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"Mourir pour Renaître" : L'Alchimie de la Vie et de la Mort (1)

(compte-rendu de séminaire du 21 février 1998)

1ère partie : Mourir pour renaître - de quoi s'agit-il ?

Sommaire

  1. Approche universelle : la Vie soumise à l'alternance des cycles cosmiques
  2. Cas particulier de l'homme dans le macrocosme (le grand univers)
  3. Mourir pour renaître - facteur incontournable du progrès

Notre monde occidental, qui évacuait la mort comme un sujet tabou, et ignorait la réincarnation, commence à réviser ses vues. Il lui reste à opérer un complet changement d'optique, pour découvrir, avec la Théosophie, combien la vie et la mort se complètent pour rendre féconde l'expérience humaine dans le projet universel d'évolution de la Nature, sur tous les plans.

Seule une approche qui donne enfin tout son sens à la réincarnation, en replaçant l'individu dans ses rapports avec tous les êtres, soumis aux mêmes grandes lois cosmiques, peut éclairer véritablement notre existence pour un engagement large et généreux, où la peur de la mort n'a plus de raison d'être.

Introduction

La mort - sujet longtemps tabou - est approchée aujourd'hui de façon plus sereine et profonde (dans le cadre de l'accompagnement des mourants) et la survivance de l'âme devient plus crédible (avec l'intérêt suscité par les bouddhistes, prêchant le Livre des Morts tibétain, le Bardo Thödol). La réincarnation gagne du terrain, même chez les chrétiens pratiquants (malgré la mise en garde des Catéchismes les plus récents). Mais si tout cela tend à "apprivoiser la mort" (qui, d'après les témoignages des "rescapés de la dernière minute", n'a pas l'air terrible du tout), il s'en faut que tout le monde intègre cela dans une vision cohérente, philosophique, capable de changer la perspective de l'existence.

On a peut-être moins peur de la mort, mais on ne sait toujours pas bien à quoi elle peut servir : elle ne serait peut-être qu'un "passage" ? Avec les 49 jours d'expérience post mortem dans le Bardo posthume, elle serait même un passage éclair.

Il y a donc une grande confusion dans le mental occidental, et les modèles "bricolés", ou simplistes, de vie après la mort (des spirites et autres "transcommunicateurs" modernes), ou de réincarnation, contribuent à cette confusion.

L'enseignement proposé par H.P. Blavatsky et ses Maîtres avait (et a toujours) comme objectifs de fournir un modèle cohérent d'explication où tout prend sa place, de façon logique et naturelle (vie, mort, évolution, destinée collective, etc.), d'aider à dénoncer le caractère erroné, illogique, etc. des doctrines qui ont cours sur les mêmes sujets, et d'encourager à tester, par tous les moyens possibles, la validité du modèle théosophique, en particulier par les prolongements qui s'imposent dans la vie pratique.

Approche universelle : la Vie soumise à l'alternance des cycles cosmiques(↑ sommaire)

Les "Trois Propositions Fondamentales" de la Doctrine Secrète évoquent bien le caractère cyclique de tous les phénomènes de l'univers manifesté, mais il ne s'agit pas d'une succession sans fin d'événements, sans signification profonde, comme les séquences d'un film qui s'ajouteraient indéfiniment les unes aux autres, au gré du hasard et de la nécessité - ce qu'on serait un peu en droit de conclure avec les scientifiques (astrophysiciens, biologistes, etc...) en s'en tenant seulement aux apparences : les étoiles apparaissent, le système solaire se construit avec la matière disponible, puis, sur la Terre, la vie surgit, les conditions se trouvant réunies à un moment donné, et finalement la conscience naît, l'homme se dresse, étend sur sa planète sa domination, le temps que le soleil, épuisant ses réserves, finisse par imploser pour ramener tout l'ensemble à la case départ (dans quelques milliards d'années). Alors, il y a des chances pour que, sur la base de la matière et de l'énergie nouvellement disponibles, tout recommence de la même façon, ou autrement - ainsi, sans fin, tant qu'il y aura de la matière et de l'énergie pour façonner des mondes.

La Théosophie écarte cette vision stérile postulant que l'univers se construit "comme ça", à partir des conditions initiales (censées réunies avant le Big-Bang hypothétique), que la vie résulte de l'agencement (un peu miraculeux) de molécules particulières, et que la conscience est le produit final de l'agencement (encore plus miraculeux) de molécules (encore plus) particulières.

La "Première Proposition" de la Doctrine Secrète  fournit ce qui manque à cette perspective vide de sens :

le Pouvoir de Vie est éternel,

la Conscience est éternelle,

la matière est éternelle, sous une forme ou sous une autre,

l'énergie infinie, éternelle,

leurs potentialités étant éternellement contenues dans leur racine immuable - l'Absolu - source et réceptacle infini de toute forme de vie, de conscience, de matière, etc... appelée à se manifester dans un univers donné.

Associée à toute forme apparente de matière, il faut concevoir une forme de conscience. Associée à toute forme de conscience, aussi transcendante soit-elle, il faut concevoir une forme de matière (aussi éthérée que l'on voudra), servant de support, de véhicule, ou d'instrument, permettant à cette conscience de s'exprimer, de communiquer avec les réalités et les êtres existant sur le plan où elle se trouve - tout comme notre corps physique nous permet de communiquer avec les êtres et les choses de ce plan terrestre.

Finalement, les innombrables formes particulières de conscience et de matière qui peuvent exister sont des degrés spécifiques de manifestation des infinies potentialités, demeurant éternellement "en réserve" dans la source primordiale de Conscience et de Matière postulée plus haut.

Mais comment, sur cette toile de fond éternelle, d'un Absolu (qui n'est pas un Dieu, ni un être, mais l'essence dernière de l'Etre, Un et indifférencié), comment des mondes, multiples et différents, peuvent-ils se "détacher", pour ainsi dire, comme un spectacle mouvant sur un écran immobile ?

Nul ne peut sonder intégralement ce mystère, mais une chose est sûre pour les Maîtres-Initiés qui détiennent l'antique Theosophia : la venue à l'existence (à partir de l'Etre) d'un univers, et de ses habitants, est rigoureusement programmée, et obéit à une Loi éternelle. L'univers mérite son nom grec de cosmos = un monde d'ordre - organisé dans toutes ses phases.

L'effet de cette Loi apparaît dans la 2ème et la 3ème Propositions fondamentales de la Doctrine Secrète : Sur fond de durée éternelle, la manifestation des mondes se développe selon un temps cyclique : pas de commencement absolu, pas de "fin du monde" définitive, mais une succession indéfinie d'univers, qui naissent, se développent et se résorbent pour laisser place, après un temps de repos dans une "nuit" apparente, à un nouveau "jour".
Cette succession n'est pas un éternel retour, ni un recommencement aléatoire : elle a une logique interne.

Cette logique tient à la finalité même de l'univers, où tout est programmé :

  • - pour l'expérience et l'élévation des consciences impliquées dans la vie de l'univers, et
  • - pour la spiritualisation de la matière associée à ces consciences.

Ainsi l'univers que nous percevons est le théâtre d'une immense évolution où interviennent des myriades et des myriades d'entités conscientes, focalisant en elles-mêmes un "rayon - pour ainsi dire - du Pouvoir primordial de conscience, comparable à un Soleil spirituel central.

Ces myriades de consciences sont, en quelque sorte, les acteurs de cette grande Évolution sans commencement ni fin, mais l'impulsion vient de ce Soleil - de même que la potentialité de tous les pouvoirs manifestés par ces consciences.

La logique de l'Evolution exige que le fruit de toutes les expériences faites par ces entités conscientes se conserve intégralement, et contribue à pousser l'évolution à des niveaux de plus en plus élevés : ainsi chaque nouvel univers se met en place en profitant de tout l'acquis de l'univers précédent. Cette mémoire indélébile de la Nature se manifeste ainsi dans la dynamique de tous les mondes (visibles et invisibles) comme la loi de Karma : rien ne sort de rien, nulle part; toutes les formes, qu'elles soient physiques, psychiques, spirituelles, se construisent selon des programmes longuement élaborés dans un passé insondable, où peuvent intervenir des facteurs plus particuliers liés aux conditions actuelles du milieu, ou aux caractéristiques propres de l'entité associée à ces formes.

Cette grande loi de Causalité, qui intervient partout dans un monde donné n'est pas statique, dans le sens où elle tendrait toujours à ramener un équilibre rompu par une action quelconque à l'équilibre primitif. Elle est dynamique, en ce qu'elle vise à maintenir une harmonie dans un vaste ensemble qui, lui-même, n'est jamais dans une situation d'équilibre statique, immuable - du fait même qu'il évolue.

La pulsation constante qui maintient notre univers en perpétuelle vibration (où chacune des myriades d'entités conscientes [des niveaux les plus primitifs aux altitudes vertigineuses impossibles à imaginer] a son propre mode de vibration qui participe à l'harmonie collective) fait que cet univers n'est jamais en repos - il vit d'une vie puissante, où la contribution de chacune de ses parties fait progresser le grand projet d'évolution qui le sous-tend.

Ainsi, en entrant, avec la Théosophie, dans les coulisses de la Nature, nous découvrons quelques vérités cardinales, que l'on peut exprimer diversement comme il suit :

derrière l'extraordinaire diversité des créatures et leurs mouvements en tous sens une grande pulsation profonde, qui les entraîne comme une marée dans une évolution ascendante où toutes sont solidaires,
derrière la multiplicité de ces créatures, une même Réalité Unique où elles sont éternellement enracinées (d'où la fraternité universelle qui les réunit),
derrière les innombrables lois qui régissent le monde, une sorte de Volonté générale de la Nature qui tend à maintenir l'harmonie de l'ensemble, en poussant les êtres à progresser vers plus de conscience, plus de liberté, plus de capacité d'expression, et de participation individuelle au projet de l'évolution,

derrière le tourbillonnement des saisons, des cycles, des naissances et des morts, qui affectent toutes les formes de vie, jusqu'aux galaxies, une continuité tenace de la Vie, soutenant, à travers toutes les phases de l'existence, le mouvement ascendant d'évolution qui entraîne les myriades d'êtres dont la racine éternelle n'est jamais affectée par toutes ces alternances, tandis que la Nature leur conserve en permanence, en une mémoire intégrée, le fruit de toutes leurs expériences.

Si ces vérités restent vraies pour tous les êtres, elles doivent nécessairement prendre un contour plus précis avec l'homme, qui est comme le fleuron de l'évolution terrestre.

Cas particulier de l'homme dans le macrocosme(↑ sommaire)

Henri Bergson (sans doute un peu inspiré en cela par la Théosophie qu'il n'ignorait pas) a suggéré : "L'Univers est une machine à fabriquer des dieux". Cela demande quelques précisions, même si, avec ce qui a été dit précédemment, on entrevoit que tous les êtres, enracinés comme ils le sont dans le Divin, tendent bien à retourner vers cette source, par l'effet de l'évolution ascendante.

En réalité, les myriades innombrables de consciences (on parle de "monades", d'étincelles de vie", de "rayons" du Soleil Central, etc.) ne constituent pas, prises ensemble, des hordes indistinctes d'entités séparées, progressant chacune pour soi, au hasard des circonstances. Dans un cosmos "organisé", elles forment des "légions" ou des "hiérarchies" distinctes, selon le règne auquel elles appartiennent, ou qu'elles animent (minéral, végétal, etc., etc.), ou selon le degré d'évolution atteint dans l'immense échelle des êtres.

N.B. - Dans les règnes inférieurs, ces légions de monades progressent par impulsion naturelle, en passant dans des formes successives, où le germe de leur conscience, d'abord très rudimentaire, s'éveille peu à peu, pour accéder lentement à un sens élémentaire d'individualité distincte (dans les animaux supérieurs). Cette "transmigration" dans des formes qui ne sont pas faites de "chair", aux niveaux inférieurs, est appelée plutôt métempsychose (du grec, comportant, avec méta, l'idée de "changer", avec en, celle de "descendre" ou "s'enfermer dans", et psychosis - l'idée d'"animer", le sens primitif de psyché étant "souffle de vie").

Quand vient le moment, pour certaines légions de monades animant les formes supérieures du règne animal, d'accéder au règne humain, c'est un grand tournant dans l'évolution terrestre (qui remonte à des millions d'années).

Dès lors, les monades humaines, qui possèdent la conscience réfléchie (ou "soi-conscience"), ont le sens de leur identité individuelle (le sens du Je), avec l'intelligence et la capacité de jugement = le libre-arbitre, pour choisir et décider du sens de leurs pensées et de leurs actions. Devenues ainsi responsables de leur destinée, elles prennent pour elles-mêmes le relais de l'évolution naturelle, pour progresser cette fois par des "efforts auto-induits et auto-déterminés".

Dès lors, également, la loi cosmique de Karma prend un sens éthique ; dans leur comportement individuel, les monades humaines peuvent s'écarter de la ligne générale de la "Volonté de la Nature", ou s'y conformer - la loi de causalité éthique les replacera face aux conséquences de ces écarts (expériences difficiles, épreuves, etc.) ou de ces bons choix (dans le sens de conditions plus faciles à vivre ou à exploiter, d'éveils à de nouvelles vérités, etc.).

N.B. - Pour éviter des confusions, la Théosophie emploie des termes différents pour désigner la monade humaine, éveillée à la soi-conscience = l'Ego supérieur ou l'individualité (foyer "indivis" où se concentre la Conscience Universelle, et qui a sa propre identité),
la personnalité, le moi personnel, etc... le personnage (homme ou femme) qui opère dans sa sphère terrestre.

Par ailleurs, une fois atteint le stade humain, ces monades ne s'allient plus qu'à des corps humains - il n'y a plus de retour en arrière possible.

Ces corps étant faits de chair, on parle d'"incarnations" ; ainsi, au lieu de métempsychose, on parlera systématiquement de réincarnation.

Du fait que l'Ego humain est éternel dans sa racine (comme toutes les monades), et conserve en permanence dans son foyer la mémoire intégrée de toutes les expériences des personnalités terrestres qu'il anime, il ne "meurt" pas lorsque vient à mourir le corps physique particulier qu'il "occupe".

L'Ego est comparable à un rhizome, une tige souterraine (de muguet, par exemple), qui survit loin des regards dans la nuit de l'hiver, pour redonner périodiquement, au grand jour, un bouquet de feuilles et de fleurs dont l'activité (chlorophyllienne et autre) nourrit le rhizome, et l'aide à se développer un peu plus sous terre.

Dans le processus de la réincarnation, on ne peut pas dire que l'Ego "meure" ou "renaisse", au sens habituel. C'est la personnalité, avec son corps et ses instruments psychiques propres, qui meurt, et c'est une nouvelle personnalité qui émergera à la naissance d'un nouveau corps, animé par le même Ego.

Mais, symboliquement, en assimilant l'Ego à une sorte d'acteur qui jouerait sur la scène terrestre des rôles successifs (les personnalités particulières, "incarnées), "mourir" pour l'Ego serait quitter la scène - provisoirement, pour se retirer dans sa loge, le temps d'un entracte, plus ou moins long - et "renaître" serait, pour lui, reprendre contact avec la scène pour y animer un nouveau personnage. Grâce à ces rôles successifs qu'il "incarne" (selon le terme consacré dans le théâtre), sans toutefois d'identifier à eux, (l'Ego soutient la personnalité terrestre sans jamais être cette personnalité, il lui prête ses pouvoirs et la maintient en vie, sans perdre son identité), il s'enrichit de toutes les expériences faites quand elles répondent à son inspiration spirituelle et universelle.

Ainsi se construit au fil des "morts/renaissances" un caractère profond, intégrant le fruit de toutes les entrées en scène de l'acteur. De ce fait, tous les enfants qui naissent ont leur identité distinctive - "vieilles âmes dans des corps nouveaux" - ils expriment très tôt quelque chose de leur caractère profond, dans la mesure où le leur permet l'hérédité de leur famille et le milieu où ils naissent.

L'homme, un univers en miniature (microcosme), étroitement uni au macrocosme, et dépendant de lui, n'évolue pas en solitaire. Malgré son identité unique - de par son karma individuel - il est lié à la grande famille des monades humaines. Au fil des incarnations, l'Ego se rapproche, par affinité, de tels ou tels groupes humains historiques ; ses interactions avec ces populations contribuent à créer un karma collectif, propre à ces groupes, qui s'inscrit dans le grand karma de l'humanité. Mais les peuples, les nations - comme les personnes - vivent et meurent. Ici aussi, "mourir pour renaître" a une signification : les civilisations du passé qui ont sombré dans l'oubli ré-émergent, sous une forme ou une autre, sur la scène terrestre. La mémoire de ce passé est indélébile, et les Ego qui ont contribué à construire une civilisation se retrouvent à nouveau réunis, par leurs affinités, pour remettre sur le métier une tâche interrompue jadis.

À un niveau plus étendu, la Théosophie envisage l'évolution humaine sur une vaste échelle de temps englobant l'histoire de nombreux peuples ou groupes humains : ce sont les vagues successives des Grandes Races-racines, permettant l'épanouissement de "types d'humanité" particuliers. Actuellement, une grande proportion des âmes humaines "incarnent" les caractéristiques de ce que la Doctrine Secrète a dénommé   la Cinquième Race, laquelle se développe ici-bas, depuis environ 1 million d'années.

Au delà, on peut encore envisager des divisions plus larges, suivant des cycles de plus en plus étendus : dans toute cette gamme, chaque grande période d'activité est suivie d'une phase plus ou moins complète de "repos", ou d'obscuration, (comme par exemple entre deux Rondes ou très grands cycles d'évolution terrestre). Ici encore, après naître et exister, vient "mourir pour renaître", mais l'acquis est conservé, et le nouveau cycle s'élève vers une plus grande réalisation des infinies potentialités du Divin.

Finalement, à l'expiration du vaste cycle cosmique du système solaire, tout sera replongé dans la "nuit", l'extinction de toute manifestation de vie et de conscience :ce sera, à l'échelle de ce système, "mourir"... pour "renaître", lors de l'apparition d'un nouveau système solaire.

Rien de ce qui aura été acquis collectivement par l'humanité ne sera perdu. Une nouvelle humanité pourra naître dans un autre cadre d'évolution, où les êtres vivants n'auront pas forcément les mêmes corps, les mêmes apparences, etc. l'homme étant essentiellement une âme individuelle consciente qui utilise des corps (quels qu'ils soient) adaptés à ses besoins.

En évoquant précédemment les innombrables myriades de monades liées à notre Terre, par exemple, il est facile d'imaginer que les légions de monades humaines qui opèrent actuellement dans notre système ne représentent pas le niveau le plus élevé possible dans l'échelle de l'évolution - cette dernière se développant dans l'infinité de la durée, il y a sûrement d'autres hiérarchies de monades considérablement plus éveillées spirituellement, moralement, etc. que les Ego que nous sommes : des êtres qu'on pourrait appeler des "dieux" par la perfection et les pouvoirs cosmiques qu'ils ont pu atteindre.

Cependant ces "dieux", liés à notre planète, ne sont pas le produit d'un miracle, ou d'une création immédiate par un Dieu tout puissant : ils se sont élevés eux-mêmes à ces altitudes par leurs efforts, et leurs mérites. Dans un passé très lointain, ils ont été des hommes : en dépassant ce stade, avec leur conscience pleinement éveillée, ils sont devenus les auxiliaires intelligents et actifs de la Nature, pour gérer le développement de son projet d'évolution sur la Terre. Ils n'ont cependant pas touché le terme de l'évolution pour eux-mêmes, puisque celle-ci est sans fin.

Dans cette perspective, l'Univers n'est pas "une machine à fabriquer des dieux". Il faudrait plutôt dire "l'Univers est un théâtre vivant d'évolution où tout est en place pour que les êtres puissent s'élever finalement au niveau des dieux, s'ils savent découvrir les lois de la Nature et faire les efforts nécessaires pour en tirer parti jusqu'aux plus extrêmes limites, conformément à la "Volonté générale de la Nature".

En définitive, avec l'optique théosophique, l'évolution n'est pas à comparer à une sorte de tapis roulant où les êtres s'élèveraient, sans à-coup, des formes les plus rudimentaires aux plus sophistiquées. Elle ferait plutôt penser à une échelle, avec d'innombrables degrés ; sur chacun de ces degrés, des légions de monades qui y ont pris pied (pour ainsi dire) font leurs expériences et réunissent progressivement les conditions nécessaires pour changer de niveau : un peu à l'image d'un homme qui , pour monter à une échelle, prend d'abord fermement appui sur un barreau, et mobilise en lui les forces nécessaires pour franchir l'espace qui le sépare du barreau supérieur. Cette analogie est limitée toutefois : c'est seulement au stade humain, que l'être peut prendre conscience qu'il y a un niveau supérieur à atteindre, et se mettre en devoir d'y parvenir. Cependant, l'image de l'échelle est parlante dans le présent contexte : en passant d'un degré à l'autre, on peut dire, d'une certaine façon, que la monade "meurt" à la forme d'existence propre au degré inférieur, pour "renaître", en accédant à celle qui caractérise le degré suivant. Dans cette optique, l'évolution apparaît un peu comme une suite de "morts/renaissances", si on s'en tient seulement aux transitions qui rythment le passage d'une séquence du film de la Vie à une autre séquence.

Rappel de quelques idées très positives qui devraient changer l'optique ordinaire que l'on a des choses :

l'homme a sa place marquée dans le grand projet d'évolution : il n'est pas là "par hasard", mais il a une fonction à remplir grâce à son libre-arbitre et sa capacité d'exploiter les potentialités sans limites qu'il peut tirer de sa racine divine.

il n'a pas à craindre de mourir puisque tout "meurt" pour "renaître" et reprendre le chemin d'évolution, avec l'acquis gagné.

il est promis à une destinée divine (= devenir un "dieu", comme ses lointains prédécesseurs), à condition d'apprendre les leçons de la Nature.
grâce à sa place exceptionnelle dans l'Univers, il peut progresser beaucoup plus vite que les monades qui sont "retenues" dans les règnes inférieurs.
cependant, ce privilège de l'intelligence, du libre arbitre, etc. n'est pas un don gratuit de la Nature : avec karma, on est tenu, en quelque sorte, de lui rendre compte de l'usage fait de ces "talents" exceptionnels.
etc...

Dans ces conditions, la meilleure chose ne serait-elle pas de se mettre à l'écoute de la Vie, pour apprendre ce qu'elle attend de nous, découvrir le secret de ses procédés alchimiques, dans le brassage incessant de ses cycles et rythmes, et d'accepter de devenir complices de la Nature, dans l'exercice de ces lois.

Précisément, si elle impose, en tant d'occasions, de "mourir pour renaître", ne faudrait-il pas aller au delà de nos appréhensions (inspirées par la mort) pour tenter d'en tirer les grandes leçons ?

Mourir pour renaître - facteur incontournable du progrès(↑ sommaire)

Quand nous étions enfants, nous avons souvent cru que, devenus grands à notre tour, nous resterions ainsi... pour toujours. Puis l'existence de la mort nous est apparue : il n'y aurait pas de "toujours", mais au moins un "longtemps". Puis nous avons découvert, avec découragement parfois, la fragilité de la vie - son côté tout "provisoire", quand un enfant vient à mourir.

Mais la réincarnation nous apparaît, pour nous redonner confiance. "Mourir" - oui : mais pour "renaître". Quand on envisage, en effet, le champ immense des possibilités humaines (que nous nous sentons capables d'explorer, si "on" nous en donne le temps), ou si on entrevoit les perspectives infinies de la vie spirituelle, comment parviendrait-on, en une seule existence, à progresser un tant soi peu dans tous ces domaines ?

Après tout, n'est-ce pas à la suite d'efforts répétés, toujours dans la même direction, de vie en vie, que des individus d'exception sont parvenus aux sommets du génie, dont peut s'ennorgueillir l'espèce humaine ? Cette voie ne s'ouvrirait-elle pas aussi à nous ?

Si les lois universelles nous imposent ainsi de "mourir pour renaître", le plus sage n'est-il pas de l'accepter, et d'apprendre les leçons qui en découlent ?

Remarquons d'abord, avec philosophie, que ces "lois" sont bien faites, somme toute.

Si nous pouvions vivre 1.000 ans - ou 10.000 ans - dans le même corps, qu'arriverait-il ? Avec un même sexe, une hérédité immuable, un acquis inamovible (depuis l'enfance, avec tous les problèmes rencontrés jusqu'à l'âge adulte), ne serions-nous pas condamnés, par ce conditionnement, à nous enfermer dans une seule façon de vivre, une seule perspective, avec des opinions de plus en plus figées - sans jamais songer à la mort (10.000 ans, c'est loin...).

La Nature est sage en limitant la durée de l'existence :
cette durée (en moyenne) est assez longue pour qu'un être puisse passer par une riche succession d'expériences.
elle n'est pas trop longue, ni trop courte. (quel profit tirerait-on, avec une moyenne de vie de 5 ou 10 ans ?)

"Mourir pour renaître" multiplie énormément les chances de faire des expériences extrêmement diverses (en changeant de sexe, de nationalité, de religion, de métier, etc.), sans parler des rencontres et échanges innombrables, offerts avec la multitude des êtres humains sur la Terre.

Et renaître, c'est rompre avec un passé parfois encombrant, des attaches des devoirs, qui tendent à retenir l'être dans un milieu fixe, peu évolutif, mais c'est aussi connaître à nouveau la jeunesse, l'enthousiasme, qui se fraient des voies, là où un homme vieux de 1.000 ans n'oserait plus s'engager depuis longtemps.

D'une façon réaliste, les hindous envisagent la divinité sous trois aspects majeurs : créateur, préservateur, destructeur/régénérateur. Ils ont bien vu que tout ce qui vient à l'existence subsiste un temps moyen, adapté à chaque cas, s'use, et finit par se dissoudre (le mot pour dissolution est pralaya), et revenir à l'existence. Avec Platon aussi : la mort se nourrit de la vie, et la vie surgit de la mort, inlassablement.

Ainsi, toutes les formes vivantes sont des essais "provisoires" du grand pouvoir de Vie qui soutient l'univers ; mais provisoire aussi est le repos, la mort, l'absence hors du terrain de l'évolution active. Ce "provisoire", comme on l'a vu, n'est pas arbitraire mais réglé par la loi fondamentale d'harmonie, d'équilibre, qui accorde à chaque phase du cycle d'"activité/repos" une durée adaptée à la fonction remplie par chaque forme: le mâle adulte de l'éphémère ne dure pas plus de 2 jours, le système solaire persiste des milliards d'années - presque une éternité, et permet ainsi de conserver un cadre semi-permanent à l'évolution de myriades de formes provisoires.

Ce caractère impermanent des choses de ce monde, qui a frappé hindous et bouddhistes, n'a pas à nous effrayer : dans le cosmos manifesté, c'est, en quelque sorte, le truc de la Nature, contrainte de passer par la limitation (sur la toile de fond de l'Illimité, Absolu, Immuable), de s'appuyer sur le provisoire, l'éphémère, l'impermanent, pour produire du moins provisoire, du plus durable, qui puisse refléter de plus en plus quelque chose de l'Illimité, et s'en approcher.

les innombrables êtres humains qui naissent, vivent et meurent, pour renaître, tissent ensemble l'image de "l'Homme cosmique" qui couronnera la grande épopée de l'évolution sur ce globe, pour servir d'"Homme-semence" pour celle qui fera suite, dans un autre cycle majeur.
De même, les innombrables existences provisoires vécues par un même Ego servent à élaborer finalement le "corps glorifié" (le Dharmakâya d'un Bouddha parfait) qui lui servira à entrer   pleinement éveillé dans le nirvâna "éternel"... en attendant la naissance d'un nouvel univers.

Sans nous en rendre compte, nous côtoyons sans cesse cette succession de "morts/renaissances", que les hindous ont appelées "nitya pralaya", la dissolution perpétuelle (qui doit bien avoir pour pendant une "création perpétuelle", si l'univers est appelé à demeurer vivant pendant un cycle complet).

L'impression que nous avons du temps est liée à la succession de nos états de conscience, qui ne durent pas. "Tempus fugit", le temps fuit, disaient les Latins; le présent, à peine perçu, s'engouffre dans le passé - et le futur accourt promptement. Et, dans le même temps, des milliers de cellules du corps meurent, des milliers d'autres se forment. Ce tourbillonnement se poursuit jusqu'à la mort. Cependant quelque chose du corps se conserve largement - sa forme extérieure, son squelette, les cellules cérébrales. Derrière ce défilé de cellules provisoires, une réalité semi-permanente se conserve, le temps d'un cycle d'existence - avec une mémoire complète de tous les instants qui se sont succédé à toute vitesse.

De même, le champ du psychisme voit défiler le fleuve de nos états de conscience, toujours différents (compte tenu des conditions toujours changeantes de notre existence); mais quelque chose comme une entité psychique se conserve, avec une semi-permanence - un caractère structuré, avec des capacités très spécifiques, une mémoire (qui se révèlera complète) de tout le vécu d'une existence, etc. Et cette entité psychique sera suffisamment cohérente pour résister un certain temps à la désagrégation après la mort physique.

Ici encore, le flot tourbillonnant d'états "provisoires" cache en profondeur une promesse de semi-permanence (qui peut être exploitée par initiés et sorciers pour conserver leur conscience personnelle active, même après la mort).

N'est-ce pas que, derrière ce kaléidoscope de contenus de conscience (pensées, images, désirs, émotions, etc., etc.), il y a un témoin quasi-permanent à son niveau, l'Ego supérieur, qui, en soi-même, est hors du temps et de l'espace que nous avons l'habitude d'expérimenter à l'état incarné ?

Avec la capacité qu'il a d'assimiler l'or de tous les instants de soi-conscience des personnalités qu'il anime, au fil des incarnations - semblable en cela à l'abeille qui mature les multiples nectars qu'elle butine dans d'innombrables fleurs d'espèces différentes - n'est-ce pas que cet Ego (enraciné comme il l'est dans l'éternel) représente pour nous le repère de permanence dans le flux incessant des "provisoires" que nous expérimentons ?

Ainsi donc, si bien des aspects de notre être complexe sont soumis au nitya pralaya, au "mourir pour renaître", la Nature a ménagé en nous-mêmes un bénéficiaire de tous ces fugitifs flashes d'existence, tous ces "phénomènes" (apparences d'être) provisoires.

Même si ce Soi-Ego - notre alter ego supérieur, auquel le bouddhisme classique semble refuser le droit d'exister - a encore quelque chose de "provisoire" (quelques milliards d'années pour son corps causal, ou corps spirituel - "à moins que nirvâna n'y mette fin" comme l'a suggéré Mme Blavatsky), il a suffisamment de permanence pour permettre l'accès, dans le cours de l'évolution, à des niveaux de conscience et de pouvoir que l'on prêterait à un dieu sur lequel les cycles universels n'ont plus aucune prise.

Un autre aspect, très important, se trouve exprimé dans l'évangile selon st Jean (12,24) par la bouche de Jésus: "En vérité, en vérité, je vous le dis : si le grain tombé dans la terre ne meurt pas, il reste seul; s'il meurt, il porte beaucoup de fruit."

Ces paroles ont une signification évidente: elles vont plus loin que ce qui a été évoqué plus haut (=la mort sera sûrement suivie de la renaissance), elles déclarent nettement:

"la mort est la condition incontournable pour un vrai progrès, une grande renaissance" avec "beaucoup de fruit")

il faut accepter de "mourir" pour vivre vraiment.

Il y a d'abondantes applications à cette remarque : elle est à la base de toute alchimie spirituelle.

Ainsi, st Paul parle de

se dépouiller du Vieil Homme (Colossiens, 3, 9)

crucifier le Vieil Homme (Romains, 6, 6)

abandonner le premier genre de vie, et déposer le Vieil Homme (Ephésiens, 4, 22)

et corrélativement, de

se revêtir de l'Homme nouveau (Ephésiens, 4, 22)

Autrement dit :
mourir comme Vieil Homme pour renaître comme Homme nouveau.
Ainsi, en élevant largement le débat, avec la Théosophie, on constate ce qui suit :

non seulement il faudrait se faire à l'idée de mourir, en prévision d'une renaissance autorisant de nouveaux progrès, dans un cadre d'incarnation entièrement renouvelé, mais il convient, dès maintenant, de reconnaître que tous les changements profonds à la faveur desquels nous "progressons", ou "grandissons", dans le sens de l'éveil spirituel (ou simplement psychologique) exigent de mourir intérieurement à des aspects caducs de notre être qui autrement nous tiendraient immobilisés - "isolés", comme le grain tombé dans la terre - s'ils n'étaient éliminés, ou dépassés, pour permettre d'accéder à d'autres champs d'expérience.

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