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"Mourir pour Renaître" : L'Alchimie de la Vie et de la Mort (2)

(compte-rendu de séminaire du 21 février 1998)

2ème partie : L'alchimie de la vie et de la mort

Sommaire :

  1. L'alchimie de la vie : un art méconnu
  2. L'alchimie de la mort : la Nature donne l'exemple
  3. Avec la réincarnation, comment progresser dans l'alchimie spirituelle ?

L'alchimie de la vie - un art méconnu (↑ sommaire)

Le véritable alchimiste, qui tente de "changer le plomb en or", n'œuvre pas au hasard : il "aide la Nature et travaille avec elle"; devant lui, elle finit par "ouvrir tout grands les portails de ses chambres secrètes": "elle montre les moyens et la voie,..." (cf. La Voix du Silence, pp.29-30).

Pour nous, changer le plomb en or c'est en quelque sorte, changer le terrestre, quotidien, en céleste, divin. Ou, si l'on préfère, transformer et ajuster tous les aspects de l'homme incarné que nous sommes pour lui permettre de faire rayonner le Divin qui, pour présent qu'il soit au fin fond de l'âme, est un peu comme un diamant enfoui au sein de la terre.

Changer le plomb en or c'est diviniser l'humain, avec le contraire obligé : humaniser le Divin, en l'"incarnant" de toutes les manières possibles.

Comment la "Nature" s'y prend-elle pour pousser l'homme vers cette métamorphose alchimique?

Observons qu'il faut un alchimiste pour le Grand Oeuvre (=la transmutation). Cet alchimiste ne peut être qu'une âme humaine, douée de conscience réfléchie, de discernement, de volonté créatrice, etc.. On a vu précédemment comment la laboratoire cosmique de la Nature s'y prend pour faire naître cet apprenti alchimiste. Il faut aussi se rappeler qu'en accédant au stade humain les monades ont été mises sur la voie de leur mission par les hiérarchies hautement spirituelles qui leur ont servi de Parents: les grandes idées innées de justice, vérité, beauté, bonté, harmonie, et la fraternité-dévotion qui les accompagne, ont laissé une trace profonde, indélébile, dans le tissu intime de l'âme humaine, et forment en elle la base de tous les grands idéaux qu'elle vient à nourrir au cours de son évolution. Par ce biais, cette âme humaine a scellé une sorte d'alliance avec l'Universel, le Divin, que rien ne peut rompre : elle constitue une sorte d'instinct spirituel = la foi la plus haute, qui donne la conviction authentique : ici est la Voie, la Vérité, ici la vraie Vie.

Ainsi équipée, l'âme qui, dans son centre intime, est un foyer de tous les pouvoirs du Soleil Spirituel  Central - "Conscience-Omniscience", "Amour-Compassion", "Créativité-Omnipotence", etc. - n'a plus qu'à se mettre à l'œuvre, pour incarner tout cela sur la terre, dans une personnalité humaine : l'alchimiste apprenti a de bonnes chances - au moins potentiellement - de réussir sa mission. Et ses Frères Aînés, les Maîtres-Alchimistes, Initiés et Sages authentiques de toute l'histoire des hommes, sont là pour l'accompagner et l'inspirer.

Malheureusement, quand nous revenons à l'expérience quotidienne, force est de constater que, dans le cours du temps, l'"art puissant" (Gîtâ, IV,2) s'est perdu ou, en tout cas, a été oublié sous un amoncellement d'illusions, d'erreurs et de contre-vérités. Au lieu de changer le plomb en or, les hommes sont devenus experts pour changer l'or en plomb, profaner le sacré, avilir le divin en le transformant en idole à leur service, pour leur "salut". Au lieu d'incarner le Divin, et lui donner la suprématie sur l'"animal" en eux, l'animal" a été placé sur le trône royal - trop souvent - le Divin réduit en esclavage, au service du faux Roi. N'est-ce pas la vérité que les pouvoirs solaires sont détournés, mis à la disposition de l'homme terrestre : l'intelligence, promise à l'omniscience, vouée à la recherche du confort et du profit personnels, l'Amour promis à la libre compassion universelle, réduit au désir et au plaisir égoïstes, la créativité, réservée au service et à l'embellissement de la planète, confisquée pour imaginer les armes les plus redoutables ?

Mais la Nature, avec ses lois bien ajustées, reste maîtresse du champ de l'évolution. Têtue, elle ne se lasse jamais de donner à l'homme ses chances de corriger ses erreurs, de trouver des voies meilleures, d'essayer, essayer, essayer encore, jusqu'à ce qu'il apprenne les leçons de ses erreurs et de ses réussites.

Ici, la loi de karma est évidemment une puissante auxiliaire de l'alchimie de la vie, qui fait feu de tout bois pour instruire, guérir, soutenir l'apprenti-alchimiste dans ses tâtonnements.

Observons que la douleur, la souffrance - qui semblent poursuivre les êtres comme une fatalité - constituent des instruments puissants de cette alchimie de la vie.

Si la souffrance peut terrasser jusqu'à l'hébétude, il arrive qu'elle ait des effets salutaires, uniques. Elle fait "mourir" l'individu à beaucoup de choses - souvent à pas mal d'illusions entretenues par le moi personnel; mais si l'individu traverse l'épreuve, pour "renaître", tant bien que mal, il peut s'en trouver grandi intérieurement, plus fort, plus ouvert aux besoins des autres, plus conscient des choses essentielles de la vie - en somme, plus proche de son pôle divin. Cet effet de catharsis opéré par la douleur purificatrice est bien connu. Il arrive même, dans des cas extrêmes, que des prisonniers internés dans des conditions où la mort est toujours là, suspendue comme une menace certaine, subissent une radicale transformation intérieure, où leur conscience accède à une paix et une lumière inconcevables pour un observateur extérieur.

Observons aussi que si le "bonheur" est souvent vécu, sans trop penser, ni aux autres ("pour vivre heureux, vivons cachés !"), ni à la leçon de l'expérience, il peut aussi, à sa mesure, avoir un effet de catharsis, s'il vient à bouleverser l'individu, en l'incitant impérieusement à aller vers les autres pour partager avec eux la joie et l'énergie surgies de ce bonheur. L'envie vient de ne pas garder pour soi une chose merveilleuse.

Et la joie, vécue sans égoïsme, le bonheur reçu comme un présent de la vie, peuvent amener à tourner les regards vers les êtres défavorisés et faire naître le désir de les secourir. Quelle mère heureuse, et comblée par sa maternité, resterait insensible au malheur d'une femme tenant dans ses bras son enfant malade - ou mort - sans aucun recours ?

On peut chercher encore d'autres aspects de ce pouvoir alchimique de la vie qui, tout en purifiant l'homme, tel qu'il est karmiquement constitué, à de nombreux niveaux, le met sur la voie d'un plus grand éveil  à son soleil intérieur, d'une plus grande aptitude à exploiter ses pouvoirs, dans un rayon d'action élargi.

Les étapes de l'existence, que la Nature nous oblige à traverser, évoquent toutes la parole de Jésus dans l'évangile cité plus haut (Jean 12,24) : "Si le grain ne meurt, il ne peut porter de fruits".

Chaque étape part d'un grain, d'une semence, qui vient à porter des fruits au cours de cette étape, et à produire un nouveau grain qui restera stérile si une nouvelle étape n'est pas abordée.

La gestation de l'enfant est, pour les vivants, la 1ère étape : tout est prévu par la Nature pour constituer un corps viable, avec les bases d'un psychisme fonctionnel. Si le fœtus ne "meurt" à cet état, l'évolution s'arrête ; mais s'il "renaît" comme nouveau-né, nourrisson, etc. l'alchimie se poursuit. Les conditions sont réunies par la Nature (les parents, géniteurs-éveilleurs, obéissent à une loi qui renvoie à l'archétype déjà actualisé lors de la "naissance" de l'humanité) pour permettre à l'Ego supérieur de prendre possession de son nouveau véhicule. Mais si l'enfant ne "meurt" pas à l'état bienheureux de fusion avec sa mère, pour "renaître", comme garçonnet ou fillette, avec une personnalité de mieux en mieux structurée, il restera débile, sans avenir. Plus tard, il lui faudra "mourir" à son statut de gentil petit diable, irresponsable, pour "renaître" comme petit homme, intelligent et réfléchi, capable de prendre sa place, réservée par karma, dans la famille de l'humanité.

On pourrait encore évoquer bien des étapes cruciales où il faut nécessairement "mourir  pour renaître", afin que le grain porte "de nombreux fruits". Ainsi : songer aux passages obligés par l'adolescence, l'âge adulte, avec tous les choix, imposés par la vie, ou délibérés, pour la prise de responsabilités, de plus en plus étendues. Cette fois, l'individu est sommé d'utiliser son libre-arbitre. Pour lui, refuser de "mourir" (à l'adolescence, à l'assistance confortable offerte par les parents, etc.), c'est stagner dans un état caduc, où l'évolution n'est plus que dérisoire ; c'est, en quelque sorte, refuser de participer à l'alchimie de la vie, qui invite à la métamorphose par cette suite de "morts/renaissances".

Et la fin de l'existence, que beaucoup craignent avec l'approche de la "fin de tout", peut être une période également féconde en transformations alchimiques, avant que la mort elle-même prenne le relais de la vie pour procéder à ses propres opérations de mutation.

Il est bien clair que toute la préparation mise en place par les dispositions de la vie ont un grand objectif : instaurer l'homme dans son rôle d'alchimiste, pour mener à bien lui-même le Grand Oeuvre, dans tout son être.

Remarque : même si l'alchimie de la vie est un "art méconnu", il arrive que des individus particuliers en appliquent les recettes, mus par une sorte d'instinct supérieur. Ce sont les êtres de génie. Ils sont la démonstration spectaculaire du pouvoir alchimique prêté à l'homme par la Nature.

Quelle que soit la forme de leur génie (artistique, musical, poétique, littéraire, mathématique, scientifique, mystique ou spirituel), n'offrent-ils pas l'exemple de l'"incarnation", au moins partielle, de ces pouvoirs quasi-illimités du "Soleil Spirituel Central" focalisés dans le tréfonds de l'Ego supérieur de chaque individu. Et n'a-t-il pas fallu, d'une manière ou d'une autre, qu'ils transmutent certains aspects de leur constitution d'hommes "terrestres" pour servir de supports à ce génie - véritable "don du Ciel" aux yeux des masses sans génie.

Selon la Doctrine Secrète, il n'y a aucun privilège ni don spécial pour l'homme sauf ceux qui ont été gagnés par l'effort et le mérite personnels, au cours d'une longue série de réincarnations. Le génie répond à la même loi (qui traduit celle de karma, susceptible d'opérer sur de nombreuses incarnations).

Mais comment le génie vient-il à se manifester, dans un domaine plutôt qu'un autre. Il a fallu que, dans un très lointain passé, un être humain se tourne avec un intérêt grandissant vers l'objet ou l'activité qui deviendra son domaine d'élection, au point que, de vie en vie, cet intérêt se mue en un enthousiasme conduisant à sacrifier tout, ou presque tout, pour la chose idéale, devenue objet de culte ou de recherche exclusive. A chaque nouvelle naissance, l'être retrouve très vite la ligne de sa démarche, développe très tôt un talent ou une compétence, que tout le porte à cultiver encore. Mais comme cette aspiration puissante vise des domaines universels (beauté, vérité, justice, etc.) la réponse de l'Ego supérieur finit par se faire sentir, de plus en plus, dans sa personnalité terrestre tellement consacrée entièrement à l'objet de son "culte". C'est alors que le vrai génie s'épanouit, au bout de nombreuses incarnations : dans les instants privilégiés de création musicale, Mozart était, en quelque sorte, "spectateur" d'une symphonie entière qui s'imposait à son oreille intérieure, sa main terrestre n'ayant plus alors qu'à transcrire les notes sur du papier à musique. D'autres ont "vu" la solution d'un problème mathématique compliqué s'imposer à leur œil intérieur. Etc. La contribution de l'Ego est certaine. Dans ces instants, l'Ego supérieur prête à son instrument terrestre un peu de son omniscience ou de son omnipotence. Mais cette intervention "providentielle" peut aller jusqu'à écrémer dans le monde environnant tout ce que les hommes ont produit de meilleur dans le domaine du génie qui s'exprime. Ainsi le très grand poète est comme l'efflorescence de son temps, le musicien sublime pareillement : ils "digèrent", sans le savoir, le suc vivant de toute la production poétique ou musicale - sans qu'ils aient à prendre connaissance et analyser (intellectuellement) la masse des poésies ou œuvres musicales de leurs contemporains.

Le secret des métamorphoses alchimiques qui conduisent au génie tient à la magie de la pensée et de l'amour, qui est propre à l'homme.
Quand l'Imagination (nourrie par l'amour pour l'objet contemplé, ou désiré) est soutenue par la Foi (conviction imposée par la vérité ou la beauté de l'idéal poursuivi), la Volonté entre en jeu : les 3 ingrédients indispensables à toute opération magique sont réunis.

L'homme (qui ne cherche pas ici à jouer au magicien) tombe sous le coup de sa propre magie, et c'est sur lui-même qu'elle opère. Étant bénéfique, et de portée universelle, elle finit par éveiller la réponse de l'Ego supérieur, comme on l'a vu.

N.B. On notera au passage qu'à l'exception du génie spirituel (comme celui d'un Bouddha ou d'un Jésus), les êtres de génie peuvent être sublimes dans leur domaine particulier, mais très "humains", voire assez terre à terre, dans tout ce qui touche à la vie ordinaire. C'est le résultat, sans doute, d'une recherche spécialisée exagérément dans une direction, sans se soucier beaucoup d'un perfectionnement dans d'autres voies, d'une façon équilibrée - comme le recommande la voie spirituelle.

Les secrets de la genèse de ces individus d'exception seraient à exploiter par tous les hommes : on y reviendra plus tard. L'efficacité de cette "alchimie de la vie" ne deviendrait-elle pas beaucoup plus grande si on en devenait complice, en toute occasion, au fil des jours ?

L'alchimie de la mort - la Nature donne l'exemple (↑ sommaire)

Si le libre-arbitre de l'homme est partie prenante dans l'alchimie de la vie incarnée, la mort débouche sur un  "monde d'effets", où le jugement et la volonté n'interviennent plus. Mais ici, précisément, la Nature reprend tous ses droits. Le scénario de l'expérience posthume se déroule sans aucun arbitraire, d'une façon ordonnée, naturelle, mais le contenu même des expériences vécues par la conscience est karmique =  le résultat dynamique des pensées, actions, paroles, attitudes, etc. de la personnalité incarnée, jusqu'à l'heure de son décès.

Avec la Théosophie, la matière à développer ici serait très riche. On devra donc se borner à l'essentiel, en indiquant le découpage des différentes phases de l'expérience posthume, avec les expériences que la conscience humaine est conduite à y vivre.

Schématiquement :

Le mourir (processus complexe physique, et psychique) qui prélude à la mort.

la mort du corps n'est pas immédiate, elle suit un processus naturel.

la conscience ne s'éteint pas : elle reflue, pour ainsi dire, depuis le monde sensoriel et physique, vers son foyer spirituel (l'Ego supérieur). Rien d'arbitraire ici : c'est un processus programmé par la Nature. Quand la conscience "personnelle" s'est retirée dans l'aura de la conscience beaucoup plus vaste de l'Ego (Mme Blavatsky en a parlé comme du "Soi-Ego" ou de notre "alter ego supérieur" - terme repris par les psychologues junguiens pour désigner leur Soi), se déroule en un bref instant la revue panoramique complète de l'existence qui se termine (avec parfois des aperçus d'incarnations passées).
Dans cette expérience, la Nature alchimiste réunit à ce moment la totalité de la "materia prima" (matière première) pour l'œuvre qui va suivre.

Viennent alors, successivement :
La première mort : séparation du corps physique, devenu inutile, et du reste de l'homme intérieur. Opération rapide, qui se fait sans que la conscience y assiste en aucune façon. D'ailleurs, après la revue panoramique (qui s'accompagne d'une sorte de vision prospective de la prochaine personnalité à naître, dans le droit fil de tout le karma en réserve du passé, et accumulé dans l'existence qui se termine), il est dit que la conscience (du moi incarné) s'éteint "comme la flamme d'une bougie qu'on souffle".

Le grand partage dans la moisson de la personnalité.

En réalité, l'Ego supérieur n'a plus aucun besoin de ses instruments psycho-astraux (n'ayant plus à entretenir de relations avec la terre, à penser avec un cerveau, etc.). Les forces de la Nature tendent aussitôt à dissocier cet Ego de ces instruments. Mais la scène s'est transportée du plan physique au plan astral, psychique, plein d'énergies et d'images liées au désir - d'où le terme de kâmaloka, ("sphère du désir", en sanskrit) servant à désigner cette étape posthume. Libéré de la contrainte imposée par ses liens avec le cerveau et le corps physique, la machinerie psychique de la personnalité terrestre peut tourner librement sur ses propres programmes (d'imagerie et de dynamique liées aux désirs du moi ordinaire). Ce qui peut donner à cette machinerie une sorte de sursis, bien qu'elle soit condamnée à se désagréger, n'étant plus maintenue en cohésion par l'Ego qui opérait par son canal.

La durée de ce sursis dépend de la réserve d'énergies très terrestres qu'elle a dans sa mémoire centrale (cas d'un être très "passionnel" par exemple).

L'Ego en se débarrassant de cet instrument condamné à mort (comme le corps rejette une greffe qu'il refuse) ne se libère pas immédiatement. Dans le temps de cette séparation, s'opère un tri complet dans ce qu'on pourrait appeler la moisson de la personnalité. La Nature s'emploie à conserver à l'Ego tout le bon grain et à laisser à son instrument psychique toute l'ivraie produite par l'égoïsme, l'animalité, la séparativité, l'illusion, créatrices d'orgueil, de méchanceté, etc.

Ainsi, cette phase conduit au grand partage entre les énergies et images inspirées par l'Ego, et tout le reste du psychisme, dont il n'aura que faire. Sous l'angle de l'alchimie, c'est "l'Oeuvre au Noir" évoquée dans les vieux grimoires : toute la materia prima est mise à travailler, jusqu'au partage final entre ce qui servira à poursuivre les opérations alchimiques, et tout le rebut de scories et d'impuretés, qui forme ce qui se détache comme "le corbeau noir", plus noir que le noir.

Noter combien est bénéfique cette disposition de la Nature qui libère l'Ego d'un poids mort, et lui permet de poursuivre son itinéraire posthume.

À ce moment, se consomme la deuxième mort. La machine psycho-astrale part à la dérive (pour ainsi dire), pour se désagréger dans les courants astraux. (En Théosophie, on désigne cette sorte de cadavre astral sous le nom de kâma-rûpa (= "forme de désir", ou "corps de désir") pour indiquer que cet instrument abandonné emporte la mémoire et le dynamisme du moi terrestre, qui était largement saturé de désirs - bien que ce cadavre psychique contienne la mémoire complète de l'existence incarnée, avec tous les programmes élaborés pour parler, dessiner, écrire, peindre, marcher, se comporter, réagir aux sensations, etc. etc. etc. - ce qui déborde le cadre limité du "désir". En se branchant sur cette machinerie, les médiums du 19e siècle pouvaient imiter parfaitement le défunt dans tous les détails, d'une façon frappante, mais sans aucun rapport avec l'Ego réel. Grâce à cette deuxième mort, l'Ego supérieur peut maintenant jouir d'une liberté que la Nature va mettre à profit pour la suite de son œuvre alchimique.

La "gestation", préludant à la "renaissance" de l'Ego, hors du contexte terrestre. Cette phase, peu décrite en Théosophie, sert à l'élaboration d'un instrument (très éthéré) permettant le genre d'expérience qui sera décrite maintenant. La durée de cette phase intermédiaire est liée à la richesse de la matière libérée à la fin de "l'Oeuvre au Noir".

L'expérience de la grande Félicité. En émergeant de sa gestation, l'Ego a une nouvelle vision de son existence terrestre; mais cette fois, seuls sont mis en relief les éléments positifs qui ont été marqués de l'influence de cet Ego sur sa personnalité incarnée. C'est le butin des richesses préservées lors du "grand partage de la moisson terrestre".

Dès lors, l'œuvre alchimique va consister à faire revivre intensément toutes ces images, sous-tendues par des énergies de désir inspiré par un idéal  ou un autre, une aspiration généreuse, nourrie par l'amour, l'émotion artistique, la dévotion religieuse, le sens de la justice etc. Tous les rêves de tonalité spirituelle, tous les projets de qualité vraiment humaine, qui avaient été poursuivis avec ardeur, sans jamais être pleinement réalisés au milieu des obstacles de l'incarnation, tous les élans frustrés, vont maintenant retrouver tout leur dynamisme. Enveloppé dans cette sorte de méditation solitaire, l'Ego va ainsi, dans une félicité indicible, assimiler en lui-même la quintessence de ces expériences terrestres appartenant au côté lumineux du personnage que l'Ego avait tenté de remplir de son influence pendant le temps de l'existence écoulée.

Cette longue maturation accordée à l'Ego par la Nature (elle peut durer 1.000 ou 1.500 ans, pour l'humanité moyenne) est l'aspect solaire de l'alchimie posthume : à partir de milliers d'instants où l'homme incarné a vibré en harmonie avec son pôle divin - même faiblement - cette phase nouvelle distille une quintessence qui s'intègre au cœur de l'Ego. On peut la rapprocher de l'"Oeuvre au Blanc" des alchimistes, qui parvient à la création de l'argent - étape obligée sur la voie de la chrysopoïèse (création de l'or).

Notons qu'à la fin de cette étape il ne reste plus rien des éléments de l'ancienne personnalité : entièrement transmutés, ils ont enrichi l'Ego qui, dès lors, libéré de la mémoire détaillée de l'incarnation écoulée, peut revenir à la Terre pour une nouvelle expérience.
Le bref "retour à l'origine", avant l'incarnation : dans le mouvement de reflux de la conscience loin du cadre terrestre, l'Ego, qui a achevé d'assimiler la matière vive de son existence passée, "redevient, pendant un court espace de temps, le dieu (libre) qu'il était avant de descendre pour la première fois dans la matière, conformément à la loi karmique et s'incarner dans le premier homme de chair" (La Clef de la Théosophie, p.178).

La Théosophie précise qu'au moment où il "renaît" sur terre, l'Ego "a une vision prospective de la vie qui l'attend et se rend compte de toutes les causes qui l'y ont conduit". (Clef, p.177).

La Théosophie exclut l'idée que l'Ego puisse "choisir" librement tel ou tel type d'incarnation : c'est toute la masse de son karma passé qui en décide, compte tenu des conditions offertes par le milieu terrestre lorsque sonne l'heure de "revenir" ici-bas.

N.B. La réincarnation renvoie vers un corps physique un Ego considérablement enrichi par l'assimilation complète de la "nourriture" qu'avait pu lui fournir l'existence antérieure, retrempé par un "ressourcement" dans une atmosphère homogène à sa nature, et non hostile, comme celle de la terre. Et l'expérience posthume lui a permis d'exercer ses pouvoirs spirituels d'amour, d'idéation (sur des thèmes élevés, bien que d'origine terrestre), etc. L'enfant, dans son développement, profitera de cette jouvence - et l'homme devenu adulte gardera quelque chose de ce retour vers le Divin, avec peut-être, en arrière plan, la vision prospective de la vie qui l'attendait et qui est en train de s'accomplir, selon les lignes du karma.

En conclusion, on constate bien que la Nature est experte dans l'art de trier dans la moisson d'une vie ce qui revient au pôle divin et ce qui retournera à la sphère sublunaire La Voix du Silence (p.44) évoque cette capacité, comme celle d'un Crible :

"La roue de la Bonne Loi va d'un mouvement rapide; elle moud nuit et jour, séparant la balle sans valeur du grain doré, le rebut de la farine."

Et elle ne s'arrête pas à cet effet de triage : par son alchimie, elle incorpore le contenu du grain doré à la substance même de l'être.

Avec la réincarnation, comment progresser dans l'alchimie spirituelle ? (↑ sommaire)

Avant de "progresser"dans l'alchimie, il faut s'assurer d'un bon point de départ, repérer la direction à suivre, se munir de cartes et boussole, et se décharger de tout bagage inutile.

Tout ce qui a été évoqué, depuis le début de ce séminaire, a permis de "changer d'optique" par rapport aux courtes vues erronées que l'on pouvait entretenir sur la vie, la mort et notre destinée humaine.

En s'engageant dans l'alchimie spirituelle (qui nous mènera jusqu'au seuil du Divin) il faut prendre le départ comme des âmes, éternellement reliées à ce Divin (non comme des personnalités éphémères, sans cesse changeantes) mais, en même temps, accepter de faire le chemin en étant revêtus de ces personnalités, que karma nous attribue pour accomplir les étapes terrestres de notre grand pèlerinage vers le Sanctuaire sacré caché à l'intérieur de nous-mêmes.

La réflexion sur la réincarnation (inséparable de karma, sa loi jumelle), envisagée dans la perspective de la Théosophie, nous aide beaucoup à y voir plus clair :

- même si l'âme que nous sommes - l'Ego supérieur - a eu partie liée, très étroitement, avec ces innombrables rôles de femme ou d'homme qui ont été joués au fil des "incarnations" de cette âme, elle n'est en essence aucun de ces rôles : aujourd'hui même, la femme ou l'homme que nous représentons sur la scène du monde n'est qu'une manifestation très limitée (et forcément déformée) de l'Ego qui la sous-tend, ou la "médite" (selon une formule empruntée à C.G. Jung à propos du "Soi").

L'Ego profond, l'individualité réelle de l'être humain, n'est "ni homme ni femme, ni Juif ni Grec", pour paraphraser st Paul [Galates 3,28; Colossiens 3,11].

Ce type de réflexion nous allège aussitôt de bagages inutiles, en vidant de leur substance tous les sectarismes - sexisme, chauvinisme, racisme, orgueil religieux, supériorité de caste, de classe sociale etc. etc. - conduisant à se croire supérieur aux autres, et à mépriser ou exploiter ceux qui ne font pas partie des "élus", comme nous et nos pairs. L'âme que nous sommes n'a pas de sexe, de couleur, de race, de profession, de religion. La famille humaine tout entière constitue le "peuple élu" de cette planète, par sa parenté avec le Divin, qui est capable de s'exprimer infiniment mieux dans l'homme que dans les règnes dits "inférieurs".

Bien plus, avec karma, l'incompréhension qui nous fait rejeter les autres (qui nous paraissent indignes, vils, etc.) aura pour effet, dans une autre existence, et peut-être même dans celle-ci, de nous humilier à notre tour [cf. La Lumière sur le Sentier, p.34 : "Souviens-toi que le vêtement sali dont le contact te répugne peut t'avoir appartenu hier, pourra être le tien demain"].

Autre bagage encombrant : le sens de la propriété que nous avons des choses et des êtres, en pensant : "ma voiture, ma maison, ma femme, mes enfants, etc.". Les choses sont des prêts, fournis pour le temps de l'incarnation, et parfois pour une durée bien plus courte = des prêts provisoires, dont il faudrait tirer parti pour le meilleur de notre projet d'éveil, et de service de la collectivité. Les êtres qui sont proches de nous = des âmes comme nous, avec qui la vie nous invite à progresser, dans une relation de compagnonnage généreux et constructif. Et même nos dons particuliers (intelligence, créativité, sensibilité artistique, etc.) sont, au sens de l'Evangile, autant de "talents" (un talent, dans l'Antiquité grecque, représentant 20 à 27 kg d'or ou d'argent - une très grosse somme pour qui la possédait) - mis à notre disposition par notre foyer divin, pour les faire fructifier au fil des incarnations.

Cela dit, en sachant que nous ne sommes pas dans un monde absurde, mais dans un cosmos, où tout est, en quelque sorte, programmé pour la montée planétaire de toute l'évolution, que nous sommes indéfiniment perfectibles, avec notre capacité permanente de changer, et d'élever notre destin par nos efforts personnels, il nous reste à prendre les choses en mains - et à devenir alchimistes.

Natura non fecit saltus : "la Nature n'a pas fait de bonds", elle n'en fera pas. Il faut progresser par des pas successifs; maintes fois "mourir pour renaître", mais cette fois avec plus d'ordre et de sagesse.

L' "alchimie de la mort" donne l'exemple dans ses procédés bien ordonnés : pourquoi ne pas l'imiter ? On peut suggérer, entre autres leçons à tirer, ce qui suit :

la mort impose le retrait (provisoire) de la conscience loin du champ de l'incarnation : cela devrait être imité dans notre existence, pour prendre du recul vis à vis des événements, nous retourner vers notre âme profonde, qui, pour nous, devrait être un foyer de stabilité, de paix, et de sagesse. Ce retrait, dans le silence de notre "cabinet secret", ne donnerait-il pas la chance d'élever notre conscience d'homme, ou de femme, vers ce qui, en nous, n'appartient pas au temps ni à l'espace, et est enraciné dans l'Eternel. Ce "cabinet secret" (évoqué par Jésus dans son enseignement sur le "Notre Père") n'est-il pas le lieu intime - sacré - où il faudrait élever la méditation ou la véritable prière - prière-aspiration, tournée vers le Divin "qui siège dans le coeur"?

dans le retrait obtenu, la mort propose la "revue panoramique" de toute l'existence vécue. N'est-ce pas une invitation à l'examen de conscience quotidien où les actes, pensées, désirs d'une journée, sont "visionnés", pour ainsi dire, comme au moment de la mort, sans compromis, sans mensonge, mais sans condamnation ni jugement répressif ? Sans cette prise de conscience de ce qui est contraire à notre idéal, allons-nous changer quelque chose en nous - "mourir" à telle ou telle tendance, à tel ou tel vice, pour "renaître" à une condition plus positive et conforme à cet idéal ?

Et, dans la revue des événements qui nous ont touchés, voire meurtris, ne faudrait-il pas rechercher leur genèse en nous-mêmes - et leur justice profonde (tout comme le mourant perçoit la loi de karma à l'œuvre dans l'enchaînement des épisodes de son existence) ? Afin de ne pas nous rebeller contre la vie - en "acceptant les misères [et les joies] de la naissance", comme le recommande la Voix du Silence (p.49).
dans le "grand partage de la moisson de l'existence", la mort opère un tri très strict entre l'ivraie et le bon grain, ce qui sera rejeté comme rebut et ce qui sera précieusement conservé, et assimilé pour toujours. N'est-ce pas encore une invitation à séparer sans compromis ce qui devrait mourir en nous et ce qui devrait demeurer, pour renaître avec plus de force ?
Il ne s'agit plus ici de constater qu'il y a en nous-mêmes du "bon" et du "mauvais", mais de faire le ménage, en passant à l'acte = la purification de notre être intérieur incarné. C'est inévitablement le signal d'un grand combat - celui par lequel débute la Bhagavad Gîtâ. Expulser du trône qu'il occupe l'usurpateur, le "Vieil Homme", avec ses pouvoirs, ses alliances avec le pur animal en nous, sa respectabilité même, établie après un règne de longue date, où son égoïsme et ses autres défauts n'avaient jamais été ouvertement menacés - tout cela va exiger la mobilisation de toutes les énergies que l'on demandera au pôle divin pour remporter la victoire. Une victoire, devrait-on dire plutôt, car le Vieil Homme peut bien "mourir" à une forme donnée, il va aussi bien "renaître", tant qu'il ne sera pas arraché définitivement hors de l'être. La mort y parvient (provisoirement) lors de la "2ème Mort", où le cadavre psychique est abandonné à sa désagrégation, en libérant l'Ego pour la suite de son expérience posthume.
dans l'expérience de la "Grande Félicité", l'Ego assimile, pendant des siècles, le bon grain recueilli dans la moisson de l'existence. N'est-ce pas une invitation à le faire de notre vivant - découvrir dans notre vie quotidienne toute la richesse du contenu intime de nos échanges avec le monde, avec les autres, l'or de nos intuitions, de notre réflexion à la lumière de la sagesse qui se révèle à nous au fil des jours ? Et si, en réalité, tant de temps est passé par l'Ego dans cette béatitude, n'est-ce pas que la Nature clémente compense, par des joies prolongées, les attentes légitimes frustrées, les coups du sort (karmiques) vécus comme des injustices par l'individu blessé dans son innocence, les aspirations jamais satisfaites aux plus hauts idéaux. S'il en est ainsi, la Sagesse - et l'économie du temps ainsi "dépensé" - ne demanderaient-elles pas une plus grande lucidité, une acceptation plus profonde de la loi de karma, une meilleure compréhension du jeu des lois de la vie, peut-être en donnant une moindre part au rêve, à l'attente des choses (comme nous nous les formulons, dans le sens de nos désirs), et en accordant une attention beaucoup plus soutenue à la Voix de la Nature, au mystérieux "Chant de la Vie".

enfin, dans le temps de liberté dont jouit l'Ego, après son expérience céleste, n'avons-nous pas une image qui invite à la méditation la plus profonde, où tout l'être humain que nous sommes - intelligence et cœur unis - s'élancerait, comme l'aigle déployant ses ailes pour monter vers le soleil, afin de se fondre dans la lumière du Divin, dont nous ne sommes que des rayons ?

    

Les grimoires alchimiques prescrivent : "Solve et Coagula".

1. Solve = dissous, sépare (c'est bien le but de la 2ème mort) :
"Le soi de matière et le Soi de l'Esprit ne peuvent jamais se rencontrer - l'un des deux doit disparaître" (Voix du Silence, p.27).
Si nous ne le faisons pas volontairement, nos incarnations seront pleines des souffrances provoquées par les luttes et soubresauts marquant le combat perpétuel entre ces deux pôles de l'être. La Voix précise bien (p.27) : "il n'y a pas de place pour les deux". C'est l'éternel défi : "Être ou ne pas être".

2. Coagula = rassemble, "solidifie" ; en d'autres mots : réunit les éléments d'abord séparés en leur donnant du corps, une cohésion.
C'est ce qui se passe dans les processus posthumes où les éléments du "soi de matière" et ceux du "soi de l'Esprit", d'abord mélangés, sont séparés et "formés", pour ainsi dire, en deux entités distinctes qui ont leur cohésion interne - comme des "corps" fonctionnels.

Pour en finir avec l'alchimie de la mort, et ses leçons, le retour à l'incarnation de l'Ego qui a une vision prospective de ce qui l'attend - et l'accepte - n'est-il pas une invitation à "mourir", peut-être, à un bonheur provisoire, à un repos bienvenu après l'effort, pour "renaître" à une suite de tentatives plus fructueuses - grâce au fruit assimilé d'expériences précédentes. En acceptant ce que karma tient en réserve d'épreuves, mais aussi d'occasions de progresser. En attendant d'avoir, comme l'Ego un aperçu de ce qui nous attend, ne faudrait-il pas se tenir prêt à accueillir sans surprise ce qui va se présenter, pour en tirer le meilleur usage ? En sachant que karma apporte ce dont nous avons besoin, à l'heure dite.

Ce qui revient finalement à être toujours vigilant, en faisant confiance aux lois de la vie. A ce sujet, W.Q. Judge a écrit :

"Étendez-vous sur l'Océan de la Vie" - ce qui implique confiance (comme celle du nageur qui "fait la planche", et se laisse porter par la mer) mais non insouciance, ou paresse, ou même indolence irresponsable.

Cela nous ramène, d'une certaine manière, à ce qui a été entrevu de l' "alchimie de la vie ".

Une autre injonction des vieux grimoires est, selon la formule latine :

    

" Ora, ora, ora et labora " (Prie, prie, prie et travaille).

Avec la Théosophie, il n'est pas question de prier un Dieu Infini, Absolu, l'essence de l'Etre, qui ne saurait entendre des paroles humaines, mais d'élever notre conscience vers notre pôle divin, en la plaçant dans les replis les plus intimes de notre cœur, pour essayer de vivre, de vibrer, comme des âmes, reliées à la présence de ce pôle divin, des âmes qui peuvent s'investir dans les tâches de l'incarnation terrestre sans perdre du regard le sens de leur pèlerinage, sa destination divine.

La répétition du mot ora insiste sur le fait que cet ancrage de l'âme dans le divin doit être de tous les instants. "A tout moment, souviens-toi de Moi et lutte ! " dit Krishna dans la Bhagavad Gîtâ, (VIII,7). L'injonction " travaille ! ", pour l'alchimiste, répond à " lutte ! " pour le chevalier sur le champ de bataille de sa vie - ce qui inclut aussi " travaille ! ".

Si cette élévation de la conscience devient permanente, et la présence du rayonnement du divin demeure toujours vivante, alors ce qui a été dit de l' "alchimie de la vie" deviendra un processus conscient.

S'il est vrai que nous sommes tous sur la voie d'une destinée divine - en vue d'incarner le Divin, dans des personnalités successives de plus en plus capables de le rayonner sur terre -  n'est-ce pas que nous sommes conviés à nous acheminer vers la réalisation du génie spirituel ? En pratique, manifester en nous une part du génie d'un Jésus ou d'un Bouddha ; ou, selon le langage des bouddhistes, développer et épanouir la nature de Bouddha, qui est notre être réel.

Avec la réincarnation, le génie est (théoriquement) accessible pour tous - le génie spirituel est le plus exigeant pour sa réalisation, mais c'est celui qu'il faudrait viser, puisqu'il permet d'épanouir les plus hautes potentialités divines - c'est celui dont l'humanité aurait collectivement le plus besoin pour marcher vers son éveil.

Engagés comme nous le sommes tous - sans le savoir souvent - dans une voie qui tend à nous rapprocher du spirituel (si seulement nous répondons à l'influence magnétique de notre pôle divin), il nous resterait à nous engager consciemment dans la direction de ce pôle.

Si l'aiguille aimantée de notre conscience n'est pas enfermée dans un coffre blindé, elle ne peut manquer de sentir l'attraction de ce magnétisme, même faiblement. Et la réflexion sur la perspective large et universelle de l'évolution humaine que nous dévoile la Théosophie ne peut manquer de réveiller des intuitions profondes en nous.

Oui, l'existence ne peut pas se borner à ces quelques années, passées souvent à construire et défendre un domaine, qui devient dérisoire quand la mort arrive. Oui, nous sommes beaucoup plus que ce que nous paraissons - l'illimité nous habite.

Selon le poète Khalil Gibran (dans son livre Le Prophète), cet illimité dans les êtres c'est :

" L'homme vaste dans lequel vous n'êtes tous que des cellules et des tendons,

" Celui dans le chant duquel tous vos chants ne sont qu'une muette palpitation.

"C'est dans l'homme vaste que vous êtes vastes..."

"Tel un chêne géant couvert de fleurs est l'homme vaste en vous
"Sa force vous attache à la terre, son parfum vous élève dans l'espace,
"Et dans sa pérennité vous êtes immortels."
Si nous entrevoyons la route qui s'ouvre, et le but sublime,
Si nous entendons l'appel,
Si nous l'écoutons avec soin, pour distinguer son message ("ora, ora, ora..."), Alors, l'étroit sentier qui va vers le "génie spirituel" peut se découvrir sous nos pieds.
Quand le but est entrevu, l'Imagination s'y fixe, cherche tous les moyens de l'atteindre ; la Foi s'y accroche, soutient l'entreprise, et la Volonté entre en action.
C'est la magie de la pensée et de l'amour qui va opérer les transformations alchimiques qui conduiront au génie spirituel.
La voie est, bien entendu, celle du yoga spirituel (si clairement évoqué dans la Bhagavad Gîtâ) :

" Solve " = dissoudre les liens qui emprisonnent l'âme, c'est toute la phase préparatoire appelée viyoga (=dételage) qui est menée de façon systématique, "scientifique" pourrait-on dire, avec l'instruction d'un expert en la matière.

" Coagula " = rassemble, réunis, raffermis les éléments épars, en un tout structuré, solide. C'est la phase yoga (= attelage, réunion, assemblage...) où l'être, libéré progressivement de ses obstacles et liens karmiques, raffermit sa position, et tend à s'unir de plus en plus complètement avec le Divin, qui répond dès lors de façon de plus en plus intime et puissante.

Faut-il rappeler que l'élévation vers le génie spirituel ne se réalise pas en une seule existence ? Mais, comme dans toute démarche qui se polarise dans une direction particulière, pour aboutir à une forme ou une autre de génie, la consécration quasi exclusive à l'objet recherché, accélère beaucoup le processus, tandis que l'individu néglige ou rejette, tout ce qui est étranger à sa recherche, et économise ainsi beaucoup d'énergie qu'il aurait gaspillée dans la poursuite d'une diversité d'objets de plaisir, ou d'intérêt, rencontrés dans l'incarnation.

La Bhagavad Gîtâ insiste beaucoup sur la concentration sur un idéal unique, sur une dévotion exclusive, un désir unique, etc..

Et la réincarnation joue toujours son rôle salutaire - avec karma : sur cette voie, on "meurt" aussi, bien sûr, (afin d'assimiler la riche moisson d'efforts accomplis) pour "renaître", et reprendre bien vite le fil de l'ouvrage. Comme le dit la Gîtâ (chap.VI,40-46), le yogi engagé dans sa discipline tend à se réincarner dans un milieu préoccupé de spiritualité : "dès lors, il s'efforce plus assidûment vers la perfection (...) car il est guidé, même à son insu, par son ancienne pratique et continue à œuvrer dans cette voie".

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