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"Mourir pour Renaître" : L'Alchimie de la Vie et de la Mort (3)

(compte-rendu de séminaire du 21 février 1998)

 

3ème partie : L'immortalité - comment ? Pour quoi faire ?

Sommaire

  1. Y a-t-il un terme à la réincarnation ?
  2. L'immortalité - dans quel but ?
  3. Conclusion
 

Y a-t-il un terme à la réincarnation ? (↑ sommaire)

Si la réincarnation est la renaissance dans des corps physiques de chair, on tient une première réponse évidente, affirmative, en songeant que notre Terre n'est pas éternelle - dans quelques milliards d'années, le système solaire sera détruit avec son soleil (ce sera le pralaya solaire, évoqué il y a 100 ans déjà par la Théosophie) : plus de Terre nourricière, plus de réincarnation.

Ce qui ne fera que reposer le problème, lorsque les myriades de monades liées à la vie de notre monde terrestre seront replongées dans le cadre d'un nouveau système solaire, dans un très lointain futur.

En attendant, la Théosophie a des enseignements à nous proposer.

L'incarnation s'est produite au bout d'une série de cycles descendants (marquant l'involution de l'Esprit dans la Matière) ; dans l'arc ascendant qui fait suite - et que nous parcourons ensemble actuellement, pour remonter jusqu'à notre source, l'Esprit universel - cette "remontée" va traverser en sens inverse les phases de la "descente", en passant ainsi par des degrés de matière progressivement plus éthérés, et des expressions de la conscience de plus en plus libres, avec des pouvoirs de perception et d'action de plus en plus étendus.

C'est dire que le poids imposé par le corps physique aux âmes en évolution ira en s'amenuisant : à un point donné de cette progression, l'humanité continuera son parcours ascendant sans corps physique, en opérant alors dans un corps astral adapté aux conditions propres de l'évolution à ce niveau. Ce sera la fin de la ré-incarnation sur cette Terre - bien avant l'extinction de celle-ci, même si cette échéance est prévue dans un très lointain futur (des millions d'années).

D'ici là, peut-on échapper à cette renaissance forcée par karma ?

La réponse est dans la question : il faut se libérer des chaînes karmiques qui nous lient à la Terre.

Tout l'Orient, qui croit à la réincarnation, soupire après la "libération (en sanskrit : moksha, ou mukti) qui permettrait de fuir pour toujours notre "Vallée de Larmes". Et de nombreux systèmes religieux ou philosophiques (pratiquement tous, en fait) donnent des recettes pour y parvenir et gagner le nirvâna, le repos et la béatitude pour l'éternité.

En Inde, on cite ici et là des noms de Sages célèbres, qui ont réussi cet exploit, en devenant des jîvanmukta - des "libérés vivants" - en mettant ainsi un terme à la réincarnation.

Avec la Théosophie, il convient de prendre un peu de distance pour jauger la valeur de ces affirmations.

À moins d'être un grand Maître Initié, qui a pénétré les coulisses de la Nature et découvert tous ses secrets, personne ne peut déclarer avec certitude que tel ou tel Sage a gagné l'état de libération définitive de l'assujettissement à la réincarnation - même pas le Sage concerné lui-même. La raison en est qu'entre la Terre des mortels et le niveau d'un nirvâna sans aucun retour, il existe un grand nombre d'étages - pour ainsi dire - dans les mondes "spirituels", où une âme peut trouver refuge pour des durées plus ou moins longues (des milliers, voire des millions d'années), sans pour autant avoir réglé toutes ses dettes karmiques avec la Terre.

Songeons déjà que les âmes humaines de la moyenne de l'humanité vivent de 1.000 à 1.5000 ans hors de l'ambiance terrestre. Il existe, scientifiquement, pour ainsi dire, des moyens de prolonger énormément ce temps de séjour (par des pratiques rituelles, ou autres, appropriées, relevant plus ou moins de la magie). C'est toujours autant de passé hors du cycle infernal (pour les Orientaux).

Par ailleurs, si on s'avise que nous revenons à l'incarnation, par désir de la vie - "comme l'ivrogne revient à sa bouteille" - n'obtiendrait-on pas un beau sursis en brisant les racines qui nous retiennent à la Terre, c'est-à-dire en tuant en nous tanhâ, le désir de vivre, de jouir des sensations, des possessions, de tout ce qui fait notre "plaisir" d'hommes et de femmes incarnés.

En devenant indifférents à tous les objets de tentation, tout en aspirant ardemment à la libération, comme les yogis solitaires qui ont renoncé au monde, et qui méditent sur l'Absolu sans second, ne trouverions-nous pas la porte secrète qui mènerait à la liberté ?

Ici encore, il faut prendre le temps de la réflexion.

L'homme qui s'affranchit de l'ivrognerie n'a plus rien qui l'attire vers le lieu de ses beuveries. Il n'est pas pour autant libéré d'autres besoins et désirs.

Les yogis dont il a été question peuvent bien avoir vaincu l'animal en eux, avec ses désirs de jouissance et de sensations, et gagné une maîtrise parfaite de leur corps (et de la machinerie astrale qui y est liée), ils ne sont pas encore au bout du programme prévu par la Nature pour les âmes humaines. Maîtres de l'homme extérieur, il leur faudra ensuite vaincre les désirs de l'homme intérieur (désirs mentaux et même spirituels) [Voir ici La Lumière sur le Sentier, p.28].

L'état de liberté (toute relative) obtenu est celui du Pratyeka Buddha dans le bouddhisme - l'ascète qui a progressé en solitaire, sans trop se soucier de l'avenir des autres, quand il aura gagné ce qu'il croit être le nirvâna qui l'attend au bout de ses efforts.

Comme il n'a pas réalisé tout le programme imposé - programme que l'incarnation dans un corps permet justement d'accomplir - la "libération" gagnée sera provisoire, bien que fort longue. Tôt ou tard, karma lui demandera des comptes. Ou bien, son degré de réalisation ne correspondra plus à celui de l'humanité collective, à mesure que les grands cycles se dérouleront, en permettant des niveaux de perfection de plus en plus élevés, dont nous n'avons encore actuellement aucune espèce d'idée : le retour à l'expérience, en compagnie des autres, deviendra alors, pour ce libéré provisoire, une nécessité à laquelle il ne pourra se dérober plus longtemps.

L'un des Maîtres de Madame Blavatsky a évoqué des possibilités de "sursis" hors de l'incarnation, beaucoup plus étendues, même pour un Adepte entraîné comme lui-même, permettant d'attendre l'arrivée de la prochaine Ronde - des millions d'années !- dans un Ciel de béatitude incomparable, mais avec un retour pratiquement inévitable, avec la nouvelle vague d'évolution mise en mouvement dans cette Ronde - toujours en liaison avec notre Terre.

Mme Blavatsky elle-même a invité à distinguer entre le yogi qui progresse seul et l'Adepte de l'Occultisme spirituel. Elle a écrit : "Quant à l'extase - et à pareilles sortes d'auto-illumination de ce genre, on peut l'obtenir soi-même et sans un instructeur quelconque, ou sans l'initiation, car l'extase s'atteint par une maîtrise et un contrôle intérieurs exercés par le Soi sur l'ego physique. Par contre, pour parvenir à commander aux forces de la Nature, il faut un long entraînement, ou la capacité d'un "magicien-né".

Il y a aussi bien des mystiques, en Orient comme en Occident, qui passent des heures, voire des jours, en "samâdhi", ou extase. Même s'ils "voient Dieu" ou "la Mère" (comme Ramakrishna), ou s'ils s'abîment dans ce qu'ils appellent "l'Un sans Second", qui peut assurer qu'ils ont atteint la "libération" définitive ?

Noter qu'il est possible aussi d'échapper à la réincarnation en se fondant dans l'un des "deva", entités lumineuses peuplant certains mondes spirituels ; c'est un danger qui guette le yogi imprudent, qui se laisse en quelque sorte fasciner par cette catégorie d'êtres d'apparence divine : s'absorber dans un de ces deva, c'est accéder à la vie même de ce deva, qui s'étend sur toute la durée qui reste à courir jusqu'à l'arrivée du pralaya, mais c'est se condamner à ne plus évoluer de tout pendant cette immense période, et à "mourir" avec le deva dont la vie et la conscience s'éteignent lors de ce pralaya. (note sur Subba Row - La philosophie de la Bhagavad Gîtâ – 2 ème conférence – Editions Adyar)

Tout ce qui précède ne vise pas à nier la possibilité pour une âme d'accéder à un nirvâna "définitif" - même si cette éventualité est probablement beaucoup plus rare que l'Orient voudrait bien le laisser croire, étant le fruit d'un cheminement extrêmement difficile et long.

Pour nous, qui nous interrogeons, à notre niveau, sur l'éventualité d'une fin à l'enchaînement indéfini des morts/renaissances, le bon sens, et une compréhension, même élémentaire, de la dynamique de notre évolution, devraient nous indiquer rapidement la réponse - négative pour nous - et nous inviter à accepter de participer à cette pulsation vivante des réincarnations, non comme des esclaves attachés à une roue, mais comme des auxiliaires de la Nature, attentifs au Chant de la Vie, et soucieux d'amplifier sa résonance, pour éteindre les bruits et les cris qui accompagnent la révolution de la roue.

Le désir secret d'en finir avec la réincarnation n'est-il pas lié à quelque vieille nostalgie du Salut, du Paradis, du Repos définitif dans la Joie et l'Oubli des soucis ? Sommes-nous nés à la dignité d'hommes pour en finir au plus vite avec les grands défis qui, précisément, servent à magnifier l'Homme, et l'obligent à marcher vers une Perfection qu'il doit gagner par ses propres efforts ? Et la Nature nous a-t-elle pourvus de tant de "talents" pour que nous les déposions au plus vite, pour nous contenter d'un petit salaire dans un recoin abrité - "tout confort" ?

Au fond, cette "liberté" une fois acquise - qu'en ferions-nous ?

Quoi qu'il en soit, la Théosophie l'affirme : il n'y a pas de nirvâna éternel. Même après des éons de béatitude nirvânique, la Nature nous rappellera, pour rejoindre le cosmos manifesté, et nous inviter à collaborer avec elle, pour l'aider dans son œuvre. L'évolution, elle, n'a pas de fin.

 

L'immortalité - dans quel but ? (↑ sommaire)

Avec la Théosophie, l'immortalité du corps physique est un rêve impossible.

Même si ce corps est constitué pour pouvoir survivre très longtemps (en dehors de maladies génétiques) et atteindre des âges avancés, il est aussi programmé pour mourir. Avec le secours de pratiques occultes, ou magiques, on peut dépasser le terme normal pour gagner un long sursis (400 ans peut-être, mais pas un millénaire). Et même si la science arrivait à maintenir vivant un corps très longtemps (par hibernation, ou autrement), à quoi servirait de faire survivre ainsi l'organisme physique, à l'état de "légume", si la conscience n'y était plus active ?

Il faut donc envisager ici l'immortalité de la conscience, et non du corps, qui est constitutionnellement voué à mourir.

Mais l'âme n'est-elle pas immortelle, à ce qu'on dit dans les religions ?
C'est là où la Théosophie invite à faire les distinctions nécessaires.

Comme on l'a déjà vu, le Soi-Ego supérieur est 

  • - éternel, dans sa racine liée au Divin (comme "monade")
  • - "immortel", comme entité engagée dans l'évolution, mais il ne dispose pas d'une conscience personnelle permanente qui lui permettrait d'exercer en continu les pouvoirs humains d'intelligence, libre-arbitre, volonté, créativité, amour, etc..

Cette conscience personnelle, au cours de l'incarnation, est d'ailleurs intermittente; plus ou moins active dans la vie de   veille, elle s'estompe et se déforme dans le sommeil, pour s'éteindre dans les phases de sommeil profond.

Au moment de la mort, on l'a vu, elle a un sursaut d'intensité, dans la revue panoramique, et la "dernière extase", pour retomber en sommeil jusqu'au réveil du Soi-Ego dans l'expérience de grande Félicité. Toutefois ce réveil est conditionnel : il faut que la personnalité ait quelque moisson à offrir à l'être profond. De plus, la Théosophie ajoute une autre condition = que l'homme incarné n'ait pas nié absolument toute possibilité de survivance.

Plus tard, quand le Soi-Ego revient à l'incarnation, il faut beaucoup de temps pour qu'une conscience personnelle fonctionnelle se mette à nouveau en place.

Avec la Théosophie, on appellera immortalité l'état atteint par l'être qui est devenu capable de conserver en permanence une conscience personnelle, quel que soit le plan, ou l'état, où cette conscience se porte : veille, rêve, sommeil profond, expérience astrale, spirituelle, etc. Notons bien qu'il ne s'agit pas seulement d'assister en spectateur conscient, capable de prendre le recul nécessaire, face aux réalités qui peuvent se dévoiler sur chaque plan, mais aussi de conserver la faculté de décider, d'agir, d'échanger activement, à tous ces niveaux.

Ce qui est bien différent de ce que vit l'être plongé dans sa béatitude posthume, où, sans cesse, il goûte intensément des scènes merveilleuses (dont il a tracé lui-même les thèmes au cours de l'incarnation), sans pouvoir désormais rien y changer, ni décider d'arrêter l'expérience : là, il est très conscient, certes, mais privé de son libre-arbitre.
N.B.- Il est vrai que la plupart des modèles "réalistes" modernes qui prétendent expliquer la vie posthume croient que l' "âme" humaine - ce que les spirites appelaient jadis l'"esprit" - jouit de cette immortalité de conscience leur permettant de suivre, depuis l'au-delà, l'histoire des hommes restés vivants, de tenter de communiquer avec eux, voire de s'entretenir entre eux, ou même de prendre conseil de Guides spirituels attentifs à leur "progrès", et capables de les guider dans le choix judicieux de leur prochaine incarnation, lorsque ce n'est pas Dieu lui-même qui intervient pour les rappeler à leur  devoir.

Mais ces modèles réalistes sont purement imaginaires, et ne font que refléter la pensée des vivants servant de médiums pour les soi-disant "esprits". Il faut noter aussi que, selon le Bardo Thödol tibétain, la conscience du défunt est beaucoup plus libre de ses mouvements dans l'au-delà, et "9 fois plus consciente" que pendant la vie terrestre. Ce qui n'est pas du tout la doctrine de la Théosophie.

La raison pour laquelle nous ne jouissons pas de cette conscience personnelle ininterrompue, dans notre état actuel d'évolution, est très simple : nous ne disposons pas des instruments psychiques et spirituels qui permettraient ce genre d'immortalité.

Il est vrai que le Soi-Ego de chaque être focalise en lui-même quelque chose du grand pouvoir cosmique de Conscience et de Vie : mais si ce pouvoir n'a pas une base spécialisée pour qu'il s'y reflète, s'y concentre, pour ainsi dire, et s'y exerce, aucune expérience de conscience n'est possible. Si, actuellement, nous ne disposions pas de la machinerie psycho-astrale (liée au cerveau physique), qui est le foyer actif de notre moi terrestre, nous ne serions que des animaux plus ou moins supérieurs. Il est vrai que le pouvoir de la conscience réfléchie est propre à l'Ego supérieur : quand il dispose d'une machinerie psychique coordonnée avec le cerveau, et que l'interaction se produit de façon constructive entre ces éléments, le résultat est notre expérience consciente de veille, mais toute perturbation dans les rapports entre les différents étages de cet assemblage complexe entraîne des altérations de la conscience, voire même l'inconscience au niveau personnel.

Cela étant, notre machinerie psycho-astrale n'étant pas entraînée à agir volontairement sur le plan du rêve, nous subissons nos rêves, que nous "vivons", le plus généralement, sans pouvoir les arrêter à volonté, les orienter, etc.

Il existe cependant des êtres qui peuvent "s'éveiller" dans le rêve, en devenir "spectateurs objectifs", et finalement les commander consciemment. Il s'agit en somme d'éveiller de nouveaux sens de perception et d'action, dans un "corps" astral encore incomplètement développé.

Sur un plan beaucoup plus spirituel, il est dit pareillement que des êtres, entraînés dans le yoga supérieur, parviennent à accéder, en plein éveil, à la sphère de conscience correspondant au "sommeil sans rêve" - le plan même du Soi-Ego. Ce qui doit encore une fois nécessiter la mise en action de sens de perception et d'action à ce niveau, qui pour l'instant sont seulement en promesse.

On peut généraliser ces réflexions à tous les plans de notre cosmos manifesté, l'évolution humaine tend à éveiller successivement tous les instruments de communication, encore latents, dans notre constitution intérieure, jusqu'à ce que nous devenions capables de "connaître l'univers et les dieux" - et de dialoguer avec eux.

Remarquons maintenant qu'il ne suffit pas de savoir s'éveiller dans le rêve, d'atteindre une forme ou l'autre de clairvoyance, pour devenir immortel, c'est-à-dire au moins de rester conscient, une fois franchi le seuil de la mort.

On comprendra que le prix à payer pour cela doive être bien plus considérable. Il s'agit, en principe, de rendre la machinerie psycho-astrale (disons, pour simplifier le "corps astral psychique" ou "l'âme astrale") indépendante du corps physique, capable de fonctionner en dehors de lui, tout en assurant les fonctions qui assurent l'expression de la conscience personnelle. En d'autres termes, il s'agit d'acquérir un corps astral permanent. Cette performance, qui est inscrite sans doute au programme de notre évolution, lorsque (dans le très long terme) nous n'aurons plus de corps physique pour interagir avec le monde, doit être terriblement exigeante en efforts et en connaissance pour être menée à bien - sans dévier de façon plus ou moins dangereuse, dans la magie noire.

Dans son article, "La Culture de la Concentration" (Cahier Théosophique, n°70), W.Q.Juge donne un aperçu des conditions à remplir pour parvenir ainsi à devancer de beaucoup l'évolution.

On le devine : rendre indépendant du physique ce "corps psycho-astral" doit exiger de libérer la conscience personnelle des chaînes de l'attachement au monde physique et, en même temps, de la tourner ardemment vers son foyer spirituel intime. C'est la voie du yoga spirituel (cf. La Bhagavad-Gîtâ) qui inclut, bien entendu la méditation : celle-ci vise, avec la répétition de certains mantrams très puissants dans leurs effets, à séparer l'être intérieur de son enveloppe charnelle, et à l'établir dans l'aura (pour ainsi dire) du Soi supérieur.

Cela équivaut à une sorte de mort, mais, cette fois, la conscience personnelle très pure - réduite à l'or de la personnalité - ne s'attarde pas dans les champs du désir ou des images psychiques, ni dans un "Ciel de grande Félicité" (comme c'était le cas pour les défunts ordinaires); maintenant, elle s'élève au-delà de toute forme, en remontant vers l' "étoile" dont elle est un rayon (cf. La Voix du Silence, II, 48).

Il ne nous appartient pas de détailler la question du comment ? dans l'acquisition de l'immortalité. Même si elle a quelque chose de tout à fait exceptionnel, qui exige une discipline soutenue, elle n'a rien de miraculeux ; elle ne doit rien à la grâce d'un Dieu tout puissant ou à un Sauveur providentiel qui aurait, pour nous, "vaincu la mort". La survivance de la conscience personnelle hors d'un corps physique étant (comme signalé plus haut) au programme de la Nature, il convient pour le comment ? de "suivre la Nature" et de travailler avec elle ; et de découvrir les voies qu'elle emploiera dans le long terme, pour les appliquer tout au long de sa vie. Mais toute la démarche relève de la magie.

Avant de passer à la question "pour quoi faire ?", quelques remarques s'imposent encore :

  • - Être capable de maintenir active sa conscience personnelle au-delà de la mort ce n'est pas encore avoir gagné "mukti"
  • - la libération des renaissances - ni avoir atteint des sommets de "spiritualité", au sens où nous entendons ce terme.
  • - Comme l'a écrit l'un des Maîtres de H.P.B. : "ceux qui savent qu'ils sont morts" (= physiquement) une fois dans l'au-delà sont "soit des adeptes", "soit des sorciers". Mme Blavatsky a évoqué (paradoxalement) la spiritualité dans le Bien ou le Mal : les adeptes (du pur Occultisme) aident la Nature dans son sens constructif, les sorciers s'associent aux forces destructrices et bénéficient pour un temps de leur aide.
  • - Cette survivance de la conscience personnelle peut n'être que temporaire : lors de l'incarnation suivante, elle peut s'estomper, ou disparaître, dans le nouvel enfant, ou, au contraire, redevenir active, avec toute la mémoire accumulée des expériences passées : tout dépend du degré d'avancement et de pouvoir acquis par l'être. L'immortalité de conscience n'étant pas "naturelle", au stade actuel de la planète, l'adepte doit lutter sans cesse pour la préserver dans les conditions plutôt hostiles de l'incarnation, et après la mort. Ceux qui renaissent avec cette pleine conscience sont très rares.
  • - On notera que les lamas tibétains s'entraînent (dans certaines Écoles) au "transfert de la conscience", en exerçant ce qui est appelé pho-wa (qui semble bien renvoyer au pouvoir du yogi, conscient de l'imminence de sa mort naturelle, qui sait se préparer à ce "passage", et qui déclenche lui-même le processus du retrait des énergies vitales, tout en concentrant sa force psychique spiritualisée, et sa volonté, sur le Divin, en répétant la monosyllabe OM (Bhagavad Gîtâ, VIII, 13). Le Dalaï Lama a suggéré que cet exercice de pho-wa, hors de l'imminence du décès, correspondrait à un suicide.
  • - Dans l'optique de ce qui précède, l'apparition de Jésus à ses disciples, après sa mort, n'a rien de très extraordinaire. Comme tous les initiés d'un degré assez élevé, il devait disposer d'un corps astral permanent qu'il lui était loisible de rendre visible et tangible à des mortels comme ses disciples, tout en étant capable de pénétrer en tout lieu, même si toutes les issues étaient closes.
  • - On voudra bien considérer aussi qu'il n'existe pas que 3 mondes : la terre (où s'évertuent les humains), le "monde des morts" (qui sont en transit entre 2 incarnations) et "Dieu". Il existe un bien plus grand nombre de "mondes" où fonctionnent des entités conscientes (le nombre 7 s'imposant, d'une façon très générale). Sur chacun des plans correspondants, il y a une "immortalité" à gagner, ou un éveil à obtenir, permettant d'y entrer consciemment, d'y saisir la connaissance disponible, ou d'avoir des échanges avec les consciences qui y opèrent.
  • - Il ne suffit pas, en conséquence, de disposer d'un "corps astral permanent", permettant de rester éveillé et actif dans "l'au-delà" (= le "monde des morts") pour tenir, du même coup, un passeport permettant l'entrée libre aux étages supérieurs. S'il en était ainsi, l'initiation ne servirait à rien - et les "sorciers" auraient un libre accès partout, jusqu'à "Dieu".
  • - Parmi les différents "corps" qu'il conviendrait d'acquérir (ou de développer, sachant qu'ils doivent exister déjà en germe, au tréfonds de notre être), on peut songer aux mystérieux 3 corps (=trikâya) du Bouddha, Nirmânakâya, Sambhogakâya, Dharmakâya - sur lesquels on ne peut ici s'étendre. Il est clair cependant qu'ils autorisent librement certains types d'expérience, aux différents niveaux évoqués (jusqu'au nirvâna, où l'on accède avec le corps sublime appelé Dharmakâya).
  • - quoi qu'il en soit, ces corps spirituels ne sont pas des dons offerts par une instance extérieure. Ils résultent d'une croissance intérieure qui, entre autres, amène l'adepte à explorer tout son être, jusqu'à atteindre son Soi Supérieur, et s'emparer de cette profonde connaissance, qui était disponible dès le début de son cheminement. L'oracle de Delphes : "Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'Univers et les Dieux" résume, en formule lapidaire, l'orientation et le contenu de la démarche, dont le caractère alchimique doit être constamment rappelé.

Mme Blavatsky a écrit que notre corps était "le temple du Graal", ce qui fait penser, bien sûr, à st Paul, "Vous êtes le temple de Dieu et l'Esprit de Dieu habite en vous". En vous, et non loin là-haut, "au Ciel". Toute l'alchimie tient à la transmutation du corruptible (évoquée encore par st Paul), qui vient à renaître incorruptible, ou encore du psychique (yucikon) qui renaît spirituel (pneumatique = pneumatikon)

Vient alors la question : "L'immortalité - pour quoi faire ?".

Pour y répondre, il faut naturellement rester dans la perspective de la Théosophie.

Si on demandait aux Occidentaux : "Voulez-vous être immortels ?", la réponse serait sans doute : "Oui, oui ! A condition que je ne sois pas immortel en enfer, ou dans une condition désagréable, mais immortel au ciel, dans le bonheur éternel". En somme, une immortalité confortable, pour notre moi égoïste d'homme ou de femme, ni ange ni bête = des grandes vacances qui durent toujours.

Cette immortalité-là, sur mesure, n'est pas au menu proposé par la Nature.
Observons d'abord, pour entrer dans la question, que l'immortalité de la conscience ne signifie pas libération définitive des réincarnations, mais constitue un moyen pour parvenir à cette fin.

Les yogis qui savent que c'est sur la terre, dans le corps et la personnalité d'un être humain, que l'on peut progresser vers la libération, s'efforcent de s'assurer cette continuité de conscience pour revenir ici-bas, dans les conditions les plus favorables de leur choix, en abrégeant au maximum la période posthume qui, par sa durée (10 à 15 siècles pour la moyenne des hommes), est une perte de temps inutile. S'ils retrouvent leur conscience et leur mémoire active dans le nouveau corps qu'ils empruntent, c'est toujours autant de temps gagné. Il existe, paraît-il, des moyens de s'assurer ce genre de continuité d'expérience, en réduisant à presque rien l'intervalle entre 2 incarnations.
Quant aux motifs poussant un "yogi" (à quelque tradition qu'il appartienne, orientale ou occidentale)  à gagner "l'immortalité - libération des renaissances", on pourrait, en imitant le discours de Krishna dans les derniers chapitres de la Bhagavad-Gîtâ, en distinguer plusieurs, en rapport avec les 3 qualités (guna) de la Nature :

  1. ténébreux (tamasique), incitant le sorcier à rester vivant dans la sphère astrale pour vampiriser les êtres passifs et leur soustraire les énergies lui permettant de résister aux forces naturelles de dispersion qui, à terme, le condamneraient à mort. Cette "immortalité-là, est recherchée dans les ténèbres (tamas), par ceux qui sont dans l'ignorance (tamas) que leur entreprise est vouée à l'échec, sans recours. Privés de la lumière de leur monade éternelle, ces êtres ne survivent qu'au prix d'expédients (comme celui de l'absorption dans un "deva", évoquée précédemment).
  2. "sensuel" - pour ainsi dire (rajasique) - avec le désir de jouir de ce que proposent tous les mondes célestes, qui deviennent légitimement disponibles à celui qui s'est libéré de l'attraction terrestre. L'hindouisme (comme le bouddhisme) a un catalogue varié de tels Cieux, jusqu'au Brahmaloka (le 7e).
    Au fond, le plaisir proposé aux Élus dans la Jérusalem céleste, après le Jugement Dernier, a aussi quelque chose de sensuel = pour enchanter les sens - dans cette "cité d'or pur", où resplendissent des pierres précieuses, dans un jour éternel... On peut songer à des délices plus subtiles, liées de moins en moins à des représentations formelles, dans la jouissance de la contemplation de l'ordre divin. Le 2e "corps" du Bouddha  sambhogakâya   signifie : corps de jouissance. Cette jouissance peut être visée aussi bien par le 3e type de motif :
  3. "pur et lumineux" (sattvique). C'est le motif qui demeure le moteur de la recherche du yogi, lorsqu'il a renoncé à toute jouissance liée à des formes, en s'attachant à l'Etre, au-delà de toute existence, à l'Éternel hors du temps et de l'espace. Sat-tva signifie finalement "Être" en Soi, l'essence de l'Etre. Dans cette "vacuité" de toute forme, de tout devenir, ou de toute "chose" manifestée, fût-ce au niveau des Dieux, l'impulsion entretenue par la discipline du yoga supérieur élève la conscience dans un Immuable, de Conscience (Chit), d'Etre (Sat), qui est aussi, selon les hindous, Béatitude sans borne (ânanda).

Dans le mouvement qui entraîne l'être conscient, définitivement "immortel", vers sa source primitive, éternelle, le nirvâna s'offre comme but ultime, où tout ce qui était personnel, et même "individuel" dans l'âme, métamorphosée au long de son pèlerinage, s'évanouit pour permettre une complète fusion de la conscience dans le cœur du Soleil dont elle était comme un rayon. Le nirvâna n'est pas décrit comme extinction totale, mais comme "expansion" de la goutte d'eau qui, en se fondant dans l'Océan, se dilate, en quelque sorte à sa dimension infinie.

Ce nirvâna représente en somme le terme naturel du reflux de toute la marée évolutive : certains y parviennent plus vite que d'autres, dès qu'ils réunissent les conditions pour s'y plonger. Et toutes les traditions exotériques de l'Orient encouragent à échapper au cercle infernal des transmigrations pour y parvenir, comme à un but légitime.

Il est légitime de chercher à échapper à l'illusion, et à l'enchaînement karmique résultant de l'ignorance, légitime de préférer l'Éternel au toujours-fluctuant, la béatitude permanente à l'alternance sans fin plaisir/douleur.

Cependant, le bouddhisme (même exotérique) a une optique différente - fort proche de celle de la Théosophie : il est légitime, en effet, de fuir l'illusion et de chercher à gagner, par un éveil spirituel authentique, la rive d'où on aperçoit, en évidence, les causes profondes des tribulations des êtres humains, ignorants des lois de la Vie.

« Regarde les légions d'Ames. Observe comme elles planent au-dessus de la mer houleuse de la vie humaine; comment, exténuées, (...) elles tombent l'une après l'autre sur les vagues démontées (...) et disparaissent dans le premier grand tourbillon.» (La Voix du Silence, I, p.23).

Mais la contemplation de ces souffrances ne peut laisser indifférent l'être compatissant. On ne peut aborder à la rive de la connaissance, et refuser d'ouvrir les yeux sur le monde - à moins d'être pris dans une logique tranchante comme le diamant : "Tout est mâyâ, tout est illusion - les êtres, les choses, tout. Seul est Brahman, l'Absolu. L'Absolu est notre seule réalité. Hâtons-nous de briser tout ce qui nous tient éloignés de l'Absolu. Méditons sur l'Absolu, concentrons toutes nos énergies sur l'Absolu ; ne nous laissons pas prendre par les sentiments, l'illusion des sens, qui sont faux. Etc..." Quelle place resterait à la pitié pour les autres, dans cette vision ? Quel temps pourrait-on encore leur consacrer, dans cette recherche exclusive de l'Absolu ? Le samsâra (le cycle des renaissances) a été comparé à un incendie : qui, découvrant cela, serait assez fou pour rester dans l'incendie ?

Ces considérations absolutistes ont sans doute quelque chose de vrai mais, pour la Théosophie, elles pêchent gravement par leur caractère incomplet : il y a d'autres vérités qui ne sont pas prises en compte - elles sont pourtant cardinales.

Le mouvement d'émanation qui ramène tous les êtres à l'existence ne les lance pas sur la voie de leur pèlerinage pour qu'ils se dépêchent, en ordre dispersé, d'arriver au but ; chacun pour soi, en somme. La première vérité cardinale est le fait de la fraternité universelle de tous ces êtres, unis par une loi incontournable de solidarité et d'échange. Depuis des myriades d'éons, le progrès se fait par des interactions constructives, par des contributions mutuelles. Cela reste vrai, fondamentalement vrai, pour la famille humaine. Qui prétendrait ne pas être le débiteur des autres, de toute la Nature , Quel enfant naîtrait, grandirait, deviendrait homme, sans le don constamment renouvelé des parents, des autres dans la société, sans l'héritage inouï de toute notre évolution collective passée ?

Une autre vérité  cardinale, qui est liée à la première, est celle-ci : la Nature, dans sa sagesse, met à notre disposition une profusion de "talents" à exploiter tout au long de notre pèlerinage. Mais, en quelque sorte, c'est un peu un "prêté" pour un "rendu". Elle entend bien que nous n'allons pas garder seulement pour nous l' "intérêt" de ces richesses, mais que nous allons participer activement à son projet d'évolution. Et la vie nous lance constamment des défis courtois dans ce sens.

Faudrait-il que les plus éveillés de ses enfants, devançant tous les autres par leurs "mérites", s'engouffrent dans un nirvâna sans retour, en laissant là-bas, dans le monde de l'illusion, les pauvres bougres qui n'ont "rien compris" au jeu de l'évolution ? Non. La troisième vérité, qui découle des deux autres, s'impose ici : la Nature a besoin de tous ses enfants pour que s'accomplisse son œuvre au maximum de ses espérances. L'évolution qu'elle propose consisterait-elle à nous qualifier pour atteindre un certain niveau, passer un examen aux épreuves prédéterminées, permettant aux candidats heureux de "quitter l'Ecole" ?

Notre univers, particulièrement celui de notre planète, est bien une École, mais une École de Compassion, puisque tous ceux qui la peuplent sont unis par l'interdépendance d'une fraternité essentielle : n'est-ce pas que, comme le dit la Gîtâ, celui qui n'apporte pas sa contribution au maintien de cette grande expérience commune, où tous sont engagés, est "comme un voleur" ? (chap.III,12).

Et la Nature dont nous parlons ici ne répond pas seulement à l'image romantique qu'en a donnée Victor Hugo (dans son poème "La Vache") :

« Ainsi, Nature, abri de toute créature, ô Mère universelle, indulgente Nature...»,

elle est le symbole de toutes les lois qui maintiennent les mondes en mouvement dans leur évolution ascendante, particulièrement de la Loi de Compassion. Comme le souligne La Voix du Silence (p.92) : "La Compassion n'est pas un attribut, c'est la LOI des LOIS, l'Harmonie éternelle (...) essence universelle et sans rivages, c'est la lumière de l'immuable Justice et de l'harmonieuse disposition de chaque chose dans le tout, la loi de l'éternel Amour".

Il y aurait énormément à dire sur cette Compassion, qui est à la base même de la "Volonté générale de la Nature", dont Judge a parlé dans ses Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Aux premiers instants de la (re)naissance d'un univers, elle est là, dans le premier "désir" du Divin qui lance l'évolution = le Kâmadeva des hindous, (le 1er des dieux), ou l'Erôs des Grecs. C'est par l'opération de cette Loi que le monde est un cosmos ordonné, qui garde sa cohésion (par "l'harmonieuse disposition de chaque chose dans le tout".)

Et comme, à tous les niveaux, sur tous les plans de ce cosmos, des hiérarchies d'êtres, conscients, semi-conscients, ou très hautement spirituels (un peu représentés dans l'imagerie des Archanges des religions) gèrent la marche de ce monde, n'est-ce pas que ces Légions, partout actives, incarnent cette Loi de Compassion, d'une manière ou d'une autre ? En tout cas, les hiérarchies très spirituelles qui sont, pour ainsi dire, dans la Lumière du Logos, qui illumine chaque âme humaine, sont pour nous l'image même de la Compassion.

La Doctrine Secrète évoque ces êtres, collectivement désignés par des termes comme "l'Etre Merveilleux" (The "Wrondrous Being"), l' "Initiateur", le "Grand Sacrifice" (mais qui doivent rester sans nom) qui, volontairement, s'astreignent à demeurer dans le cercle du monde manifesté- au niveau le plus élevé, il est vrai - pour maintenir vivante la lumière de l'Esprit dans l'humanité, et faire vivre l'arbre de l'Initiation, afin qu'aucun pèlerin ne perde sa route dans les ténèbres du "samsâra". (Voir Secret Doctrine, i.207-212). Ces êtres ont été des âmes humaines - dans un très lointain passé. Elles incarnent l'exemple le plus noble qu'il y aurait lieu de suivre.

En définitive, si on y regarde de près, on dirait bien que la Nature prête richement à ses enfants dans le dessein que le plus grand nombre d'entre eux restent avec elle, pour devenir ses auxiliaires conscients, et prennent la relève de légions d'êtres plus élevés, appelés à d'autres fonctions dans l'économie du cosmos : sans tous ces auxiliaires, l'évolution deviendrait impossible. On l'a déjà dit : la Nature ne fabrique pas des dieux ; elle dote ses enfants pour qu'ils se rendent eux-mêmes divins, et soient ainsi d'autant plus aptes à la seconder dans la poursuite de sa tâche, qui est une Oeuvre collective.

Mais, même si on ignorait ce profond dessein de la Nature, la réalisation, même partielle, du sens de la fraternité universelle inspirerait une seule réponse à la question : "L'immortalité - pour quoi faire ?"
pour servir de guide à tous les autres pèlerins, et les conduire, avec sagesse et amour, vers cette même immortalité.

Dans une famille unie de frères et de sœurs, où chacun serait individuellement plongé dans l'adversité, imaginerait-on qu'ils ne chercheraient pas à s'entr'aider, autant qu'ils le pourraient ? Ou que l'un d'eux, plus chanceux ou plus travailleur, qui réussirait à résoudre tous ses problèmes, abandonnerait à leur sort ses frères et sœurs, pour aller couler une vie paisible à Tahiti, de l'autre côté de la terre, où aucune nouvelle ne pourrait plus leur parvenir ?

Cette image choquante est pourtant celle du yogi qui parvient à régler "tous ses problèmes" avec la terre, et qui abandonne à leur sort ses frères et sœurs, pour s'abîmer dans un nirvâna sans retour, l'isolant définitivement de tout rapport avec les autres.

Pour toutes ces raisons, la Théosophie - avec le bouddhisme, dans ce qu'il a de plus généreux - prêche la voie du renoncement final au nirvâna (lequel est bien un "mourir" à l'éphémère et à l'illusoire, mais sans possibilité de "renaître").

C'est la voie du bodhisattva des bouddhistes, dont l'Occident commence à entendre parler. La Voix du Silence ne cesse d'y faire allusion : c'est celle qu'enseigne la "Doctrine du Cœur" du Bouddha.

Un mystère semble s'attacher à cette voie, car Mme Blavatsky en parle comme du "Sentier Secret" (p.51). Peut-être parce que les bodhisattva dont il est question ne sont pas des yogis ordinaires, qui obtiennent "l'immortalité de conscience" (avec la libération qui marque le bout de la route), en se distinguant toutefois des autres en ce qu'ils s'arrêtent sur le seuil du salut définitif, dans un effort de dernière minute, par commisération pour les humains.

La Voix du Silence (IIIe Traité) suggère, à mots couverts, qu'il s'agit d'une voie d'initiation (Voix, p.59 note : "La nature du "Sentier-Secret" est expliquée lors de l'initiation") dans laquelle le renoncement au "salut" est, dès le début, fixé comme condition indispensable, avec l'ouverture à la Compassion qui va éclairer le disciple dès ses premiers pas. Et, dans ce Sentier, les guides ne sont pas des professionnels du "samâdhi - extase - qui - "élève - au - 7e - Ciel", mais des Maîtres, non seulement en matière de connaissance spirituelle mais aussi de pouvoir, ce qui fait d'eux des auxiliaires d'autant plus efficaces de la Nature.

Collectivement, ces Maîtres forment le "Mur Gardien" (Voix, p.90) qui veille sur l'humanité : du plus élevé (appelé symboliquement "Le Grand Sacrifice"), jusqu'au plus humble des disciples consciemment engagés aux côtés des Maîtres, ils n'ont qu'un mot d'ordre - servir l'humanité, pour l'éveiller à sa destinée divine.

C'est à cette Légion de combattants pacifiques que Mme Blavatsky a invité ses compagnons à se joindre, en créant sur terre "le noyau d'une fraternité universelle de l'humanité" (1er But de la "Theosophical Society", créée en 1875).

En se mettant à l'œuvre, le premier pas pour les volontaires du "véritable service de l'humanité" n'est-il pas de désirer "devenir plus aptes à aider et instruire les autres", avec la lumière de la Théosophie (comme indiqué dans la Déclaration) ?

Avec la Voix du Silence, on pourrait encore préciser, dans l'échelle des initiés qui forment le "Mur Gardien", la place de ceux qui sont de véritables immortels, qui ne se réincarnent plus et disposent, pour rester en contact avec le monde des hommes, d'un corps astral permanent, entièrement fonctionnel (correspondant au Nirmânakâya des bouddhistes).

Au chapitre de l'alchimie, la tradition parle d'une mystérieuse "poudre de projection", capable de changer le métal vil en or. Dans la métamorphose alchimique qu'entreprennent les disciples de cette École, la Compassion est une incomparable "poudre de projection" : c'est l'Amour-Sagesse en action" - la véritable bhakti évoquée par Krishna dans la Gîtâ.

L'essence, qui donne son pouvoir à cette poudre, c'est la Pierre Philosophale - le Soi Supérieur, Krishna ou Christos, à la racine de chaque âme - mais si elle n'était mêlée à ce qu'il y a de plus pur, et de plus vivant, dans la personnalité de l'Adepte, elle resterait inactive. Il faut que l'Amour universel, la Sagesse, l'Energie divine s'incarnent dans une âme humaine, toute consacrée au yoga spirituel, pour que s'accomplissent les prodiges qu'on serait tenté d'appeler des "miracles".

Conclusion (↑ sommaire)

Pour conclure, on peut rappeler quelques passages de la Voix du Silence, comme

« Vivre au bénéfice du genre humain est le premier pas.
Pratiquer les six vertus glorieuses est le second.» (p.50)

«La Soi-connaissance est l'enfant d'actions aimantes.» (p.48)

    

On gardera aussi en mémoire le serment de Kwan-Yin, déesse de la Compassion :

«Jamais je ne chercherai ni ne recevrai le salut privé individuel,
Jamais je n'entrerai seule dans la paix finale,
Mais, toujours et partout, je vivrai et lutterai pour la rédemption
de toutes les créatures dans le monde entier».

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