celle que recommande la Théosophie déclenche en lui-même un processus de profonde transformation qui, avec le temps, peut se traduire par l'éveil de sens nouveaux et de pouvoirs psychiques qui sont généralement latents dans l'ensemble de l'humanité.

Ces manifestations insolites sont dues à la stimulation et à la croissance de l'être intérieur. Cet aspect caché de notre nature, appelé parfois «l'homme astral», constitue, selon la Théosophie, un véritable instrument, ou véhicule, permettant à la conscience de l'homme en éveil d'entrer en rapport avec les plans invisibles.

Dans un important article, intitulé «La Culture de la concentration» (11), W.Q. Judge indique que ce corps astral particulier, lié à une vie psychique indépendante des sens physiques, est susceptible d'un développement complet permettant plus tard à l'Adepte accompli de gagner toute la connaissance disponible et de faire ses expériences avec une maîtrise absolue. Dans les débuts, ce corps éthéré n'a qu'une texture mal définie, où s'éveillent ici ou là certains centres d'énergie ne permettant que tel ou tel type de manifestation. Cependant, ajoute W.Q. Judge, si la pratique de la concentration, dans le sens du véritable yoga spirituel, est poursuivie sans relâche, «cette masse imprécise commence à gagner une certaine cohésion et à se modeler en un corps pourvu de différents organes. Au fur et à mesure de leur développement, ils doivent être utilisés : il faut qu'ils soient mis à l'essai, éprouvés, et employés dans des expériences. En fait, tout comme un enfant doit d'abord ramper par terre avant de pouvoir marcher, et apprendre à marcher avant de courir, cet homme éthéré doit passer par les mêmes stades. Et de même que l'enfant peut voir et entendre à une plus grande distance qu'il ne peut ramper ou marcher, cet être commence d'habitude par voir et entendre avant de pouvoir quitter le voisinage du corps physique pour voyager à une distance appréciable».

Dans les commentaires des rêves rapportés ci-après, le lecteur trouvera de nombreuses allusions à cette réalité de l'«homme astral» en cours de croissance chez les témoins de ces rêves.

Comme l'éveil de l'être intérieur s'accompagne souvent de faits et de visions étranges qui peuvent être interprétés de façon erronée par l'individu, saisi par leur côté merveilleux, il a paru nécessaire de commencer cette revue par quelques conseils de prudence.

1. Avertissement aux débutants dans la vie intérieure

1.1. Rester vigilant, avoir le désir d'être et non de croître, ou de savoir

(Path, vol. 2, p. 317, janv. 1888)

II y a dans le Theosophist, tout comme dans les Yoga sutra de Patañjali, plusieurs allusions aux sons que perçoit l'étudiant de l'Occultisme. Le son est la propriété particulière de l'Éther, et sa manifestation est l'indice naturel de la vitalisation et de l'éveil de l'homme intérieur. Mais dans ces cas, comme en rêve, il faut prendre soin de se contenter seulement de noter ce que l'on voit ou entend, sans tirer de conclusions irréfléchies, ni «former d'association», comme le dit Patañjali (12). Rien ne retarde la croissance comme l'intense désir de croître — qui est une autre forme du désir pour soi. Je voudrais écrire en lettres de lumière les lignes suivantes que j'ai eu la chance de recevoir (la chance, parce que ce sont des lignes véridiques et bénies), et les mettre en évidence là où leur rayonnement pourrait frapper l'œil de tous mes camarades et amis :

«  Je veux que vous arrêtiez, autant que possible, tout désir de progrès. L'aspiration ardente à savoir, à devenir, et à atteindre la lumière est différente de la pensée : «Je ne progresse pas, je ne sais rien.» C'est là une recherche des résultats. La position juste à prendre est de souhaiter être. Car alors nous savons. Le désir de savoir est presque exclusivement intellectuel, et le désir d'être procède du cœur. Par exemple, quand vous réussissez à voir un ami éloigné, ce n'est pas un savoir ; c'est le fait d'être dans la condition, ou la vibration, qui est cet ami à cet instant. La traduction de cette identité en estimation ou explication mentale est ce qu'on appelle savoir. Voir un élémental sur le plan astral c'est être, à ce moment, en une partie de notre nature, dans cet état, ou cette condition. Bien sûr, il y a de vastes champs de l'Être que nous pouvons encore espérer atteindre. Mais tandis que nous nous efforçons de devenir divins, et que nous ne plaçons pas nos ultimes espoirs plus bas que cette condition suprême, nous avons la possibilité totale et entière d'apprendre à être le plan particulier qui se présente à nous aujourd'hui.»

Toute la valeur de ces mots se résume dans leur enseignement final. Remplissez chacun de vos devoirs, répondez à tous les appels honnêtes de l'existence que vous êtes en train de vivre. Soyez loyaux envers tous les hommes et conformez-vous sincèrement à la lumière qui est la vôtre actuellement. Alors, et alors seulement, il vous sera donné plus. Tel est le premier pas dans ce qu'on appelle «vivre la vie spirituelle».

1.2. Avoir patience, et confiance dans la nature

(Path, vol. 2, p. 220, oct. 1887)

«  Nous devons être patients : cela prend du temps de découvrir la manière de marcher et, de même, de saisir les indices utiles et d'en tirer parti. Beaucoup dépend de la pureté de la pensée et du motif, et de la largeur de vue.

«  En fait, quand nous savons comment faire pour marcher tout est accompli : la connaissance et l'acte viennent ensemble. Observons comment s'y prend la mère : elle limite l'enfant dans ses mouvements tant qu'il est trop jeune et faible pour soutenir son propre poids — sans cette précaution, le petit être acquiert des déformations qui vont durer toute sa vie. Elle ne trouble pas l'enfant avec des explications et des démonstrations par l'exemple. Elle est attentive à servir ses instincts naturels et doucement les stimule le moment venu. Elle le guide autour des obstacles qu'il doit apprendre à éviter : elle ne les enlève pas tous de son chemin, quitte à le voir faire quelques chutes. Eh bien, mes amis ! pensons au souvenir de notre mère, et dites-moi : voudriez-vous qu'un instructeur, un guide ou un frère soit moins tendre et moins sage qu'elle avec celui qui est un nouveau-né dans la vie réelle ?»

1.3. Ne pas confondre éveil psychique et manifestation du Soi supérieur

L'extrait qui suit donne d'importantes précisions dans un domaine où règne généralement une grande confusion dans l'esprit du public.

(Path, vol. 3, pp. 387-8, mars 1889)

«  Un jour, j'étais debout à un balcon qui dominait une pinède. Saisi d'une grande impulsion intérieure, je me mis à prier. Dans cette prière, tout mon être semblait me quitter pour rejoindre l'Infini. Ce que je désirais c'était de savoir quelque chose. Je me mis au lit et dormis comme un enfant, d'un long sommeil sans rêve, ininterrompu. Très tôt le lendemain, je m'éveillai. Partout alentour c'était une exquise paix silencieuse. Je m'y plongeai. Puis, dans le silence, se fit entendre comme un merveilleux murmure ; il semblait venir des confins extrêmes de l'Univers, pour me pénétrer jusqu'aux fibres les plus intimes. Il disait : «Ceci est à moi - à toi», et en même temps, je percevais en moi-même une flamme de couleur bleu pourpre, d'une transparence claire et limpide. Une autre fois, je me trouvais couché mi-endormi, mi-éveillé. Une voix intérieure me parla d'une façon distincte et me dit: «Je suis -tu es- en danger.  » Je pensai que cela n'avait aucun sens. Un mois après, j'étais cloué sur un lit de douleur. La voix paraît utiliser un sens qui nous est inconnu. J'ai interprété le message par les mots «à moi - à toi», ou «je - tu», parce qu'ils rendent le mieux la vraie signification : on pourrait appeler cela une unité double, du fait que la voix ne se sépare pas de moi, à la façon dont moi je me sépare de tout autre individu. Quelle est donc cette voix ?»

Nous répondons : cette «voix» est simplement la manifestation du sens psychique de l'homme intérieur qui se développe et informe le cerveau de l'individu. Ce n'est pas le Soi Supérieur qui parle, comme l'imaginent souvent les étudiants, car ce Soi n'agit pas sur ce plan, et II n'a rien à voir avec les choses matérielles. Il arrive parfois que Ses intuitions nous traversent en un éclair par le canal du mental supérieur. Étant donné que les divers principes de l'homme ne forment une unité que lorsqu'ils ont été amenés à une perfection et qu'ils interagissent harmonieusement, il est difficile, à un moment donné du développement de l'individu, d'établir des règles permettant de faire des distinctions. Dans un sens général, nous pouvons seulement affirmer que chez des personnes dont le développement est incomplet, ou ne fait que débuter, le Soi Supérieur ne parle pas à de tels moments, ni de telle manière : c'est le soi intérieur, l'âme individuelle, qui le fait. Bien sûr, dans sa nature ultime, cette âme est une avec le Soi Supérieur. Mais dans les premiers stades du développement, les sens psychiques s'éveillent, à mesure que le corps intérieur gagne de la cohésion et que ses courants de force commencent à s'établir — et que par eux nous recevons le premier témoignage intérieur attestant de la réalité de l'Invisible.

Il faudrait aussi évoquer la voix mystique, qu'entendent les grands mystiques, mais il est inutile de songer à cette supposition, ne serait-ce que parce que notre correspondant a fait clairement ressortir que la «voix» est subjective : elle ne parlait pas d'un ton affirmé, mais suggérait silencieusement une idée à faire comprendre.

C'est monnaie courante de voir des étudiants si impressionnés par ce genre d'expérience intérieure qu'ils s'imaginent le fait comme plus merveilleux et plus divin qu'il n'est. C'est à coup sûr une chose merveilleuse que ce développement de l'homme intérieur, mais c'est là notre héritage à tous : nous ne devons pas lui rendre un culte de respect mêlé de crainte, mais l'étudier et tenter de le stimuler. Ces manifestations viennent de la même source que nos désirs, mais elles constituent la forme supérieure de la même force.

Le commentaire qui suit apporte un complément nécessaire à propos de la voix entendue par les mystiques.

(Path, vol. 6, p. 218, oct. 1891)

Quand les mystiques parlent d'une «voix», ils ne veulent pas dire, en général, qu'ils entendent une voix objective dont les sons frappent le tympan, une voix qui sort de la poitrine ou y résonne. Ils traduisent par là le fait qu'ils sentent en eux l'impulsion d'un pouvoir, un mouvement essentiel qui se réfléchit sur le cerveau sous la forme d'une image très vive ou de paroles pleines d'autorité, et de puissance. Le processus vibratoire est le même que celui d'une voix objective, mais la vibration frappe directement le cerveau, sans passer par le tympan pour atteindre ce centre, et elle vient de l'intérieur — souvent du cœur. Les voix extérieures, subjectivement objectives, qu'entendent clairaudiants et mystiques peuvent provenir d'un certain nombre de sources — désirables et (le plus souvent) indésirables, et n'ont pas, d'une façon générale, le poids et l'autorité qui s'attachent à ce qu'on connaît comme la «voix intérieure». Cette voix ne doit pas être confondue avec les divers produits de l'imagination et les impulsions variées qui viennent en réalité des multiples centres et organes physiques et qui traversent le cerveau d'une façon fugitive. La «voix intérieure» possède un siège plus profond que de tels centres physiologiques : elle surgit du centre du cœur qui appartient à l'homme intérieur ; ses décisions finales sont irrésistibles.

2. L'évolution de la nature des rêves chez les aspirants à la vie intérieure

Dans la section "A. Remarques générales sur l'utilité des rêves" faites en introduction de cette IIème Partie, le commentaire cité faisait déjà allusion à des rêves liés aux efforts des individus pour «réaliser la vie supérieure». Dans un article de 1888 (13), W.Q. Judge note également : «À mesure qu'un individu se rend plus sensible aux impressions de l'astral, quand il commence et poursuit la voie de l'Occultisme (14), les visions et les rêves deviennent plus fréquents pendant un certain temps.» Dans un autre article (15), à la question suivante d'un correspondant: «Durant le sommeil, j'ai une impression de pouvoir voler grâce à un acte intense de volonté. Dans mon rêve, je me mets alors à flotter au-dessus du sol, tandis que mon corps paraît rigide. Puis la force s'épuise et je dois redescendre. Quelle est votre explication ?» W.Q. Judge propose cette réponse : «Cela fait partie de l'effort de l'homme intérieur qui est en vous en vue de démontrer à votre moi extérieur la réalité de l'existence et de l'action de forces ignorées et peu courantes que chaque homme possède en lui-même la possibilité latente d'utiliser. Mais le sommeil sans rêve est préférable.» Cette dernière remarque vise sans doute à détourner l'attention du côté merveilleux de ce genre d'expérience et à la fixer sur l'état qui dépasse l'imagerie du rêve et où la conscience devra un jour accéder, pour y puiser toute la connaissance supérieure.

Dans le Path (vol. 3, p. 265, nov. 1888) on trouve, dans le même ordre d'idées, le commentaire suivant :

Certaines expériences de rêve que font les étudiants [de la Théosophie] sont pleines d'instructions qui ne concernent pas seulement le rêveur mais impliquent aussi les autres. Tant que notre vie est sans but défini, ou que nos motifs et désirs sont multiples et en tous sens, nos rêves participent de cette confusion. Mais dès que notre but se fixe sur des choses plus élevées, nous sommes susceptibles de plus en plus d'être instruits en rêve, bien que nous n'en ramenions pas toujours un souvenir. Cependant l'instruction ne s'enregistre pas moins sur quelque plan plus élevé de notre nature que nous ne faisons encore que vaguement pressentir, ou chercher à atteindre. Par ailleurs, certains étudiants se plaignent d'un changement dans leurs rêves : jadis, ils dormaient toujours d'un profond sommeil sans rêve, source de rafraîchissement pour l'âme, qui se plonge alors dans une expérience dévachanique (16), mais depuis qu'ils se sont mis à l'étude de la Vérité, cet état s'est modifié inexplicablement et leur sommeil est plein d'absurdes fantasmagories, confuses et vides de sens. Ce fait ne devrait toutefois pas les troubler. Par leur recherche, ils ont déclenché un grand mouvement d'agitation et de perturbation dans toute leur vie, et le premier tressaillement des sens intérieurs, la première réponse de la nature psychique, peut se comparer au sursaut désordonné de la sève au printemps. Plus tard sa circulation s'organise de façon régulière. Ajoutons que tous les étudiants ne sont pas instruits d'une seule façon invariable.

3. Rêves liés au développement de l'instrument psychique intérieur

3.1. Révélation de l'existence de pouvoirs nouveaux de perception

À la suite d'un rêve et d'une vision rapportés précédemment (à propos de modifications réalisées dans les maisons d'une rue) on peut lire la note ci-après :

(Path, vol. 2, p. 158, août 1887)

Que dire de toutes ces futilités ? Ceci : l'homme intérieur se développe et apprend à regarder autour de lui, comme l'enfant observe le monde. «Pendant que ses yeux, ses mains et ses pieds accomplissent ainsi leurs tâches, de nouveaux yeux, de nouvelles mains et de nouveaux pieds naissent en lui-même. Car son désir passionné et incessant est d'avancer sur la voie où seuls les organes subtils peuvent le guider.» Ainsi ces «futilités, ces petites choses sans importance, impalpables comme l'air», apportent un encouragement (dont beaucoup ont besoin) et une «confirmation forte comme une preuve de l'Écriture» à ceux qui les lisent correctement. Je vous les transmets pour que vous puissiez vous souvenir de noter ces petites choses de votre propre expérience, et en tirer une force. Autrement, beaucoup de leçons sont perdues. Et souvent notre immersion dans la matière nous coûte cher.

On trouve aussi cet important commentaire :

(Path, vol. 3, pp. 129-30, juil. 1888)

À mesure que se développe la forme astrale sous la tension régulière de la pensée occulte, il se produit maintes fois des événements étranges montrant que l'âme utilise ce véhicule pour bien faire sentir à l'homme extérieur que l'existence de celui-ci est réelle, bien que cachée. Nombreuses sont les voies employées à cette fin : le plus ordinairement, ce sont des rêves où l'on vole et on flotte, où l'on visite des lieux éloignés, dans un corps facile à déplacer comme un duvet de chardon — un «moins que rien léger comme l'air». En fait, ce n'est pas toujours dans notre corps astral, loin de notre forme physique extérieure, que nous accomplissons ces voyages, car pour être capable de le faire, même inconsciemment, il faut que le corps astral ait atteint une cohérence ou un développement qui dépasse beaucoup celui qui caractérise l'homme ordinaire. Nous n'avons pas besoin de nous éloigner de notre corps endormi pour voir ces lieux à distance dès lors que nous voyons avec l'œil de l'âme — ou plutôt avec son pouvoir de vision ou de pénétration. Ces suggestions faites par l'âme à notre conscience de veille, indiquant l'existence d'un corps et de pouvoirs autres que ceux que nous connaissons, sont d'une grande importance. Elles impliquent une incitation pressante de la part du soi supérieur, et annoncent le stade d'évolution connu comme «le moment de choix» : quand elles se présentent, nous pouvons savoir que le temps est venu où l'âme commence à se lasser de la matière, où la force karmique accumulée vient à mûrir et où l'homme peut apprendre davantage de l'invisible. Récemment, l'étudiant reçut l'un de ces messages occultes dans d'intéressantes circonstances.

Ici se place le récit du rêve de l'«étudiant», revoyant après coup la scène précipitée vécue sous anesthésie légère chez le dentiste (voir B. Rêves intéressant l'histoire de la personnalite - b - ). Le récit se poursuit ainsi :

(Path., vol. 3, 130, juil. 1888) :

Mais ce n'était pas tout. Une opération prévue au niveau de l'oreille avait rendu nécessaires, comme démarches préliminaires, cette intervention du dentiste ainsi qu'une autre qui devrait suivre. Juste avant d'inhaler le gaz anesthésique une seconde fois, le patient se sentit soudain poussé à se faire arracher une incisive en mauvais état. Ses amis déploraient ce sacrifice, le dentiste le dissuada plutôt, en faisant ressortir que ce n'était pas le moment de l'arracher et qu'on pourrait facilement la plomber. Le patient se rendit à ces arguments, mais tout à coup il retira le masque inhalateur pour dire qu'il fallait aussi extraire cette incisive. Cette impulsion, qui revenait avec force, l'emporta purement et simplement sur la raison. Ce désir fut satisfait : il apparut que la dent cachait à sa racine une infection ulcérée, si bien que, si elle était restée en place, elle aurait fait complètement échouer l'opération à l'oreille qui devait suivre, par l'effet de la connexion nerveuse ; cette extraction aurait été finalement inévitable, après un dommage irréparable causé ainsi par l'infection.

L'étudiant me dit : «Bon Dieu ! je l'ai échappé belle — J'en tremble encore. Jamais plus je ne plaisanterai les femmes avec leurs intuitions !» Quickly, qui était présent, ajouta une autre anecdote peu réjouissante du même genre. Une nuit, il avait rêvé qu'il marchait dans une rue quand soudain une grande fraction de l'une de ses molaires tomba sur sa langue. Il nota que la scène semblait se passer dans Wall Street. Deux jours après, alors qu'il avait écarté ce rêve de ses pensées, il marchait dans une rue quand il sentit sur sa langue quelque chose de dur. Il s'en saisit, pour constater que c'était un grand morceau d'une de ses molaires. À ce moment, le rêve revint en un éclair dans sa mémoire, et il se rendit compte qu'il se trouvait à l'endroit précis qu'il avait vu en rêve ; de plus, la dent visée par ce rêve était bien la molaire abîmée de cette heure de veille.

3.2. Avertissement fait à la. personnalité

Comme on l'a déjà vu précédemment, il arrive que l'individu soit prévenu d'événements qu'il aura bientôt à affronter. Voici un exemple d'intervention du soi intérieur (en vue de détourner la personnalité d'un projet néfaste) qui aurait pu se faire par le canal du rêve mais cette fois s'est produite dans un état somnambulique.

(Path, vol. 3, pp. 130-1, juil. 1888)

À propos d'avertissements par le soi intérieur, il y a le cas singulier que nous connaissons bien d'un homme qui était sur le point de s'engager follement avec un autre individu dans une association d'affaires, dont la nature, les contraintes si particulières et la rigidité étaient telles qu'elles allaient bloquer à l'avenir toute son existence et paralyser le cours de sa vie, intérieurement comme extérieurement. À l'époque, la décision envisagée paraissait assez satisfaisante. Cependant, juste avant le règlement définitif, l'associé pressenti reçut un papier anonyme rempli de faits formulés au désavantage de mon ami sous l'angle des affaires. L'homme convoqua donc mon ami et lui montra le : quelle ne fut pas sa surprise (et sa consternation) en reconnaissant que ce texte était rédigé de sa propre écriture déguisée ! Averti par le soi intérieur, le corps avait écrit, en état somnambulique, au propre désavantage de la personne, et avait expédié la lettre sans sortir de ce sommeil.

Cependant cet avertissement avait été vain. En homme très décidé, mon ami, malgré le choc de la surprise, s'en tint à ses propres vues, contracta cette association et maintenant supporte bravement et calmement les pertes qu'il essuie des deux côtés — et dont lui-même avait tenté de se mettre à l'abri.

Un occultiste très avancé avait vu un jour cet épisode par clairvoyance dans son aura, et lui en avait fait part, en apportant ainsi une preuve supplémentaire de sa véracité.

4. Rêves liés a la sortie du corps astral

«  Quand nous entrons dans l'état qu'on appelle le sommeil, nous ouvrons largement les portes et les fenêtres du corps — cette maison où nous demeurons — et l'âme s'évade comme un oiseau libéré de sa cage. En tombant dans l'inconscience partielle ou le sommeil, le corps cesse en grande partie d'agir, mais le cerveau reste capable de percevoir ou d'enregistrer les images ou impressions de l'instrument astral : des principes inférieurs de l'homme, l'astral est le dernier à cesser de fonctionner dans le sommeil ou la mort»  (17).
Voici un rêve où la personne a eu la vision de son corps physique endormi.
(Path, vol. 2, p. 219, oct. 1887)

«  Je voudrais vous parler d'une petite expérience que j'ai eue la semaine passée. J'appellerais cela un rêve, mais cela ne ressemble en rien aux rêves que j'ai pu avoir. C'était pendant la nuit, bien sûr, et j'ai eu l'impression que je (le vrai je) me tenais debout à côté du lit, et que je regardais ma forme qui était là endormie. Toute la pièce était éclairée, mais ce n'était pas comme dans la clarté du jour : la lumière ne venait pas d'un point particulier, les objets ne projetaient pas d'ombre ; la luminosité semblait, d'une manière égale, diffuser de toutes les choses, ou les pénétrer de même ; elle n'était pas colorée comme la lumière du soleil, ou du gaz d'éclairage, mais paraissait blanchâtre, ou argentée. Tout était clairement visible : le mobilier, la moustiquaire, les brosses sur la table de toilette. La forme couchée sur le lit, je la reconnaissais nettement : elle était étendue, comme d'habitude sur le côté droit, le bras droit replié sous l'oreiller — ma position préférée. J'avais l'impression de la voir encore plus clairement et plus distinctement qu'une réflexion ordinaire dans un miroir, car, alors que dans ce cas on n'a qu'une image réfléchie sur une surface plane, là, je la voyais comme un volume, avec du relief — comme je perçois les gens en général — et je pouvais suivre les mouvements de la respiration. Cette expérience ne dura pas plus de trente secondes peut-être, mais assez longtemps quand même pour me permettre de voir nettement le corps, d'observer et de commenter en moi-même le fait que le visage avait une expression de fatigue, de noter les particularités de la lumière détaillées plus haut, et de repérer divers objets dans la pièce. Puis tout s'évanouit et plus tard — combien de temps après je n'en sais rien naturellement — je m'éveillai et il faisait jour. Était-ce un rêve ? Ou bien est-ce là ce dont je me suis souvenu de l'excursion de mon «astral», et cette lumière que j'ai vue était-ce la lumière astrale ?»

La réponse donnée est la suivante :

«  Je pense que ce que vous avez perçu est le souvenir de ce qui est vraiment arrivé. Votre soi astral est sorti — comme il le fait toujour  (18) — et a tourné le regard vers le corps. Il est presque certain que tout ce que vous avez vu s'est passé au moment où vous reveniez à votre corps, et c'est pourquoi l'expérience a été courte. Nous ne nous rappelons clairement que ce qui nous est le plus proche. À mon avis, vous êtes sorti au début de votre sommeil et c'est au moment de retourner à l'état de veille que vous avez enregistré un souvenir des quelques dernières secondes. Vous n'oubliez pas réellement ce que vous avez vu et pensé pendant le temps de votre éloignement : tout cela s'inscrit dans les profondeurs de votre mental supérieur — ou encore subconscient, ou supraconscient — pour filtrer ensuite dans les pensées de votre état de veille. Se rappeler ce qui arrive pendant le sommeil c'est être un voyant conscient. À notre stade, nous ne ramenons que ces brefs aperçus inutiles de notre retour au corps.»

Note à propos de la sortie du corps astral

Déjà au XIXème siècle, beaucoup de gens imaginaient (à tort) ce qu'on appelle le «voyage astral» comme une chose aisée. Dans son article «La Culture de la concentration», W. Q. Judge fait une vigoureuse mise au point :

Chez l'homme ordinaire, «l'être intérieur est pour ainsi dire inextricablement pris par ses liaisons avec le corps [...] : il n'est donc pas capable de grand-chose quand il se trouve éloigné de ce dernier et il demeure influencé par lui. Ce n'est donc pas une affaire facile de quitter l'enveloppe physique à volonté et de se promener dans l'espace avec son double. Les histoires qui nous dépeignent la chose comme si facile à réaliser peuvent être mises au compte d'une forte imagination, de la vanité — ou d'autres raisons. Une grande cause d'erreur au sujet de ces doubles est la suivante : un clairvoyant peut très bien prendre pour une perception directe d'une personne la simple image mentale de la pensée qui lui vient de cette personne. En fait, parmi les occultistes qui savent à quoi s'en tenir, le fait de sortir du corps a volonté et de parcourir le monde est considéré comme une performance très difficile [...]». Ce genre de prouesse «est le résultat d'années d'entraînement attentif et de nombreuses expériences. Il est impossible d'y parvenir en pleine conscience tant que l'homme intérieur n'a pas acquis un état de développement et de cohésion faisant de lui autre chose qu'une masse insensible à la volonté, et inconsistante. Ce développement et cette cohésion se gagnent en maîtrisant à la perfection le pouvoir de concentration».

Qu'en est-il de la sortie du «soi astral» pendant le sommeil ? Judge poursuit en ces termes : «II n'est pas vrai non plus — comme la chose m'a été démontrée, tant par l'expérience que par l'enseignement — que même dans notre sommeil nous courons la campagne, à voir nos amis et nos ennemis, ou à goûter les joies terrestres en des lieux éloignés. Dans tous les cas où l'homme a gagné un certain pouvoir de concentration, il est tout à fait possible que le corps endormi soit abandonné complètement, mais, à ce jour, ces cas ne représentent pas la majorité.» Pour l'essentiel :

«  La plupart d'entre nous demeurent très près de la forme physique endormie. Point n'est besoin pour nous de nous éloigner du corps pour faire l'expérience des différents états de conscience qui constituent le privilège de chaque homme ; nous ne partons pas à des kilomètres de distance avant d'en avoir la capacité, et cette capacité ne peut s'acquérir tant que le corps éthéré indispensable n'a pas été obtenu et qu'il n'a pas été entraîné à utiliser ses pouvoirs.»

Rappelons également un précédent commentaire : « Nous n'avons pas besoin de nous éloigner de notre corps endormi pour voir ces lieux à distance dès lors que nous voyons avec l'œil de l'âme — ou plutôt avec son pouvoir de vision ou de pénétration. »

5. Rêves symboliques

5.1. Incitation à la recherche spirituelle

(Path, vol. 5, p. 94, Juin 1890)

«J'ai eu un rêve en deux parties. Dans la première, j'étais sur une route blanche pleine de lumière qui courait entre deux talus plantés de beaux arbres. Sur ces talus se trouvaient tous les gens vivants que j'aie pu connaître : tous étaient en train de cueillir des fleurs brillantes. Dans ma pensée, naquit le désir d'en avoir aussi, mais, quand je me penchai pour en faire un bouquet, elles avaient disparu. Déçus, mes amis tentèrent de me les faire voir, mais une voix se fit entendre et dit : «Monte ici.» Ce que je fis — et la voix m'ordonna de chercher des fleurs : je ne découvris rien que de la mousse noire. «Cherche plus profondément», insista la voix. J'écartai la mousse, et voici : en dessous il y avait de belles fleurs — des immortelles. Enchanté, je retournai au talus et vis cette fois les premières fleurs, mais je n'avais plus aucun désir pour elles. À quoi tout cela rime-t-il ?»

Ma réponse est celle-ci : c'était un rêve symbolique. Les premières fleurs symbolisent les joies, idées et délices de la terre et de la sagesse mondaine, les secondes sont les fleurs de la nature divine et supérieure. Cependant, ces plantes sont cachées sous une couverture de mousse qu'ont accumulé sur elle l'éducation et les fausses notions de théologie, ou de philosophie. Il vous faut creuser profondément sous cette couche d'erreur pour aller cueillir la fleur qui vous appartient, et qui est immortelle — et dès lors vous n'aurez plus aucun désir pour les autres. Ce rêve se répétera sous diverses formes jusqu'à ce que vous obéissiez à l'injonction qui vient de votre Soi Supérieur.

5.2. Révélation d'un problème intérieur

Le témoignage qui suit est particulièrement intéressant par le fait que le symbolisme du rêve se dévoile dans le cours de l'expérience et révèle une importante leçon du Soi intérieur (l'Ego supérieur) à la personnalité incarnée.

(Path, vol. 6, pp. 400-2, mars 1892)

II s'agit d'un rêve d'un parent de l'évêque de A. que ce dernier a rapporté comme ne paraissant pas de grande valeur.

«  Tandis que j'étais tout à mes dévotions du matin (qui consistent à passer en revue sérieusement ce que j'ai noté de mes imperfections de la veille, et à chercher à connaître toute la vérité possible pour moi et ainsi découvrir mes vrais rapports avec le soi, la famille et le monde) je me vis plongé dans une vision où j'étais sur une haute chaîne de montagne, qui se perdait dans le lointain. Une femme inconnue me guidait et bientôt j'atteignis un large plateau sur le plus haut des sommets ; mais je n'étais qu'à demi conscient de sa présence jusqu'à ce qu'elle se mette à parler, tout près, en dessous de moi : «II y a d'inestimables trésors cachés dans cette montagne, suffisamment pour enrichir sept mondes comme celui-ci. Je vais te montrer.» Joignant le geste à la parole, elle fit une ouverture dans un petit pan de rocher, juste à mes pieds, et plongeant sa main dans la cavité elle la retira pleine de rubis étincelants d'une grande valeur, qui, un instant, m'aveuglèrent de leur couleur magique jetant sur ces lieux une lumière splendide. Quand mes yeux se furent affranchis de la fascination de ces images colorées, la femme et les pierres précieuses avaient disparu.

«Mon premier mouvement fut de la suivre et de l'obliger à remettre en place les rubis, mais sous moi, à perte de vue, s'étageait un paysage de sommets montagneux moins élevés, envahis d'une épaisse jungle de buissons et d'arbres : courir à la recherche d'un être dans une si vaste solitude était entreprise pour le moins peu prometteuse de succès.

«Mon désir de retrouver la femme venait d'une grande peur que j'avais de voir apparaître le maître du domaine : me trouvant seul, et constatant la perte de certains de ses biens, n'allait-il pas me soupçonner de les avoir pris ? Je n'avais aucun moyen de prouver mon innocence.

«Ce qui faisait toute la splendeur et la beauté du sommet où je me tenais c'était sa merveilleuse lumière où la nature intérieure de l'homme pouvait se baigner, avec des résultats aussi visibles que ceux dont bénéficie le corps quand il se plonge dans l'océan.

«Je m'assis dans cette lumière vibrante et j'essayai de penser à la conduite à tenir.

«Devrais-je dénoncer la femme, ou bien supporter tranquillement la punition d'avoir été en mauvaise compagnie ?

«Je répugnais à l'une ou l'autre de ces attitudes : la bénédiction ressentie par ce baptême de lumière semblait pénétrer mon être, mais pas suffisamment pour me donner une claire compréhension. Je me mis à raisonner (non en me plaçant dans le centre de lumière, mais d'après le plan d'obscurité que j'avais laissé derrière moi) : si le maître était divin, dans sa connaissance, comme le suggérait cette lumière, il ne manquerait pas de savoir que les pierres précieuses n'avaient pas été prises par moi, et il ne me questionnerait pas sur la femme, vu que j'ignorais aussi bien son lieu de séjour que son nom ; assurément, il ne serait pas affecté par la perte de cette poignée de rubis, et n'aurait pas envie de punir la femme. Mais de quelque manière, je sentais qu'il y avait une chose terrible derrière l'acte de cette femme, et ce lourd sentiment de culpabilité n'arrivait pas à me quitter, même dans cette glorieuse région de lumière. Pendant que je cherchais à sonder le mystère de ce poids que j'avais sur le cœur, j'aperçus une masse d'ombres immenses, paraissant douées d'une terrible force vivante, qui venaient droit vers moi. Je me levai en tremblant et me mis à courir, avec l'impression que ce n'était pas seulement ma vie actuelle qui était en jeu mais mon existence éternelle.

«Ces ombres étaient plus effrayantes que des bêtes sauvages et mon seul salut était de rester dans la lumière, mais les terribles monstres gagnaient du terrain sur moi.

«Dans ma course éperdue, je trébuchai et m'étalai par terre. Les ombres affreuses partirent d'un rire sardonique : «Nous allons plus vite que le pied des mortels ; nul ne saurait nous échapper.»

«Mais en même temps que ce rire diabolique, éclata ce commandement, pareil à l'éclair électrique sortant des nuages amoncelés dans le ciel :

«Avec bravoure, supporte ce à quoi tu ne peux rien.»

«Aussitôt, c'en était fait de ma couardise : je me levai pour faire face à la marée montante des démons.

«Avec ce commandement me vint une foi parfaite dans l'esprit souverain qui gouvernait la voix et, bien sûr. J'obéissais.

«Les monstres s'approchèrent très près — si près que ma main pouvait les toucher. Ils se raillaient de moi mais étaient impuissants à s'emparer de moi maintenant que la peur m'avait quitté.

«Après avoir entendu la voix souveraine, j'avais le ferme espoir qu'un instructeur apparaîtrait. Une forme se leva devant moi, mais ce n'était pas d'elle qu'était venue la voix — ce n'était même pas un guru. Elle se mit à parler : «La vie est une grande énigme.»

«Non», répliquai-je, «on peut suivre sa trace, depuis le plus petit atome jusqu'à un Dieu, aussi clairement qu'on voit un tison brûlant.»

«Ah !» soupira la forme, «l'étincelle jaillie du feu ne dure qu'un bref instant, puis sa vie se perd dans l'obscurité.»

«C'est vrai», répondis-je, «mais elle ne se perd que parce qu'elle essaie de vivre loin de la source qui l'a fait naître. Il en est de même pour nous : la vie ne devient une énigme insoluble que lorsque nous nous séparons de la flamme divine (la Vérité) qui est en nous.»

«À peine avais-je dit ces mots que la même voix de commandement qui m'avait inspiré la force de tenir tête aux ombres se fit entendre :

«Pourquoi voulais-tu suivre la femme et ces pierres privées de sens qu'elle portait avec elle ? Et pourquoi as-tu cherché à fuir les ombres ? Tue tes désirs. Étrangle tes péchés et rends-les muets à jamais (19). Veille à toi-même. Le péché attire le mal et les choses impures. La pureté attire son semblable. Purifie-toi

«Oh ! douleur amère ! La femme que je ne souhaitais pas tout à fait abandonner à la justice n'était autre que le soi.

«La grande voix me fit reconnaître la vérité, et je n'oserais en douter. Je le confesse, plein de honte et de chagrin. Avarice était son nom. Dans ma suffisance, je m'étais imaginé entièrement dépourvu de ce vice particulier. Bien plus, j'avais souvent répété que j'étais né libre de ce vice. La leçon a été dure et j'espère qu'elle pourra servir à défaire les chaînes du soi, non seulement pour moi mais aussi pour les autres.

«Les ombres monstrueuses étaient mes propres enfants — engeance de péché et de peur.»

«Que celui qui s'imagine debout prenne garde de ne pas tomber» (SANTI).

«Voilà un bon rêve, bien expliqué», remarqua l'étudiant [...] «Job a eu raison de dire que, dans la vision de la nuit, l'homme reçoit de l'instruction. Et le fait que cette expérience ait été un rêve en plein jour ne change rien à la chose. Bulwer Lytton montre que les premières initiations viennent par le rêve. Ils s'expriment presque toujours en symboles, car l'homme intérieur n'a pas de langage comme le nôtre. Il voit et parle au moyen d'images. Il projette une pensée sous la forme d'une image : à nous de la saisir et de nous en souvenir. Chaque image se trouve modifiée par les façons changeantes que nous avons de penser à l'état de veille.

«Votre ami a bien rêvé et bien interprété : si nous nous mettions à agir selon l'enseignement de nos rêves, quand il inspire un motif élevé, nous encouragerions, pour ainsi dire, le rêveur intérieur de telle sorte que nous puissions plus fréquemment recevoir de l'instruction. Le premier mouvement de l'Évêque est de dédaigner un peu son parent qui à son avis est trop positif. Mais pourtant, lui aussi rêve, et il y a donc une grande chose tangible dans son expérience : le fait de rêver. Nos rêves nous présentent — à nous, hommes et femmes à l'état de veille — une opportunité de vivre de telle manière que le Soi Intérieur puisse plus aisément nous parler. Car, de même qu'avec des personnes nouvelles et des langues étrangères il nous faut nous accoutumer à des formes inusitées de langage et de pensée, de même dans cette grande confusion qui règne au départ nous avons la faculté de mettre de l'ordre à l'aide de l'instruction reçue. La leçon de ce rêve s'adresse à tous : il s'agit d'écarter la mainmise du soi sur chacun de nous en particulier — car nous sommes tous différents — et d'abandonner la peur. Mais nous ne pouvons atteindre l'un ou l'autre de ces buts tant que nous demeurons impurs. Le succès est à la mesure du degré de purification.»

6. Vision à caractère d'instruction à un disciple

Bien qu'il ne s'agisse pas d'un rêve à proprement parler, comme dans le cas précédent, mais d'une sorte de vision éveillée, l'expérience relatée ci-après est également instructive à plus d'un titre et mérite une étude attentive. Il faut noter que le sujet est ici le «professeur», un individu positivement engagé dans une voie de discipline spirituelle.

(Path, vol. 3, pp. 167-70, août 1888)

Nous étions à discuter autour de la table de l'évidente nécessité, dans la voie de l'Occultisme, d'exercer le discernement avec vigilance [....]. C'est un point essentiel en effet : l'étudiant doit sonder la signification de chaque incident, de chaque parole [...] et chaque vérité a un sens caché sous le sens extérieur, à découvrir jusqu'à ce qu'on atteigne le germe de tout.

Un excellent exemple de ce genre de discernement indispensable nous fut alors donné par le professeur. Cette expérience fait en outre ressortir le fait que, dans les instructions qui sont reçues en Occultisme, il faut avant tout prendre garde de bien saisir et de pouvoir suivre ce sens intérieur uniquement, sinon, par une interprétation à la lettre, on tombe dans l'erreur grossière.

Le professeur s'adonne à l'étude de la philosophie du yoga de Patañjali. Le jour de cette expérience, il s'était déterminé à fixer sa pensée sur le Suprême mais, comme il arrive parfois à ces moments-là, son mental s'était détourné de son but pour glisser dans une sorte de transe ou de vision éveillée. Bien entendu, cet état n'est pas celui de la vraie concentration : il marque un échec à s'y élever. Mais, en même temps, c'est un état supérieur à la veille ordinaire ; parfois, le sujet y apprend des choses de valeur, mais il est incapable de lui donner un nom. Tout à coup, il a le sentiment d'être loin de tout environnement connu, il est transporté dans une expérience nouvelle. Puis, plus tard, après une période de temps dont la durée lui échappe (et n'a nullement occupé sa pensée), il reprend conscience qu'il est assis, là où il se trouvait au début. Il sait qu'il n'a pas dormi, mais qu'il a été envahi par quelque vision dont il a un clair souvenir à ce moment : elle a pu aussi bien le traverser comme un éclair que se dérouler sur un temps plus long. C'est un point qu'il ne s'est jamais soucié de vérifier : le temps n'existe que sur le plan extérieur, et le désir du professeur est plutôt de comprendre ce que signifient les visions elles-mêmes et aussi de savoir ce qu'est cet état. Assurément, il ne sort pas dans son corps astral — comme tant de gens s'imaginent à tort qu'ils le font eux-mêmes. Il ne s'agit pas non plus d'une perception clairvoyante de scènes qui se dérouleraient effectivement quelque part, car lui, l'acteur principal, ne se trouve pas à cet instant, en réalité, dans ces lieux éloignés. Il semble qu'il s'agisse plutôt d'une instruction reçue sous forme d'images, et il est possible que de telles images soient envoyées par la voie des courants astraux, par les êtres dont la connaissance le leur permet (20). Ainsi, tous les étudiants qui ont apaisé leurs sens extérieurs pourraient les recevoir. Nous sommes ici réduits à des conjectures à propos d'un état que nous n'avons pas nous-mêmes expérimenté — l'aurions-nous fait d'ailleurs que notre ignorance de la science occulte interdirait souvent une véritable conclusion. Toutefois ces «visions» du professeur ont les caractéristiques de la dernière condition mentionnée plutôt que celle des autres, et on doit aussi se rappeler que l'âme, le Soi supérieur, nous instruit également et pourrait aussi bien projeter de telles scènes. Voici maintenant la vision particulière dont nous parla le professeur.

Il lui sembla se trouver dans quelque lointain endroit nébuleux, où le décor matériel extérieur était invisible. Il se tenait, pour ainsi dire, dans l'espace et était informé, par son sens psychique, que quelqu'un demandait ce qu'il désirait là. En pensée, il répliqua qu'il était venu pour se plier entièrement, par serment, à la direction d'un Maître ou d'un Instructeur. Il lui parut en ce lieu que sa pensée s'exprimait à la fois en parole et en acte. Son questionneur demanda, de la même façon silencieuse, s'il s'était examiné avec soin, s'il était sûr que tel était réellement son voeu. Il répondit par l'affirmative. «Et t'abandonnes-tu sans réserve à cette direction ?» «Oui», fut sa réponse. Ces pensées s'échangèrent en fusant comme de vives couleurs brillantes en vibration, et tous les nuages s'animèrent de leur beauté.

«As-tu le pouvoir de suivre Ses instructions ? » s'enquit alors l'invisible questionneur.

«Je pense que oui.»

«C'est bien. Le droit t'est accordé d'être mis à l'épreuve. Voici le premier ordre : tu dois sacrifier ce qui te tient le plus à cœur. Va tuer ta mère.»

Le professeur fut alarmé et choqué de recevoir un ordre aussi absurde. Il se sentit pris d'un frisson : était-ce bien la réalité, ou une injonction pour l'éprouver ? Fallait-il qu'il parte se préparer à un acte qu'on ne lui permettrait sûrement pas de faire — qu'il ne pourrait jamais accomplir. Non ! le Maître ne monte pas de telles comédies sinistres. L'hypocrisie ne fait pas partie du devoir du disciple mais au contraire, comme dans le cas des Pharisiens de jadis (les seules personnes, notez-bien, que Jésus ait condamnées sans réserve, pour ce vice précisément) se comporter en hypocrite est un obstacle fatal à tout progrès spirituel. Aussi le professeur exprima-t-il cette pensée, et il remarqua que sa couleur était éteinte et nébuleuse : «Ce n'est pas possible. Le Maître ne donnerait pas un ordre pareil.»

«C'est pourtant Son ordre !»

Une lueur d'intuition brilla dans le mental confus de notre ami. Il pensa :

«Cet ordre t'a été donné alors, qui que tu sois, et cela peut te suffire à toi — mais non à moi. Tout disciple doit entendre la Voix par lui-même, il doit la reconnaître comme celle de son Guide. Il ne peut pas prendre, exprimé en tons mineurs, n'importe quel commandement de cette Voix.»

«Mais s'il n'est pas apte à l'entendre ? S'il n'a pas ouvert ses sens intérieurs qui lui permettraient de l'entendre ? C'est alors que l'Instructeur parle par d'autres instruments qui opèrent sur des plans inférieurs. Il arrive souvent que d'autres hommes fassent l'office de ces instruments.»

«Dans ce cas, ils devraient porter avec eux un signe de reconnaissance.»

«C'est bien ce qu'ils font.»

«De quoi s'agit-il et où est-il présenté ?»

«C'est la vérité, et elle est présentée en vous-même.»

En scrutant profondément son mental, le professeur découvrit avec surprise une certitude extraordinaire, bien que cachée, que l'ordre reçu était authentique. Il l'avait refusé précipitament, par habitude de pensée, et d'instinct superficiel. Plein de tristesse, il eut un sursaut, avec cette réflexion : «J'obéirai — si je peux.»

C'était un terrible dilemme. Il était facile de négliger cet ordre, mais difficile de renoncer à la vie de disciple. Tout son cœur s'y accrochait. C'était sa seule chance d'aider ses semblables d'une façon intelligente. Il devait obéir — mais dans quel sens ? II se mit à réfléchir sur les mots.

«Tuer ma mère ? Qui donc est ma mère ? Au sens ordinaire du terme, ma mère est celle qui a donné naissance à ce corps. Mais cette chose qu'est le corps n'est pas moi vraiment. Ainsi donc, il ne s'agit pas de la mère de ce corps. Serait-ce alors la terre, la mère de tous les hommes ? Mais non, la terre ne sert de mère qu'à nos éléments grossiers. Quel être ou quelle chose est la mère de mon soi intérieur ? Avant de pouvoir le découvrir, je dois savoir ce qu'est ce soi — le moi. Est-ce l'Esprit ? Non : II ne dit pas je, ou moi. Il ne connaît aucune séparation. Ce moi est donc l'âme personnelle, l'âme humaine, et encore, pas même l'aspect supérieur de cette âme qui est purifié et uni à l'Un. La mère de l'âme personnelle est la Nature. C'est donc cela qu'il me faut tuer, cette Nature passive et élémentaire qui donne naissance au mental où naissent ces fausses conceptions de moi-même (comme étant ce corps ou le cerveau, ou le mental). Mais attention ! La Gîta déclare que la nature et l'esprit (prakriti et purusha) sont co-éternels. Comment alors pourrais-je tuer cette nature ? Ah ! je vois. Cette nature inférieure est une forme ou enveloppe grossière de sa contrepartie supérieure ou subtile ; la seule façon dont je puisse la tuer est de la faire mourir comme telle, en tant que nature inférieure, autrement dit de la soumettre à une transmutation alchimique. Il me faut l'élever de son état inférieur et passif à l'état supérieur et positif. Et puisque c'est là le premier ordre que j'ai reçu, je vois bien que je ne suis pas accepté, vu que je ne sais même pas comment obéir. Je dois partir et m'efforcer de trouver la Voie.»

Ici prit fin la vision, et le professeur se retrouva à sa place initiale, face à la corniche de pierre grise que ses yeux avaient fixée avant de passer dans cet autre état de conscience. L'expérience lui avait appris, avec une netteté transcendante que les mots sont incapables d'égaler ou de dépeindre, combien est nécessaire le discernement intuitif à propos des choses de l'occulte, et combien le disciple gagne par une méthode dont cette vision est peut-être un pur symbole ou une simple parabole (21).

Une autre leçon à tirer est que, par manque de complète concentration, une partie de l'injonction a probablement été perdue — sans doute précisément celle qui contenait l'explication du terme «mère». Mais le professeur dit qu'il a sans doute été capable d'atteindre la vraie solution parce qu'il découvrit, se développant après coup dans son mental, les germes de l'explication restés présents dans sa mémoire. Ceci, de l'avis de Didyme, est un aspect de l'intuition : pour lui, l'étendue et la clarté d'intuition qu'on trouve chez certains hommes sont dues à leur capacité de redonner vie à des souvenirs perdus concernant des points donnés, en raison de leur plus grande concentration, ce qui leur permet de ramener à la conscience tout ou partie de ce qu'ils ont appris jadis.

«  C'est-à-dire, bien sûr, dans d'autres vies», dit la veuve.

«  Oh oui !» répliqua Didyme. «En parlant de ces sujets, je ne considère jamais l'Homme comme le personnage pur et simple qui est connu dans sa génération mais comme un être dont le passé le transcende à une distance incommensurable.»

Note : réflexion sur le Soi supérieur

(Path, vol. 6, p. 220, oct. 1891)

Un correspondant demande :

«  N'avez-vous jamais un sentiment conscient d'avoir un Maître quelque part ? Dernièrement, je me suis surpris à y penser — mais lequel, je n'en sais rien. Me comprenez-vous ?»

Le Grand Maître, ou le Grand Instructeur, est le Soi Supérieur. L'Âme le sait, et, à certains moments, elle transmet cette connaissance à la conscience inférieure, ce qui fait naître en nous le sentiment que quelqu'un nous enseigne, ou que nous avons trouvé quelque instructeur. Il y a aussi, bien sûr, d'autres souvenirs qui nous viennent mais, finalement, tout cela se réduit à une seule chose, car le Soi Supérieur de l'un est celui de tous — il est universel, «un état divin, et non un corps ou une forme d'aucune sorte».

Notes

  • (11) Article publié dans le Cahier Théosophique, n°70 (disponible sur le site) (N.d.T.),
  • (12) «L'ascète ne doit pas former d'association avec les êtres célestes qui peuvent apparaître devant lui, ni montrer d'émerveillement à leur apparition, du fait que le résultat serait un renouvellement des afflictions du mental» Livre III, aphorisme 52, Ed. Textes Théosophiques (N.d.T.).
  • (13) Voir Cahier Théosophique, n° 142, p. 14, «Réponses à des lecteurs - l» (N.d.T.).
  • (14) Dans l'enseignement de Mme Blavatsky, l'Occultisme véritable est utilisé au sens le plus noble, comme synonyme de yoga spirituel et n'a que peu de rapports avec la divination et autres arts occultes (N.d.T.).
  • (15) Ibid., n° 143, II, p. 3 (N.d.T.).
  • (16) II s'agit ici de l'état de béatitude céleste de sushupti, mentionné ailleurs dans cet ouvrage (N.d.T.).
  • (17) Voir Cahier Théosophique n° 142, pp. 13-4, «Réponses à des lecteurs-l» (N.d.T.).
  • (18) Voir la note importante qui suit ce récit (N.d.T.)
  • (19) Citation de la Voix du Silence, p. 31 (disponible sur le site) (N.d.T.).
  • (20) Allusion aux Maîtres spirituels qui ont en vue l'éveil et l'entraînement de
    leurs disciples (N.d.T.).
  • (21) Dans la Bhagavad-Gîtâ le mental est présenté comme le premier produit de la nature. C'est aussi ce que dit Jacob Boëhme (Éd. Path).

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