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Karma et l'universalité de la violence : quels remèdes ?

Séminaire du 23 février 2002

Á notre époque, où partout la violence explose, en une escalade dont on n'entrevoit pas la fin, chacun se sent concerné et s'interroge sur la meilleure conduite à tenir, individuellement et collectivement, pour conjurer cette fatalité, tandis que de nombreux dignitaires religieux, réunis à Assise autour du Pape (le 24 janvier 2002) appellent à la Paix, "au nom de Dieu" et que des "sages" de tous horizons préconisent des remèdes d'urgence.

La Théosophie invite à sonder la nature profonde de l'être humain, pour découvrir les mécanismes de la genèse de la violence et de sa propagation, ainsi que les raisons de faire confiance aux forces vives de l'Homme, face à ce défi.

Sommaire

 

I L'escalade de la violence - que valent les remèdes proposés ?

  1. L'inquiétante planétarisation de la violence
  2. L'efficacité relative des remèdes à la violence
  3. Karma et les vrais problèmes, selon la Théosophie
  4. Quelles sont les conséquences cachées de la violence ?

II - La violence dans l'optique de la Théosophie

  1. L'âge d'or de l'homme, en communion avec la Nature
  2. La tyrannie du Moi séparé et la genèse de la violence
  3. Le cercle vicieux de la violence - Peut-on y échapper ?

III - Quels vrais remèdes à la violence ?

  1. L'apprentissage de la non-violence et de la compassion au quotidien
  2. L'urgence d'une union des forces de sauvegarde
  3. L'exemple idéal du "Mur Gardien" des Maîtres de compassion.
  4. En quoi ce " Mur Gardien " serait-il un exemple à imiter ?
  5. Que faire de tout cela ?

I - L'escalade de la violence - que valent les remèdes préconisés ?

1 - L'inquiétante planétarisation de la violence (↑ sommaire)

Les événements du 11 septembre 2001, en Amérique, ont été révélateurs d'une grave instabilité planétaire, où les pires formes de violence, encore inconnues, semblent devenir possibles.

La manifestation de la violence s'étend selon une gamme très étendue, allant des aspects les plus spectaculaires aux formes les plus insidieuses qui profitent, entre autres, de la planétarisation des moyens de communication entre groupes humains, pour s'étendre et pénétrer presque partout, comme une mortelle gangrène. La violence ne touche pas que l'homme : la Nature en est depuis longtemps la victime. L'expression actuelle de la violence menace gravement l'équilibre et peut-être même la vie de la planète.

Le rôle maléfique de ceux qui devraient être les conducteurs spirituels des hommes, qui mobilisent les masses, une fois de plus, en les fanatisant pour un rôle destructeur, reconnu souhaitable par-dessus tout - aux yeux de "Dieu". C'est une fois de plus, "la trahison des clercs", des "faux prophètes", dont les victimes dans le passé se sont comptées par millions. Cette excitation à la violence peut encore toucher des millions de gens et les préparer à mourir (en tuant les autres) pour Dieu, pour la patrie, pour la civilisation menacée, ou une idéologie raciste (comme l'a été le nazisme "aryen").

2 - L'efficacité (relative) des remèdes à la violence (↑ sommaire)

Selon le type de violence rencontré, les remèdes proposés varient dans leur forme et leur possibilité d'exécution. Le plus souvent, ce sont des réactions primaires, imitant l'animal qui se sent menacé,

  • - réponse violente contre l'agresseur, visant, selon le cas, à le tuer, le paralyser, l'intimider ou le faire fuir,
  • - immobilité passive, pour laisser passer le danger,
  • - dissimulation, fuite hors de la zone dangereuse,
  • - retraite dans un refuge solide et protégé.

Il y a aussi les conduites où l'homme, avec ses ressources propres, fait face courageusement à la violence - souvent pour protéger un groupe humain menacé - en utilisant des moyens violents de défense, ou encore en adoptant l'attitude du résistant non-violent qui défend un idéal humanitaire.

L'histoire montre que les remèdes "violents" (en tuant les violents menaçants ou indésirables, ou même des innocents jugés gênants) ne résolvent jamais définitivement les conflits : d'autres violents se relèveront pour venger les victimes, et transformer les premiers vainqueurs en vaincus.

Heureusement, de nos jours, face à la menace planétaire, on assiste à une mobilisation des consciences sous l'impulsion d'une élite de "sages", intellectuels, sociologues, spécialistes de l'écologie, ou hommes de religion de tous bords.

On se rappelle, sans doute, l'œuvre de l'UNESCO  (avec notamment son "Manifeste 2000 pour une culture de la paix et de la non-violence", qui a recueilli des millions de signatures), le Congrès Mondial des Religions (Chicago 1993), avec sa "Déclaration d'Éthique globale" (ou planétaire), et tout récemment la réunion à Assise (24 janvier 2002) de nombreux dignitaires religieux autour du Pape, pour la Paix "au nom de Dieu". On pourrait citer encore de nombreuses interventions de personnages éminents, ou en vue (comme le discours à l'UNESCO de Jacques Chirac, après le 11 sept. 2001, invoquant "une éthique universelle... qui n'est pas un modèle occidental... mais un humanisme".

Quant à l'efficacité des remèdes proposés par les "sages", elle supposerait une adhésion universelle au programme de paix et de non-violence censé mettre fin à la violence. Le généreux Manifeste 2000 n'a pas empêché, jusqu'à nos jours, les sanglants affrontements entre Israëliens et Palestiniens, ni, bien sûr, l'agression du 11 sept. 2001. Aussi salutaire - et nécessaire - que soit la démarche de l'UNESCO, elle reste insuffisante pour le moment. Quant à la prière à Dieu, pour la Paix, elle peut inspirer certains croyants sincères (qui sont peut-être déjà moins violents que les autres), mais que pourrait un tel Dieu (- qui n'existe pas pour les Théosophes) ?

Remède ultime : faudrait-il placer un gendarme derrière chaque individu susceptible de devenir violent ?

3 - Karma et les vrais problèmes, selon la Théosophie (↑ sommaire)

Proposée aux hommes par des Maîtres de Compassion, la Théosophie invite à voir "large et profond", derrière les simples apparences.

L'homme, partie intégrante de la Nature, est soumis à des lois souveraines qui rythment et contrôlent son évolution : karma et réincarnation, au premier chef.

Dans un monde uni, comme un tissu vivant, où tous les êtres, de tous les règnes, sont liés par l'interdépendance et la solidarité, aucune action de l'homme n'est gratuite, anodine, sans conséquences sur l'ensemble : la loi de karma, ou de causalité éthique, module sans cesse des effets adaptés aux causes semées - car "une justice rigide gouverne le monde" (La Voix du Silence). 

Dans un tel contexte, on peut trouver une définition théosophique de la violence. Par exemple : "un viol de la Nature", ou, plus précisément, pour le genre humain : "un viol de la dignité et de l'intégrité de l'homme" - en définitive : une atteinte à l'ordre harmonieux de ce monde solidaire, où tous vivent, liés en profondeur les uns aux autres, par la Fraternité Universelle.

4 - Quelles sont les conséquences cachées de la violence ? (↑ sommaire)

Quand un être humain utilise ses pouvoirs de pensée, d'émotion et d'action pour faire violence, la trace en reste marquée :

  • - dans l'homme violent,
  • - dans le tissu collectif des êtres, même non concernés,
  • - dans la ou les victimes, qui tendent à réagir avec violence et demandent justice.

Au total, tout l'ordre naturel est perturbé, selon la gravité de l'acte.

Une répétition des actions, pensées, ou attitudes violentes approfondit de plus en plus l'empreinte laissée dans l'individu. La violence tend à devenir habitude et à envahir toute la psyché.

Dans l'incarnation suivante, la tendance à la violence refera surface et profitera de toutes les occasions pour s'exprimer, d'une manière ou d'une autre.

Dans le tissu collectif (lumière astrale, psychosphère collective, ensemble des êtres en évolution parallèle...), les images et impulsions violentes exerceront sur tous une sorte d'influence hypnotique - tendant à perturber l'harmonie naturelle dans laquelle tous devraient vivre - et pousser à la violence.

Dans La Clef de la Théosophie, section : "L'Origine commune des hommes", Ch. III, pp.55-61, Mme Blavatsky explique pourquoi "... on ne peut nuire à un seul homme sans nuire en même temps, non seulement à soi-même, mais, en définitive, à l'humanité entière". La maladie de la violence dans l'un des "organes" du genre humain tend à s'étendre au corps entier, en tout cas, nuit à sa santé générale.

Quant aux victimes de la violence, ils en gardent des traces plus ou moins profondes : ils se trouveront plus tard, dans une incarnation ou l'autre, sans le savoir, face à leurs bourreaux, pour régler le contentieux douloureux, l'injustice, laissée en suspens jadis. S'ils n'ont pas changé au fond d'eux-mêmes, en s'ouvrant à la compassion, ils pourront à leur tour infliger la violence, en replantant ainsi de nouveaux germes karmiques pour le futur.

On rappellera que ce karma de la violence n'est pas seulement individuel - il prend aussi un aspect collectif - d'où les règlements de compte qui n'en finissent pas entre nations, groupes humains de toutes dimensions.

C'est pourquoi la parole du Bouddha rappelle, dans le Dhammapada (I, 5) :

" La haine ne se détruit pas [= ne s'apaise pas] par la haine.

"La haine se détruit [= s'apaise] par l'amour [= la non-haine]

"C'est la loi éternelle".

Pour la Théosophie, ce n'est pas seulement une vérité morale, c'est une vérité scientifique, qui s'explique avec la connaissance des mécanismes de karma : elle se vérifie toujours, à plus ou moins long terme.
On voit aussi à quelle profonde (et radicale) transformation tous les êtres humains, qui véhiculent le virus de la violence, sont astreints par la loi de la Nature, pour corriger une situation qu'ils ont collectivement contribué à établir.

La Bhagavad-Gîtâ (au chap. XVI) donne une description assez dramatique de ceux qui se laissent complètement envahir par le virus de la violence :

"... ennemis du monde, ils sont nés pour détruire" (v.9) ... 

"êtres cruels et haineux, les plus vils des hommes" (v.19).

Heureusement, de tels monstres

"à la disposition démoniaque" [qui nient tout Esprit en eux-mêmes (v.8)

et haïssent le Divin qui est dans leur corps (v.18)]

sont rares : il n'y a guère d'êtres entièrement "méchants" - ni entièrement "bons" parmi les mortels. Précisément, la présence de ce Divin en chacun est le grand recours, l'espérance d'un retour à l'harmonie au sein de la Nature si l'homme peut faire alliance avec ce Divin - comme Arjuna avec Krishna - pour retrouver le "Royaume des Cieux", ou plutôt l'établir une bonne fois sur la terre.

II - La violence dans l'optique de la Théosophie

1 - L'âge d'or de l'homme, en communion avec la Nature (↑ sommaire)

La Théosophie, écarte d'emblée pas mal d'idées fausses qui ont acquis droit de cité.

L'homme est :

  • - un robot pensant,
  • - un singe perfectionné
  • - un sauvage des cavernes, progressivement civilisé,

ou même :

  • - un corps qui a une âme.

Selon la Théosophie, l'être humain est une âme incarnée dans un corps (et même : une succession de corps, avec la réincarnation).

De même que le corps résulte d'une longue évolution physique, ce qui est l'âme, ou l'entité humaine profonde, est le fruit d'une immense évolution où sont impliquées  toutes les monades - "étincelles de vie et de conscience" - animant toutes les formes de tous les règnes.

Voir La Clef de la Théosophie "L'origine commune des hommes" (Ch. III, pp.55-61), où Mme Blavatsky insiste sur l'Unité et l'essence commune "infinie, incréée, et éternelle" de la famille humaine.

Dans l'âge d'or de l'humanité, il y a des millions d'années sur cette terre, l'éveil des monades humaines a été produit par l'action volontaire de Légions hautement spirituelles d'Éveilleurs, acceptant de s'associer individuellement à ces monades et de les accompagner tout au long de leur expérience humaine ici-bas, jusqu'à ce qu'elles incarnent pleinement les pouvoirs universels de l'Esprit : amour, intelligence créatrice, au service de la Volonté générale de la Nature dans son programme d'évolution universelle. Cette intervention d'éveil rappelle le  mythe de Prométhée expliqué par la Théosophie.

L'intervention compatissante de ces "Père spirituels" qui allument le feu de la conscience "spirituelle" dans l'homme, sont appelés aussi en sanskrit, Kumâras, Mânasaputras, etc.. Leur acte d'amour est décisif pour donner naissance à la conscience réfléchie aux êtres humains (devenus ainsi soi-conscients), à un tournant non moins décisif de l'évolution terrestre.
Dans cet âge d'or où, pour ainsi dire, "les dieux marchaient parmi les hommes" (et allaient ensuite leur apprendre à maîtriser ce dont ils avaient besoin pour vivre et faire face aux conditions de la vie incarnée), l'humanité primitive dans son état d'enfance, avait le sens de l'Unité essentielle de toute la famille humaine, et ressentait une profonde dévotion d'amour pour ceux qui l'avait éveillée, et continuaient de veiller sur elle, dans une communion profonde.

Fait capital : l'essence première de l'homme n'est pas violente,
elle est entièrement ouverte au monde spirituel.
Par sa parenté avec son Père spirituel, l'âme profonde porte en elle un germe vivant de compassion. Elle est en union essentielle avec toute la Nature.

La Théosophie indique aussi que la famille humaine a été pénétrée, dès le début, par de grandes idées innées, infusées par ses Pères - sens du Beau, du Vrai, du Juste; sens du sacré, de l'alliance avec ces réalités vivantes spirituelles, représentées par les Kumâras. D'où, le sens religieux présent encore aujourd'hui en tout être. D'où aussi ce que st Paul, (I Corinthiens, 13) a appelé "la foi, l'espérance et l'amour" - qui demeurent, indéracinables en chacun.

Dans cet âge d'or, l'homme-enfant, tout spirituel dans sa nature, était doué du "Troisième œil", ouvrant à la perception de l'Universel. Mais cet innocent, non encore pleinement incarné, "dans des vêtements de peau", allait avoir à apprendre à descendre au fond de la matière, dans la vie physique - avec les phases de naissance, existence, mort et réincarnation - et devenir un homme de ce monde à part entière, avec sa volonté, son mental et ses désirs, et mettre ainsi en mouvement la roue du karma - "pour le meilleur et pour le pire".

2 - La tyrannie du Moi séparé et la genèse de la violence (↑ sommaire)

Le contact de plus en plus intime avec le monde matériel allait faire oublier la patrie céleste - et la présence toute proche du Père spirituel en chacun.

Comme l'enfant qui entre dans l'univers collectif (en quittant peu à peu le foyer protecteur) développe progressivement une personnalité de plus en plus solide, l'homme de l'âge d'or a aussi finalement perdu de son innocence pour construire un Moi séparé un "personnage", différent et distant des autres, conscient de ses différences mais, en même temps, efficace et autonome.

Avec la découverte des objets des sens à sa portée, la fascination de ce monde l'a progressivement emprisonné dans les attractions et répulsions qu'il peut susciter dans la psyché de l'individu.

L'humanité aurait pu demeurer une famille unie (au moins théoriquement), mais ce qu'elle a gagné en raison, en intelligence spéculative, elle l'a perdu en instinct spirituel, en sens de l'Unité englobant tous les êtres, en communion intérieure avec le Père spirituel, progressivement paralysé dans la prison de chair.

Sans la lumière spirituelle intérieure pour le guider, ou l'avertir de ses erreurs, le Moi séparé a pris la place du Dieu qui pouvait l'inspirer. Le désir, la passion égoïste, a pris les commandes du mental et du libre-arbitre.

Ainsi, le pôle animal a fini par coloniser ce Moi. Au service de l'animal, l'intelligence physique créant de plus en plus de karma "négatif".
Le conflit entre les êtres ainsi séparés dans leur tête et dans leur cœur, devenait inévitable. Dans la Doctrine Secrète (éd. anglaise originale, II, 276), H.P. Blavatsky a écrit :

"La première guerre que la terre ait connue, le premier sang humain versé, fut le résultat de ce que les yeux et les sens de l'homme s'étaient ouverts - d'où il vit que les filles de ses Frères étaient plus belles que les siennes, et leurs femmes aussi. Il y eut des enlèvement commis avant celui des Sabines, et des Ménélas privés de leur Hélène avant la naissance de la Cinquième Race  [= cinquième grande famille humaine et non race "ethnique"] (...). Cela eut lieu pendant la Quatrième Race, celle des géants."

La violence a fait ainsi son apparition  il y a très, très longtemps, des centaines de milliers d'années (selon la Doctrine Secrète la Cinquième Race compte à son actif l'ordre de 1 million d'années). Le karma de la violence s'est ainsi attaché au genre humain, comme une ombre malsaine, et n'est pas près de lâcher sa proie (qui lui a donné naissance). Cette malédiction n'est pas l'œuvre de Dieu ni de Satan, puisque l'homme lui-même en est responsable.

Et la violence ne s'est pas bornée au plan physique. Une partie de l'humanité est tombée dans l'idolâtrie, rendant un culte non plus à l'Essence Une, source et soutien de tous les êtres, mais au corps, adoré (avec ses attributs physiques. La déchéance de la Quatrième Race est passée par la chute dans la magie noire, l'union calculée avec des femelles d'animaux, aboutissant à la création d'hybrides simiesques (les futurs anthropoïdes connes de nos jours).

Tous ces actes de violation de la Nature, par une humanité qui n'était plus innocente, pèsent lourdement, comme karma collectif, sur le genre humain qui forme la présente Cinquième Race.

Ce qui précède donne l'impression que la théosophie noircit le tableau, d'une façon peut-être trop pessimiste - ce passé-là est bien loin, pensera-t-on ! mais le karma de ce passé ne s'efface pas par l'usure du temps. Il justifie à coup sûr la conclusion de Mme Blavatsky dans sa Doctrine Secrète : l'humanité, collectivement, est actuellement en retard sur son programme d'évolution normale. En fait, face au développement avancé de l'intelligence spéculative (dont la science se nourrit), le pouvoir moral est encore très déficient.

D'où le cri d'alarme lancé par la voix de la Théosophie : la déshumanisation du genre humain est inquiétante. La "violence" n'est pas un problème secondaire : il faut dénoncer ses mécanismes et juguler son extension avec toutes les forces vives disponibles dans l'homme. La Théosophie a encore ici son mot à dire.

3 - Le cercle vicieux de la violence - peut-on y échapper ? (↑ sommaire)

On a vu, dans ce qui précède, comment la violence (sous toutes ses formes) engendre à nouveau la violence, avec tous ses effets pervers, étendus à toute la Nature - avec la souffrance toujours renouvelée qu'elle provoque : un vrai cercle vicieux. La violence s'accumule et ne peut s'épuiser d'elle-même.

Y a-t-il un remède radical à la violence ?

Si l'on en croit ce que dit la Bible, Yahvé a trouvé, à un certain moment de l'histoire des hommes, le remède, tout à fait radical en l'espèce : le Déluge, conservant le juste Noé et sa famille, et éliminant d'un coup tous les "méchants". On peut également consulter  1. Samuel, 15. pour une exhortation exemplaire à la violence, par le Seigneur.

Genèse 6 - Le Seigneur vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur étaient sans cesse dirigées vers le mal. Le Seigneur se repentit d'avoir créé l'homme sur la terre, et il en eut le cœur affligé. "J'effacerai, dit-il, de la surface de la terre l'homme que j'ai créé, ainsi que le bétail, les reptiles et les oiseaux des cieux, car je me repens de les avoir faits." Noé, cependant, trouva grâce aux yeux du Seigneur.[...] Noé était un homme juste, intègre au milieu des hommes de sa génération. [...] La terre se corrompait devant Dieu, et se remplissait de violence,. Dieu regarda la terre et vit qu'elle était corrompue : toute créature suivait, sur terre, la voie de la corruption. Alors dieu dit à Noé : "J'ai décidé la fin de toute créature, car les hommes ont rempli la terre de violence. Je vais les supprimer ainsi que la terre. Fais-toi une arche en bois résineux."

Le déluge : Le Seigneur dit à Noé : "Entre dans l'arche, toi et toute ta famille, car tu as été juste à mes yeux, parmi ceux de ta génération."
Façon toute violente du "Seigneur Dieu" d'éradiquer la violence... Après quoi, Yahvé fait alliance avec Noé (il n'y aura plus de Déluge). Cependant, en sauvant Noé, Dieu allait permettre à la mécanique de la violence de se remettre en marche, avec les descendants du juste Noé.

Il faut dire que la jalousie du Seigneur n'a pas arrangé les choses, en dés-unissant les hommes, et semant entre eux la confusion :

Genèse 11 - La tour de Babel - Sur toute la terre il n'y avait qu'une seule langue, on se servait des mêmes mots. Des hommes émigrant vers l'orient trouvèrent dans le pays de Sinéar une plaine où ils s'établirent. Ils se dirent l'un à l'autre : "Allons, faisons des briques et cuisons-les au feu." La brique leur tint lieu de pierre, et le bitume de mortier. Puis ils dirent : "Allons, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet atteigne les cieux. Ainsi nous nous ferons un nom, de peur d'être dispersés sur toute la face de la terre." Mais le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes."

"Voici, dit-il, qu'ils ne forment qu'un seul peuple et ne parlent qu'une seule langue. S'ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais d'exécuter toutes leurs entreprises. Allons, descendons pour mettre la confusion dans leur langage, en sorte qu'ils ne se comprennent plus les uns les autres." ce fut de là que le Seigneur les dispersa sur la face de toute la terre, et ils arrêtèrent la construction de la ville. C'est pourquoi elle reçut le nom de Babel, car c'est là que le seigneur mit la confusion dans le langage de tous les habitants de la terre, et c'est de là qu'il les dispersa sur la face de toute la terre."

On hésite à prendre à la lettre un pareil texte ; rien de tel pour créer et envenimer la violence que l'incompréhension des hommes entre eux !
"... Ils ne se comprenaient plus les uns les autres". Confusion ( Babel, en hébreu, signifie confusion. C'est aussi le nom hébreu de la ville de Babylone), incompréhension, dispersion = séparativité totale entre les membres de la famille humaine !

Comment incarner sur terre la Fraternité universelle après cela, entre des hommes qui "ne se comprennent pas" ?

Le remède serait la divinisation miraculeuse de l'être humain, sa réintégration définitive au Paradis - ou dans une Jérusalem céleste. mais un tel miracle (éventuellement possible avec un Dieu personnel tout-puissant) est hors de question avec la Théosophie.

Comme on l'a vu précédemment, la cause de la violence est précisément dans la séparativité, le développement anormal d'un Moi séparé, enfermé dans une personnalité coupée d'un rapport direct avec son Soi-Ego divin intérieur, et à travers lui, de l'instinct spirituel qui inspirerait à cette personnalité le sens de son unité et de sa solidarité avec les autres êtres.

Avec ce qui précède, on en sait assez sur la façon dont est entretenue la rotation du cercle vicieux de la violence, pour envisager les moyens de l'arrêter.

[N.B. - Faudrait-il encore évoquer l'action opposée des "forces lumineuses", œuvrant pour aider à l'émancipation de l'humanité, et les "forces des ténèbres", pour qui la confusion et la violence généralisées créent des conditions favorables pour leur prolifération et leur domination sur le monde des hommes incarnés ? Toutes ces forces sont très réelles - celles qui tendent à recréer la Légion de Magiciens noirs de jadis, en mobilisant à leur profit les énergies destructrices de la Nature.

Cependant, s'il  n'y avait pas dans l'être humain ce qui peut être sensible à l'action de ces forces opposées (du fait de l'existence dans l'homme d'un pôle divin et d'un pôle matériel, animal), ces forces seraient bien moins efficaces dans le domaine de la violence, que ce soit pour aider à la contrôler ou pour étendre son empire.]

Brièvement : la rotation d'une roue en mouvement finira par s'arrêter (par les frottements de l'axe, ou de la roue dans l'air), en particulier :

  • - si on ne contribue pas à entretenir le mouvement par des impulsions à chaque rotation,
    et elle s'arrêtera encore plus vite par l'effet d'actions contraires, qui servent à diminuer la force vive du rotor
  • - ce qu'on appelle le freinage.

Pour la roue de la violence, le cas est identique. Il s'agit, pour l'arrêter,

  • - de ne pas entretenir le mouvement en répondant à la violence par la violence.
  • - de tenter de freiner le mouvement par des "réponses" à effets contraires.

On ne saurait "échapper à la violence" (comme si on fuyait devant une calamité) mais on peut tout faire pour

  • - l'affronter (c'est notre karma individuel et collectif)
  • - ne pas l'entretenir,
  • - la freiner par des forces opposées.

Même si la Théosophie n'est pas très optimiste (l'âge dans lequel nous sommes cycliquement engagés dans l'histoire de l'humanité est le kali yuga ("noir d'horreur", comme le dit le Glossaire Théosophique), les hommes doivent se ressaisir, et comprendre ce que signifie karma pour la destinée de l'humanité - qui est entre leurs mains.

Affronter la violence : karma, ce n'est pas le hasard, ni la fatalité, ce qui arrive est symptomatique d'une maladie qui plonge ses racines loin dans le passé. Elle doit réveiller en  chacun les ressources qui permettraient de l'affronter, de la voir à l'œuvre, et de se mettre en marche d'urgence pour l'inhiber.

Ne pas l'entretenir : refuser la légitimité de la violence en retour, la punition, la vengeance -= la justice primitive).

La freiner par une démarche opposée : ce qui a été engendré par des causes karmiques de violence peut être remplacé par l'effet de causes karmiques positives de paix et d'harmonie entre les hommes.

Il s'agit, en somme, de laisser mourir la violence, et de faire naître à sa place la vraie fraternité : c'est la partie éminemment positive de la démarche. (C'est un peu le sens des paroles de Jésus (Matthieu: 5,38-48) :

"On vous a enseigné : 'œil pour œil, dent pour dent' ('fracture pour fracture')  [ Loi du talion : Lévitique, 24, 20; Exode, 21, 23-25]
moi, je vous dis : "Ne résistez pas au méchant".

"On vous a appris : 'Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi'
moi, je vous dis : 'Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent'.

Et, finalement, pour couper court à toute violence :
"Aimez-vous les uns les autres"...

Comme on le voit, tout y est au sujet de la violence :

  • - l'affronter
  • - ne pas l'entretenir,
  • - la freiner par une démarche en sens contraire,
  • - contribuer à fonder une vraie fraternité des hommes, qui bannisse à jamais toute forme de violence

Au fond, il faut bien le noter : les hommes n'aiment pas la violence (sauf cas rares, ou pathologiques) : ils préféreraient vivre en paix, heureux et tranquilles, avec ceux qu'ils aiment. Mais il y a

  • - la concurrence avec les autres, en bien des domaines,
  • - la "lutte pour la vie", dans notre société difficile,
  • - la loi du plus fort, du dominant sur le dominé, etc.

Arrêter la roue de la violence, et la faire tourner en sens inverse, pour créer un "cercle vertueux" de la paix, de la compréhension mutuelle, et de la fraternité' universelle, pourrait paraître au delà de tous les moyens : une idée utopique !

Cependant, il y a des chances de réussite, au moins partielle :

  • - Les hommes (sauf les monstres extrêmes) ne sont pas foncièrement méchants, même si les tendances karmiques à la violence sont présentes en eux : il y a aussi les tendances karmiques au service des autres, au sacrifice pour un idéal élevé, une ouverture à une forme ou l'autre d'art, ou de poésie; il y a les idées innées qui restent imprimées au fin fond de l'âme. Etc...
  • - L'homme n'est pas entièrement déshumanisé - loin de là (on est frappé par les réponses généreuses, faites, un peu partout, aux appels d'aide lancés à l'occasion de sinistres, guerres, etc... afin de secourir les victimes innocentes de ces violences de toutes origines).
  • - L'énergie déployée pour créer de la violence pourrait servir aussi bien pour créer de la paix et du bonheur. Ces forces de la Nature, comme la Volonté, sont neutres : c'est le mental et le cœur de l'individu qui les emploient qui leur donnent une direction bénéfique ou malfaisante.

Il reste à apprendre aux hommes qu'arrêter le cercle vicieux de la violence est possible, et qu'ils ont tout en eux pour y parvenir.

Également, qu'ils ne sont pas seuls dans cette tâche : la Fraternité Universelle a déjà ses forts pionniers, en la personne des grands Maîtres de compassion, de la stature des Bouddhas et des Jésus. Ils sont l'exemple vivant de la possibilité d'éteindre toute violence en soi-même, et d'étendre le pouvoir d'amour à tous les êtres.

III - Quels vrais remèdes à la violence ?

1 - L'apprentissage de non-violence et de la compassion au quotidien (↑ sommaire)

Si la Fraternité Universelle est un fait essentiel qui comprend dans sa sphère tous les êtres de notre monde manifesté - selon la Théosophie - non-violence et compassion, qui portent à échanger librement et généreusement avec toutes les créatures (même des "adversaires" apparents), en respectant leur dignité et leur intégrité, sont dans la droite ligne de l'enseignement théosophique.

L'apprentissage dont il va être question implique donc d'essayer de faire, dans toute son existence, de la Théosophie "un pouvoir vivant".
En résumé, il faudrait garder toujours en vue l'optique universelle de la Théosophie, et s'efforcer d'appliquer ses enseignements, avec intelligence et générosité dans toutes les circonstances.

Notons bien qu'il s'agit d'un apprentissage - les Théosophes ne prétendent pas pouvoir proposer des solutions toutes faites à tous les problèmes de la violence - même théoriquement, compte tenu du caractère souvent très complexe des situations (karmiques) où apparaît la violence, et où il faut lui faire face.

Puisque le défi de la violence est lancé à chaque humain, avec son idiosyncrasie physique, psychique, spirituelle, etc., c'est chacun qui doit trouver le remède qui s'impose à lui, dans l'instant où le défi lui est lancé, en mobilisant les moyens (karmiques) dont il dispose, et en les mettant en œuvre de son mieux. Personne ne peut décider à sa place : c'est la notion hindoue du svadharma : la "ligne propre d'action" d'un individu, dans le contexte karmique où il se voit contraint d'agir.

On ne singe pas la non-violence et la compassion, on essaie de les incarner en soi, authentiquement.

Mais on doit reconnaître que la "ligne d'action propre", que l'on croit la meilleure à un moment donné, peut changer profondément quand on arrive à voir plus clair, à avoir le cœur plus libre.

Dans cet apprentissage, on pourrait évoquer le "triple yoga", ou la triple discipline intérieure, portant sur les trois aspects de notre être - globalement : "tête", "cœur", et "mains".

En allant à la racine de la violence, on a évoqué plus haut "la tyrannie du Moi séparé" qui aveugle l'homme sur sa nature réelle, la mission qui lui revient et les devoirs qui en découlent pour lui, pour contribuer au programme général de progrès et d'émancipation de tous les êtres.
Cet aveuglement (ou cette "ignorance" ou "illusion" que l'Inde nous rappelle souvent avec les termes avidya, ou mâyâ) fait que nous nous enchaînons par karma, et que la Cause supérieure de l'humanité n'avance guère.

Aussi, l'apprentissage qui nous revient (avec le "triple yoga") doit servir à :

  • - libérer en nous le mental, pour remplacer l' "ignorance" par une véritable connaissance.
  • - libérer en nous le cœur, pour l'affranchir de son égoïsme, de ses peurs, désirs incontrôlés et fausses espérances.
  • - libérer en nous le pouvoir d'agir et de communiquer, avec les mains, la parole, le regard et tous les moyens disponibles.

On pourrait longuement développer ces aspects essentiels, avec la Théosophie. Il est bien clair qu'il ne s'agit pas d'une sorte d'amateurisme, avec la pensée : "On va essayer d'être plus gentil, plus tolérant, plus patient, plus vertueux, pour finalement se mettre moins en colère". En réalité, l'apprenti est contraint de s'engager s'il veut arriver à quelque chose. Contraint aussi de trouver une forte motivation, pour ne pas se décourager, et poursuivre coûte que coûte.

Par exemple, pourquoi ne pas s'inspirer des termes du Manifeste 2000 proposé par l'UNESCO "pour une culture de la Paix et de la Non-violence" ? :

"Je prends l'engagement dans ma vie quotidienne, ma famille, mon travail, mon pays et ma région, de :

  1. Respecter toutes les vies - Respecter la vie et la dignité de chaque être humain, sans discrimination ni préjugé.
  2. Rejeter la violence - Pratiquer la non-violence active, en rejetant la violence sous toutes ses formes : physique, sexuelle, psychologique, économique et sociale, en particulier envers les plus démunis et les plus vulnérables tels les enfants et les adolescents.
  3. Libérer ma générosité - Partager mon temps et mes ressources matérielles en cultivant la générosité, afin de mettre fin à l'exclusion, à l'injustice et à l'oppression politique et économique.
  4. Écouter pour se comprendre - Défendre la liberté d'expression et la diversité culturelle en privilégiant toujours le dialogue sans céder au fanatisme, à la médisance et au rejet d'autrui.
  5. Préserver la planète - Promouvoir une consommation responsable et un mode de développement qui tiennent compte de l'importance de toutes les formes de vie et préservent l'équilibre des ressources naturelles de la planète.
  6. Réinventer la solidarité - Contribuer au développement de ma communauté, avec la pleine participation des femmes et dans le respect des principes démocratiques, afin de créer, ensemble, de nouvelles formes de solidarité.

La motivation est claire pour tout être humain conscient de l'immense menace que fait peser la violence sur la planète ; elle est encore plus claire, et forte, à la lumière de la Théosophie. En réalité, il n'y a pas d'autre choix ; ce n'est pas seulement la violence (née de la séparativité) qu'il faut s'efforcer d'éradiquer, c'est, positivement, la compassion, le service éclairé et généreux des autres, qu'il s'agit de pratiquer dans le quotidien.

La Voix du Silence rappelle ici (Traité II, p.50) /

"Vivre au bénéfice du genre humain est le premier pas"

et la Déclaration de la Loge Unie des Théosophes propose cette formule :
"Elle [la Loge Unie des Théosophes] considère comme Théosophes tous ceux qui se consacrent au véritable service de l'humanité, sans condition de race, de sexe, de conditions ou d'affiliation à une organisation, et elle accueille dans son Association tous ceux qui sont d'accord avec ses buts déclarés et qui désirent, par l'étude et par tout autre moyen, devenir plus aptes à aider et instruire les autres".

Pas d'autre choix, car l'homme ne pourra jamais vraiment mener à bien son pèlerinage terrestre, pour finalement incarner le divin, à moins de reconnaître ses origines spirituelles (voir âge d'or) et de faire alliance totale avec son Père spirituel, qui est la lumière de son pôle divin - ce qui suppose l'extinction de tout sens de séparativité, et, positivement, l'ouverture au pouvoir d'amour, de Volonté spirituelle et même d'omniscience, rayonnant par le grand foyer spirituel intérieur.

Cela dit [et il faudra veiller à ce que cette généreuse motivation ne s'étiole pas avec le temps], où sont les premières urgences ?
On peut parier que toutes les personnes qui s'interrogent sur ces sujets ont certainement "bon cœur" (et ne voudraient sûrement pas "faire violence", de sang froid) mais qu'elles aimeraient conjurer la peur, ou l'inquiétude que leur inspire l'explosion de la violence.

 

Pourquoi ne pas commencer par reconnaître que la violence est en nous, sous une forme ou une autre, et qu'elle est produite et nourrie par toutes sortes de préjugés, d'idées fausses, ou par la tyrannie de notre "Moi séparé" ?

Ainsi, faire en nous-mêmes l'"état des lieux", et débusquer partout la trace de la violence, ou de ses germes prêts à se développer, cela devrait aider déjà à libérer un peu le mental et le cœur, de leurs "œillères" (Voir Les Lettres qui m'ont aidé riches en conseils utiles)
La "séparativité" génératrice de la confusion ("Babel") et de l'incompréhension des autres, prend des formes parfois primaires, parfois insidieuses, comme la discrimination entre les êtres :

  • - l'humanité est divisée en deux : il y a les bons, gentils et les méchants, violents,
  • - je suis dans le camp des bons (et mes amis aussi - et encore, pas toujours ! ),
  • - les gens d'autres pays, d'autres couleurs de peau, d'autres langues, etc. sont suspects, éventuellement mauvais, en tout cas : inférieurs,
  • - quand je parle et donne mon avis, j'ai forcément raison
  • - quand je vois la violence chez les autres, ils ont entièrement tort.

On pourrait allonger la liste, avec des affirmations comme :

  • - mon pays est le plus civilisé de la terre, donc il est normal qu'il ait la préséance sur les autres,
  • - les subalternes dans une société n'ont qu'à obéir, etc., etc., etc.

On voit sans peine tout ce que cette discrimination peut receler de violence potentielle - et de  justification fournie à la violence, par exemple dans la justice punitive : "œil pour œil, dent pour dent". "Il est normal qu'on coupe la tête à un meurtrier de son semblable". La cause de l'abolition de la peine de mort a dû attendre longtemps avant de triompher en France (en 1981). Elle attend encore son heure aux États-Unis.

Il faut en finir avec ces erreurs, et ces mensonges qu'on tolère.

Quand on a prononcé le mot "ennemi" face à un camp adverse, tout devient possible - un paisible citoyen peut devenir un tueur, en donnant libre cours à ses pulsions de violence, et la propagande peut faire appel aux plus nobles idéaux, voir à Dieu, pour soutenir et exciter les valeureux défenseurs de "la bonne cause".

Et pourtant, un peu de réflexion montre que l'autre camp aussi était fait d'hommes et de femmes qui aspiraient à un bonheur légitime, qui souffraient et avaient droit au respect de leur humanité, de leur intégrité, comme ceux du camp des "bons".

Il faudrait "faire le ménage", et traquer toutes ces formes de séparativité en soi-même. Plus attentivement, observer, pendant une journée, le comportement de notre "Moi séparé" - notre personnage au quotidien, pour voir comment la violence surgit, comme "spontanément" par les réactions de ce qu'on pourrait appeler notre "pilote automatique" que nous laissons gérer nos affaires quand elles nous paraissent sans conséquence, ou, au contraire, qui prend la direction des opérations dans des situations de conflit difficile, où la peur, l'angoisse ou la passion se saisissent de nous et nous dominent.

On constaterait ainsi comment surviennent les réactions d'énervement (voire de colère) face aux contrariétés, à la gêne causée par les autres, ou à la réception de nouvelles alarmantes : sans parler des refus de se remettre en question, de laisser la priorité à un autre automobiliste, ou encore des comportements autoritaires, dominateurs vis-à-vis de gens jugés "inférieurs".

Il faudrait aussi surprendre la violence verbale, ou même la tendance à monopoliser les conversations, à parler de soi, sans écouter ce qu'ont à dire les interlocuteurs. Ajouter, s'il le faut, le mépris de la tranquillité des autres en faisant hurler ces hauts-parleurs, ou simplement en criant dans son téléphone portable, comme si on était seul dans le wagon du métro...

On dira peut-être : tout ça n'est pas bien grave, en comparaison avec les nouvelles quotidiennes du Journal Télévisé de 13 heures, avec son lot de crimes, de voitures incendiées, voire de grèves qui paralysent la vie d'une capitale.

Sans doute, mais la violence se nourrit de toutes les violences, petites et grandes. Cette surveillance vigilante de toutes ces manifestations de violence en nous-même est le remède nécessaire pour nous libérer d'obstacles inutiles (en moyenne, pas trop difficiles à surmonter) et nous préparer à des épreuves plus exigeantes - qui viendront sûrement un jour. La non-violence est beaucoup plus que le réfrènement des comportements violents (qui est bien fûr, indispensable au départ). C'est la recherche, face à la violence, des seuls attitudes constructives permettant non seulement de résoudre le conflit sans violence (= sans relancer la roue de la violence) mais de progresser dans les rapports humains et spirituels avec celui qui était "l'agresseur". Cela, dans l'idéal des choses.

On peut songer, bien entendu, à l'œuvre de Gandhi, qui a réussi à affranchir la nation indienne du joug britannique, sans faire appel aux armes, sans mépriser, ni humilier les Anglais.

On peut comprendre ici combien il est nécessaire de libérer le mental des idées fausses, mais aussi le cœur de la peur et des émotions négatives.
Ces émotions, mauvaises conseillères, portent à utiliser la force dans des actions violentes. Il faudrait s'en défaire, pour pratiquer non-violence et compassion d'une manière authentique.

Dans la Bhagavad-Gîtâ, Krishna évoque cette force souveraine, à l'état libre (VII,11) :

"Je suis la force des forts, affranchie du désir et de la passion". Ce qui invite à explorer le cœur, avec les émotions furtives ou profondes, qui le pénètrent, pour essayer d'y porter remède.

Encore une fois, dans la majorité des cas, il s'agit de mouvements intérieurs, qui ont le "Moi séparé" pour épicentre.

  • - il y a la colère, la haine , ressentie par le Moi contre un ennemi que le Moi juge comme menaçant ou indésirable,
  • - il y a le désir du Moi, de s'approprier un objet distant (voire de le voler) - de jouir de l'objet une fois saisi, et de le conserver,
  • - il y a la peur éprouvée par le Moi de subir une agression; l'angoisse de perdre un objet ou un être cher; l'angoisse de mourir,
  • - il y a la dépression face à l'échec, face à une décision déchirante à prendre (cf. la Bhagavad-Gîtâ), face à une perte douloureuse, etc., etc.

Toutes ces émotions, puissantes quand elles se déchaînent, sont difficiles à contrôler. Elles peuvent conduire à la rage destructrice, ou au suicide. Il faut donc avoir le courage de les inventorier, et d'évaluer leur "raison d'être", et leur "droit de séjour" en nous-mêmes.

Le recul donné par l'optique de la Théosophie devrait permettre de relativiser, voire d'annuler les causes qui déclenchent ces émotions.

  • - Telle contrariété mérite-t-elle la colère qui nous met "hors de nous" (et que nous n'allons pas tarder à nous rappeler avec un certain malaise, ou une honte certaine) ?
  • - Tel événement désagréable ("karmique" à coup sûr) doit-il être vu comme une catastrophe, ou comme un défi de notre vie, qui demanderait à être relevé, avec patience ?
  • - Tel objet perdu ou volé, a-t-il tant de prix que la vie ne mérite plus d'être vécue ?
  • - Et même la mort, dont on a tellement peur quand on ignore son contenu doit-elle nous faire perdre tous nos moyens quand elle s'annonce certaine?

Il faut donc savoir que toutes ces émotions du Moi, génératrices de cette violence qu'on utilise sous leur empire, ou pour leur échapper (comme dans le suicide), existent, et chercher les remèdes, les antidotes, à mettre en œuvre pour les prévenir, ou les dégonfler, quand elles prennent trop d'ampleur.

À coup sûr, les enseignements de la philosophie de la Théosophie devraient être ici un grand secours pour désamorcer les situations de stress, ou trouver les éléments de connaissance permettant de voir les choses sous un jour plus vrai, plus universel.

Sortir de la prison du "Moi séparé", et de sa problématique, devrait aider beaucoup à gérer les crises qui affectent ce Moi.

Mais on a aussi le recours d'opposer aux émotions négatives des émotions positives suscitées par des réalités qui sont en dehors de ce Moi.
Celui qui affronte la mort pour défendre un idéal s'appuie sur la force dominante de cet idéal - sans philosopher nécessairement sur la réincarnation.

De même, pour le martyr qui subit la torture, soutenu par l'amour de son Dieu, et le désir ardent de l'atteindre à travers la souffrance.
L'idéal de la Fraternité Universelle, de la compassion, possède une grande force de conviction dans l'optique de la Théosophie, et devrait être évoqué le plus souvent possible.

Ainsi, comme on l'a vu, l'apprentissage, au quotidien, dont il est question a quelque chose d'ordonné, de systématique. On prend l'habitude
de la vigilance en toute occasion,
du contrôle de soi et de l'examen de conscience,
d'organisation de l'existence pour répondre au mieux à l'idéal poursuivi.
Cependant, "faire le ménage en soi" ce n'est pas suffisant : on n'attendra pas que tout soit bien nettoyé pour entrer dans le monde  s'engager dans l'action en tentant de libérer aussi en nous le pouvoir d'agir et de communiquer avec les autres, par tous les moyens disponibles.

On est bien obligé de laisser la place à la spontanéité au fil du quotidien, parallèlement au programme d'activités que l'on s'était prévu, conformément à l'idéal qu'on essaie de vivre.

 

S'engager de façon concertée dans un apprentissage à fin spirituelle c'est comme lancer un défi à karma. Comme par hasard, des occasions inattendues vont survenir que l' "apprenti" attentif déchiffrera, dans les opportunités qu'elles offrent (s'il sait les reconnaître) comme des possibilités d'appliquer en pratique l'idéal poursuivi, et aussi de revoir ses points de vue et ses habitudes.

Il faudrait apprendre à recevoir les événements qui surviennent dans la vie comme autant de "défis courtois" de karma, pour s'ouvrir aux intentions de la Volonté générale de la Nature afin, non de lutter contre elle, mais d'entendre son message et de collaborer avec elle. Il y a toujours une leçon à déchiffrer dans ces événements, et la spontanéité donne, à celui qui se voue à un idéal, la chance d'innover dans sa vie, en suivant l'intuition qui peut surgir en lui à ce moment et l'aider à découvrir un "passage secret", là où son mental discipliné n'avait encore rien trouvé.

Être toujours prêt à répondre à karma, c'est cela aussi.

Bien sûr, dans l'engagement dans l'action, au quotidien, l'apprenti doit prendre garde d'éviter les conduites violentes, ou qui sont ressenties comme violentes par autrui (attitudes menaçantes du corps, des mains, dureté, critique ou refus dans le regard, dans la parole, etc.) La vulgarité, la grossièreté dans le comportement, ou le langage, sont aussi des formes de violence. Mais il faut aller plus loin : la bienveillance intérieure qu'il faudrait ressentir pour tout être devrait rayonner naturellement sur le visage dans la conduite et la parole.

Dans ce sens, la Bhagavad-Gîtâ a plus d'un enseignement essentiel à proposer. Au chapitre XVII, elle évoque la triple discipline du corps, du langage et du mental. Cette discipline (tapas, en sanskrit) est exprimée dans le passage qui suit par le mot "mortifications" qui ne convient sans doute pas - (le corps, par exemple, n'est pas "mortifié", quand on l'astreint à remplir son rôle au service de l'âme intérieure, même si les instincts physiques sont tenus sous contrôle) - mais qui traduit le caractère strict et inflexible du contrôle exercé - (mortification équivaudrait ici à violence).

Chapitre XVII, versets 14-17 :

"La vénération pour les dieux, les Brâhmanes, les instructeurs et les sages, la pureté, la droiture, la chasteté et la non-violence, sont ce qu'on appelle la mortification du corps. Un langage bienveillant ne causant pas d'anxiété, franc et amical, et l'assiduité dans la lecture des Écritures sont considérés comme des austérités du langage. La sérénité d'esprit, la douceur de caractère, le silence, la maîtrise de soi, la droiture absolue dans la conduite sont ce qu'on appelle la mortification du mental. Cette triple mortification, ou austérité, est de la qualité de sattva si elle est pratiquée avec une foi suprême par ceux qui n'aspirent à aucune récompense.

(On a noté la non-violence, au v.14, mais aussi la disposition bienveillante franche et amicale, la douceur de caractère, etc. dans les versets suivants. Essentielle aussi dans cette discipline, qui soumet le Moi séparé à l'ouverture qu'il devrait avoir vers les autres : la non-revendication des bénéfices pouvant découler de cette discipline, v.17).

Il ne faut pas se lasser de se répéter maintenant : toute cette discipline, tout ce contrôle vigilant (qui fait disparaître la violence de notre être, ou, du moins, qui peut réduire considérablement ses manifestations), tout cela n'est encore qu'un volet de l'apprentissage envisagé. Il y a tout l'autre volet : positif, à mettre en œuvre.

Ainsi, pour clarifier un peu les choses :

C'est bel et bon d'avoir "un langage bienveillant ne causant pas d'anxiété" (v.15, ci-dessus), il faut savoir s'arrêter de parler, pour écouter, avec beaucoup d'attention, ce que les autres ont à dire - que, dans plus d'un cas difficile, ils n'arrivent pas à dire, s'ils sont pris dans une situation de conflit, ou de misère physique ou psychologique. Faire le "silence" (v.16 ci-dessus), pour établir une sorte de communion de pensée, et de cœur, avec le dit et le non-dit, de ceux qui parlent. Non pas tant pour les accompagner dans leur conflit, ou partager leur souffrance, ou leur rancœur, que pour tenter de trouver où sont leurs obstacles, et où seraient les remèdes - profiter de la "sérénité d'esprit" (v.16, ci-dessus) pour servir, en quelque sorte, de médiateur (bienveillant, mais juste) entre ceux qui souffrent et ce qui les menace (que ce soient des êtres, ou des événements karmiques).

C'est bel et bon d'avoir de "l'assiduité dans la lecture des Écritures" (v.15, ci-dessus), il faut aussi en tirer les leçons pratiques pour éclairer sa propre vie, et trouver les lumières spirituelles capables de servir de guide pour des pèlerins égarés, si l'on a à cœur d' "aider et instruire les autres" comme nous y encourage la Voix du Silence, II,p.53) :

Montre la "Voie"- même sans éclat, et perdu parmi la foule - comme fait l'étoile du soir à ceux qui suivent leur sentier dans les ténèbres.

C'est bel et bon d'avoir de "la vénération pour les instructeurs" (v.14), pour les grands Maîtres de Sagesse et leur Théosophie, si on n'a pas les mots pour parler d'eux quand l'occasion s'en présente, pour évoquer les idées fortes dont tous auraient besoin - autrement qu'avec des formules compliquées qui n'éveillent que de vagues échos chez ceux qui écoutent.
Positivement, on dira, avec la Théosophie :

Quand un être humain est parvenu, un tant soit peu, à libérer en lui le mental, le cœur, les moyens d'échange avec le monde, de leur pouvoir de blesser,
il se qualifie du même coup pour bénéficier dans sa démarche de l'aide du pôle spirituel de son âme, et de toute la Nature - qui n'attendaient que cela, pour seconder l'apprenti, soucieux d' "aider et instruire les autres". Et cela, d'une façon d'autant plus efficace et directe que cet apprenti s'efforce de tourner tout son être vers ce pôle de lumière, d'une façon consciente et volontaire.

"L'assiduité dans la lecture des Écritures" (v.15, ci-dessus) sert aussi à cela :
Élever avec force la conscience de l'être, pour la centrer dans le foyer intérieur du Divin, créer un lieu d'alliance durable avec le monde des Maîtres spirituels de l'humanité, avec le Maître intérieur - le Père solaire qui accompagne l'homme incarné, et fait rayonner en lui les pouvoirs d'Amour et la Toute-Sagesse.

On peut facilement comprendre ici l'importance de la méditation, surtout celle qui vise à "élever le soi (personnel) par le Soi (divin)" (Bhagavad-Gîtâ, VI, 5), et renforcer l'alliance entre les deux, car "le Soi est l'ami du soi" (ibidem)

On serait aussi tenté de paraphraser la Lumière sur le Sentier (p.9) :
Avant que la voix puisse parler en la présence des Maîtres,
elle doit avoir perdu le pouvoir de blesser,
en suggérant :

" Quand la voix, et tous les moyens d'expression d'un homme, ont perdu le pouvoir de blesser, alors   la voix des Maîtres,  la voix du Maître intérieur, peut se faire entendre. "

N'est-il pas dit aussi (p.76) : " La voix des Maîtres résonne toujours dans le monde ; mais seulement l'entendent ceux dont l'oreille ne vibre plus aux sons qui affectent la vie personnelle "  [=La vie su "Moi séparé"]

L'apprentissage dont nous parlons doit amener le volontaire qui s'engage dans cette voie à découvrir qu'il n'est jamais seul, isolé, coupé du reste du monde. Si c'est vrai " horizontalement ", en raison de la solidarité et de l'interdépendance avec toutes les créatures, c'est encore plus vrai - si c'est possible - avec la Présence divine qui nous habite, et qui est l'essence de nous-mêmes. [Les " rescapés de la mort ", qui ont fait l'expérience de mort approchée la plus profonde, ne trouvent pas de mots, dans notre pauvre vocabulaire, pur traduire l'état de conscience transcendant qu'ils ont connu, de fusion totale dans une lumière d'amour, de communion absolue avec tous les êtres - tout l'univers, avec même la sensation de posséder la connaissance intégrale de l'histoire du monde - en un mot l'omniscience. Comment ne pas songer ici à la Présence divine en nous-mêmes, l'essence de notre être, qui est Amour et Connaissance ? ]
Avec cette alliance, qui doit se sceller un jour, avec le Soi divin (le pôle spirituel éternel en lui-même) l'apprenti devient, progressivement, un " Compagnon de ce Divin sur la terre, s'il persévère avec sa foi, son intelligence et son amour. La Bhagavad-Gîtâ l'appelle oun " bhakta " , un " fidèle qui partage avec amour tout ce qu'il a, avec la Nature entière ".

Krishna, le Maître-Instructeur, évoque ce " compagnon-serviteur " dans les termes suivants (chap.XII, 13-15) 

"Est cher à mon cœur celui de mes fidèles qui est sans inimitié, bienveillant envers toutes les créatures, miséricordieux, entièrement exempt d'orgueil et d'égoïsme, le même dans la souffrance et dans la joie, patient dans l'injustice, satisfait, d'un zèle constant, maître de soi, ferme dans ses résolutions et dont le cœur et la pensée sont fixés exclusivement sur moi. Est aussi mon bien-aimé celui qui n'inspire pas de crainte aux hommes et ne craint pas les hommes ; qui est affranchi de la joie, de l'abattement et de la crainte du mal.

Bien entendu, ces versets (qui se poursuivent dans la même veine jusqu'à la fin du chapitre, v.20) dépeignent un serviteur accompli de la Loi divine, mais ils inspirent fortement par l'exemple ainsi proposé, même si le degré évoqué de perfection paraît hors de portée aujourd'hui.

N.B.- Tout ce passage de la Gîtâ est très riche d'enseignements. Celui qui est décrit comme " sans inimitié " c'est l'homme qui n'a " ni répulsion ni haine pour personne ". Le texte sanskrit est aussi très significatif dans ce qui suit. Ainsi, les mots " bienveillant " et " miséricordieux " (maitra et karuna) sont les qualificatifs qui renvoient à un couple de termes très importants pour notre sujet :

  • Maitrî : amitié bienveillante, fraternelle
  • Karunâ : compassion active
  • sarvabhûtânâm : pour tous les êtres

On retrouve ce couple tel quel dans les Aphorismes du Yoga de Patañjali (I,33) ; il a bien entendu sa place dans la doctrine bouddhique où il renvoie à deux vertus essentielles (qui sont à la base de l'attitude spirituelle d'un bodhisattva) et qui caractérise un Bouddha chez qui elles s'étendent vraiment à tous, sans aucune distinction. On se rappelle ici que le nom du prochain Bouddha attendu est Maitreya = " amical et bienveillant " = " incarnant l'Amour qui embrasse tout ".

Le verset 13 est encore révélateur : l'expression " exempt d'orgueil et d'égoïsme " traduit les mots :

nirmamo = qui n'a plus aucun sens du " mien " (la propriété du " Moi ")
nirakamkâra = qui n'a plus aucun sens du " Moi " (séparé).

C'est là, évidemment, la condition pour que ce fidèle soit " cher " au Maître divin (puisqu'il n'y a plus de " Moi séparé " pour créer une distance ou un obstacle).

Cette vue à vol d'oiseau du chemin à parcourir par l'apprenti pourrait décourager dès l'abord. La Théosophie ne laisse pas entendre que l'entreprise soit facile mais, une fois de plus, quand on y réfléchit, " il n'y a pas d'autre choix ". Et si la loi de karma existe, on tient, avec elle, une promesse de réussite, en tout cas la certitude de progresser, de vie en vie, puisque tous les acquis se conservent, et servent de tremplin pour aller plus loin.

Ainsi donc, autant commencer tout de suite. Et la Bhagavad-Gîtâ donne cette assurance (VI,43-44) : dans la voie de ce yoga, nul effort n'est jamais perdu, car, lors de la prochaine naissance, l'homme est sûr de retrouver la " connexion de conscience " établie dans l'incarnation précédente et dès lors, sur cette base, il s'efforce plus assidûment, entraîné par l'impulsion de son ancienne pratique, irrésistiblement : l'élan vient alors de l'intérieur, comme par la force de l'instinct.

Chacun est libre, bien sûr, d'accepter ou non la nécessité de cet apprentissage, et de se contenter d'essayer, au fil des jours, de prendre ses distances par rapport à la violence qui surgit trop facilement dans nos rapports quotidiens.

Il y a au moins un domaine où la vigilance et la bonne volonté peuvent déjà faire merveille : celui des petits différends qui opposent souvent les gens de notre connaissance. Au lieu de prendre parti pour un camp et de condamner l'autre, sans bien savoir de quoi il retourne effectivement ; au lieu de " mettre de l'huile sur le feu " pour exciter la violence des gens, il y a un rôle bien plus serein et efficace qui pourrait nous revenir : celui de médiateurs, capables de maintenir le contact entre les adversaires, d'écouter les uns et les autres pour connaître leurs griefs, pour tenter d'assurer une intercommunication intelligente - sans passions inutiles - et trouver un terrain d'entente pour une reprise possible du dialogue rompu.

Les critiques de la non-violence, persuadés du caractère inévitable du recours à la violence, pour décourager ou détruire la violence, ont beau jeu de lancer aux apôtres de la non-violence des défis du genre :

" Vous qui pratiquez la non-violence, que feriez-vous si quelqu'un entrait chez vous et essayait de kidnapper votre fille, ou de tuer votre mari ? Continueriez-vous à faire preuve de non-violence ? "

À cette question, un moine bouddhiste zen (prix Nobel de la Paix connu en Franche) Thich Nhat Hanh, a suggéré :

" La réponse dépend de votre état d'esprit. Si vous y êtes préparé, vous pourrez réagir calmement et intelligemment, de la façon la moins violente possible; Mais pour être prêt à réagir avec intelligence et non-violence, vous devez vous entraîner. Cela peut prendre dix ans ou plus. Si vous attendez le moment de crise pour poser la question, ce sera trop tard. La réponse du genre " ceci ou cela " serait superficielle. À ce moment crucial, même si vous savez que la non-violence est plus appropriée que la violence, si votre compréhension n'est qu'intellectuelle et non dans tout votre être, vous n'agirez pas d'une façon non-violente. La peur et la colère qui sont en vous vous empêcheront d'agir de la manière la moins violente possible ".

Ces quelques lignes résument assez bien les idées que nous avons déjà développées ici.

La non-violence n'oblige pas à se laisser molester sans rien dire, comme le suggère cet apologie :

Personne n'osait passer dans un chemin où un serpent venimeux avait élu domicile. Un mahâtmâ ayant un jour suivi cette route, des enfants qui gardaient les troupeaux se précipitèrent pour l'avertir." Je vous remercie, mes enfants, répondit le sage, mais je n'ai pas de crainte. D'ailleurs je connais des mantras qui me protègeront contre toute attaque. " Et il continua d'avancer. Brusquement, le cobra se dressa contre lui. Mais en approchant du saint homme, il se sentit soudain pénétré de la douceur du yogin. Le sage, voyant le serpent, prononça une formule magique, et le serpent s'écroula à ses pieds. Alors le sage lui demanda :

" Mon ami, as-tu l'intention de me mordre ? "

Le serpent stupéfait ne répondit rien.
" Voyons, dit le mahâtmâ, pourquoi fais-tu ainsi du mal à d'autres créatures ? je vais te donner une formule sacrée, que tu répèteras constamment. Ainsi tu apprendras à aimer Dieu. Et en même temps tu perdras tout désir de faire le mal. "

Et il lui murmura la formule à l'oreille. Le serpent s'inclina en signe d'assentiment, puis rentra dans son trou pour y vivre d'innocence et de pureté, sans avoir jamais plus le désir de blesser un être vivant.

Au bout de quelques jours les enfants du village voisin s'aperçurent de ce changement d'attitude, et, pensant que le serpent avait perdu son venin, ils se mirent à le tourmenter, à lui jeter des pierres et à la traîner sur les cailloux. Le serpent, grièvement blessé, se laissa faire et alla se cacher dans son trou.

À quelque temps de là, le sage repassa par ce chemin et chercha le serpent, mais en vain. Les enfants lui dirent que l'animal était mort, mais il ne put pas les croire. Il savait en effet que le Nom de Dieu a une telle puissance qu'on ne saurait en aucun cas mourir avant d'avoir résolu le problème de la vie, c'est-à-dire avant d'avoir réalisé Dieu. Il continua donc d'appeler le cobra. Finalement celui-ci, qui était presque réduit à l'état de squelette, sortit de son trou et s'inclina devant son maître :

" Comment vas-tu, demanda le sage ? - Fort bien, seigneur, merci ; par la grâce de Dieu tout va bien. - Mais pourquoi es-tu dans cet état ? - Conformément à tes instructions, je cherche à ne plus faire de mal à aucune créature ; je me nourris maintenant de feuilles. C'est pourquoi j'ai un peu maigri. - Ce n'est pas le changement de régime qui a suffi à te mettre dans cet état. Il doit y avoir autre chose. Réfléchis un peu ! - Ah oui ! je me rappelle. Les petits bergers ont été un peu durs pour moi un jour. Ils m'ont pris par la queue et m'ont fait tournoyer, me frappant contre des pierres. Ces pauvres petits ne savaient pas que je ne les mordrais plus ! ".

Le sage répondit en souriant : " Pauvre ami, je t'ai recommandé de ne mordre personne, mais je ne t'ai pas défendu de siffler pour éloigner tes persécuteurs et lestenir en respect ! "

De même, vous qui vivez dans le monde, ne blessez personne, mais ne laissez non plus personne vous molester.
(Extrait de L'Enseignement de Ramakrishna (Adrien-Maisonneuve, Paris, 1942)

Toujours, dans la "même application pratique au quotidien", William Q. Judge conseille dans ses  Lettres qui m'ont aidé : "Résistez sans résister".

Pour Gandhi, il valait mieux encore la violence que la lâcheté. Mais il y a souvent des attitudes de fermeté extérieure qui peuvent décourager la violence : laisser entendre qu'on ne se laissera pas faire - sans se démonter, ni formuler des menaces. Un homme fort intérieurement, serein mais décidé, n'a pas besoin de montrer ses muscles, ni de se mettre en position d'attaque, pour tenir en respect l'agresseur potentiel, ou simplement l'inviter à respecter autrui.

L'humour - au quotidien -  peut aussi avoir son rôle pour aider à résoudre une agressivité potentielle. Bien sûr, un humour sans ironie, mais souriant, bienveillant où l'on s'inclut aussi soi-même pour détendre la situation. Montrer, si possible qu'on n'a rien pris au tragique.

Dans toute la mesure du possible : avoir le sourire - au quotidien.
Comme l'a rappelé Judge : avec des frères, les rapports devraient être un échange où l'on rivalise de sourire. Ce qui doit conduire à ne jamais traumatiser.

2 - L'urgence d'une union des forces de sauvegarde (↑ sommaire)

Comme on a pu s'en rendre compte, notre planète est malade de la violence des hommes, nourrie par leur ignorance des véritables lois de leur univers, et par l'avalanche des conséquences karmiques de leur passé.

Ce qui fait la puissance redoutable de la violence c'est la coalition des forces qu'elle mobilise dans de très nombreux domaines.
Coalition diffuse, par la réunion des multiples démarches et attitudes ponctuelles de violence, l'invisible contagion psychique (par la circulation des images et énergies dans la psychosphère de la lumière astrale), etc.

Coalition organisée, dans les camps retranchés qui cherchent à anéantir ou dominer les autres - ouvertement ou sournoisement.

Face à la maladie, un corps physique sain mobilise ses ressources pour détruire les germes pathogènes, préserver les parties saines et régénérer les parties altérées. De façon toute semblable, il faut que l'organisme collectif de notre monde, malade de la violence, mobilise ses ressources pour recouvrer la santé.

Son opposant à la quasi-omniprésence de la violence, un réseau organisé de forces de sauvegarde, il y a urgence à ce que se constitue et se renforce une coalition de la non-violence et de la fraternité entre les hommes.
Les éléments actifs d'une telle coalition existent déjà, il est vrai.
À côté des grands organismes internationaux comme l'UNESCO (dont on a évoqué précédemment le Manifeste 2000, pour une Culture de la Paix et de la Non-violence), et des appels des responsables religieux pour l'adoption d'une Éthique Planétaire (et la condamnation des guerres saintes "au nom de Dieu"), il existe nombre d'associations à but humanitaire, ou caritatif, généralement bien défini. Pour la défense active des Droits de l'Homme.
la sauvegarde des victimes des guerres, ou révolutions, des réfugiés.

Dans le domaine de l'écologie, de la protection de la Nature, des espèces animales menacées, d'autres associations luttent aussi contre la violence.
Plus localement, au niveau national, départemental, ou communal, il ne manque pas non plus d'associations humanitaires qui visent à prévenir la violence plutôt qu'à guérir la société de ses méfaits. Éducation, concertation, mise en place de "médiateurs" dans les quartiers "difficiles", réflexions entre enseignants et élèves sur le thème de "la violence à l'école", viennent à l'ordre du jour, sans parler des rencontres-échanges avec des responsables des forces de police.
Notre propos n'est pas, bien sûr, de recenser ici tous les moyens disponibles pour soutenir la "coalition de sauvegarde", mais de rappeler leur existence.

Trop de gens se lamentent en regardant tous les jours la télévision (qui se fait propagandiste de la violence en fournissant tous les détails alarmants des forfaits des criminels et des délinquants, et qui peut ainsi "donner des idées" à des violents potentiels), avec sa ration journalière de violences en tous genres, et s'estiment impuissants à rien changer.
Mais toute cette énergie, qui est maintenue en sommeil dans tant de personnes découragées, ne pourrait-elle pas être mobilisée pour contribuer à guérir ces maux qui les accablent, alors qu'elles attendent souvent des effectifs renforcés de la police, voire de l'armée, le remède souverain à ces maux ?

Comme l'a écrit Mme Blavatsky (dans un Message, de 1890).  :
"Le seul homme qui ait absolument tort dans sa méthode est celui qui ne fait rien.

Aujourd'hui, face à la planétarisation de la violence, nul ne devrait rester sans rien faire, de quelque manière que ce soit, pour contribuer à trouver de "vrais remèdes à la violence".

Même si on ne se sent pas la vocation de se soumettre à l'apprentissage, évoqué dans le chapitre précédent, il y a beaucoup de ces Associations bien connues qui pourraient bénéficier non seulement de dons d'argent mais de contributions bénévoles en temps ou en travail effectif.

Jadis, nombre de personnes bien-pensantes soulageaient leur conscience en donnant de l'argent "pour les pauvres"  elles avaient leurs "bonnes œuvres", et la vie continuait.

Ne faudrait-il pas aujourd'hui que les personnes à l'abri de la violence et de ses ravages se sentent plus concernées, et ne craignent pas de sacrifier un peu de leur temps, de leurs ressources en imagination et en générosité, pour créer un peu de ces remèdes qu'elles attendent souvent des autres.
"Malheur à l'homme seul", dit-on souvent - il n'ira pas loin, à moins d'avoir en lui une puissance exceptionnelle. Mais même Gandhi, le grand nom de l'épopée de la non-violence en Inde - qu'aurait-il pu faire seul ?
"L'union fait la force", se vérifie ici aussi.

Là où un individu isolé va échouer face à des pouvoirs (publics ou autres) qui ne l'écouteront même pas, une association solide, de personnes bien unies dans leurs intentions, et leur programme d'action représentera, collectivement, un "interlocuteur" de bien plus grande crédibilité - surtout si cette association sert un idéal humanitaire dont la respectabilité est évidente pour tous.

S'agirait-il d'ailleurs d'actions contre qui que se soit, ou quoi que ce soit ?

Sûrement plutôt d'action pour, où le pouvoir d'une association ne serait pas moins efficace, dans le but d'améliorer une situation ou de construire. "Mais", diront certains, "je ne sais pas où m'adresser pour faire quelque chose". "Cherche et tu trouveras", dit un adage. Il serait bien étonnant qu'il n'y ait pas dans le quartier, ou à la mairie du domicile des adresses d'associations qui attendent des collaborateurs. Sinon, un sondage dans les ressources de l'Internet donnera, sans aucun doute, une foule d'informations utiles.

En revenant maintenant à la perspective de la Théosophie, on redécouvre la nature de l'urgence qui appelle à la mobilisation des forces. Il suffit ici de relire les Cinq Messages de Mme Blavatsky aux Théosophes américains.
Dans son premier Message : elle a exprimé sa grande sympathie pour tous les mouvements humanitaires :

"Les théosophes sont, par nécessité, amis de tous les mouvements du monde, tant intellectuels que simplement pratiques, qui visent à l'amélioration des conditions de l'humanité. Nous sommes amis de tous ceux qui luttent contre l'ivrognerie, la cruauté envers les animaux, l'injustice envers les femmes et la corruption dans la société ou le gouvernement, bien que nous ne nous mêlions pas de politique. Nous sommes amis de ceux qui exercent la charité pratique, qui cherchent à alléger un peu le gigantesque fardeau de misère qui écrase les pauvres." (pp.19-29)

Elle a fait cependant l'importante réserve suivante :

"Mais, en notre qualité de théosophes, nous ne pouvons nous joindre en particulier à aucune de ces grandes œuvres. Comme individus, nous pouvons le faire, mais comme théosophes nous avons une tâche plus vaste, plus importante et beaucoup plus difficile à accomplir.

"La fonction des théosophes est d'ouvrir le cœur et l'entendement des hommes à la charité, à la justice et à la générosité, attributs qui appartiennent spécifiquement au règne humain et sont naturels à l'homme quand il a développé les qualités d'un être humain. La Théosophie apprend à l'homme animal à devenir un homme humain ; quand les êtres auront appris à penser et à sentir comme les véritables êtres humains devraient sentir et penser, ils agiront alors avec humanité et tous accompliront spontanément des œuvres de charité, de justice et de générosité. (pp. 20-21) Elle a précisé aussi, dans le même Message :

"L'essence de la Théosophie consiste dans l'harmonisation parfaite du divin et de l'humain dans l'homme, dans l'adaptation de ses qualités et de ses aspirations divines et dans leur triomphe sur ses passions animales ou terrestres. La bonté, l'absence de tout mauvais sentiment et de tout égoïsme, la charité, la bonne volonté envers tous les êtres et la justice parfaite envers les autres comme envers soi-même, sont ses caractéristiques capitales. Celui qui enseigne la Théosophie, prêche l'évangile de la bonne volonté ; et l'inverse est vrai aussi : qui prêche l'évangile de la bonne volonté, enseigne la Théosophie. (p.18).

Cependant, cette Théosophie ne se borne pas à répandre une éthique qui est dans le fond, fort semblable à celle du bouddhisme ou du christianisme. Elle explique, scientifiquement, pourrait-on dire, les fondements de l'éthique, et les raisons qui rendent sa pratique incontournable.
C'est pourquoi, quand l'homme ne peut plus croire une parole mais doit pouvoir comprendre avec son intelligence, comme c'est le cas à l'ère moderne, il est devenu tout à fait vital de répandre "la pure Théosophie... étant donné qu'elle seule peut fournir le flambeau nécessaire pour guider l'humanité sur son vrai sentier". (p.15).

Tout ce qui a précédé dans ce séminaire a permis d'apprécier la lumière apportée par la Théosophie dans toutes les questions abordées.
En fait, une approche sérieuse de cette philosophie permet assez vite de mesurer à quel point elle pourrait aider les hommes et les femmes de notre temps à comprendre les problèmes de leur existence et à les résoudre d'une façon plus satisfaisante qu'avec l'optique matérialiste courante.
D'où, pour Mme Blavatsky, la grande urgence de l'heure - et le vœu qu'elle adresse à ses compagnons de travail :

" Soyez Théosophes, travaillez pour la Théosophie ! ". À tous moments que la Théosophie occupe votre pensée, car seule sa réalisation pratique peut sauver le monde occidental du sentiment égoïste et anti-fraternel qui divise actuellement les races et les nations, et le libérer de cette haine de classes et de ces distinctions sociales qui sont la malédiction et le fléau des peuples soi-disant chrétiens. Seule la Théosophie peut sauver ce monde d'une chute complète dans le matérialisme de luxe où il tombera dans la décrépitude et la putréfaction comme l'ont fait toutes les civilisations. (p.54)

D'où le devoir qui revient naturellement à ceux qui ont pu recevoir de la Théosophie "un éclair de la Vraie Lumière" 

:

En vos mains, frères, est placé en confiance le bonheur du siècle futur ; et, si grande est la confiance, grande aussi est la responsabilité.
Dans le mouvement théosophique - en particulier au sein de la Loge Unie des Théosophes qui se reconnaît comme tâche la propagation des Principes Fondamentaux de la Théosophie et la mise en pratique de ces Principes - "l'union des forces de sauvegarde"  est posée au départ comme une évidente nécessité.

La réconciliation de tout le genre humain passe, avec la Théosophie, par la création du noyau d'une Fraternité Universelle de l'Humanité - sans aucune distinction.

Un noyau ne peut consister en un seul individu : il faut la réunion de plusieurs personnes pénétrées du même idéal, travaillant en commun. Mais, pour que le noyau se développe, il faut qu'il conserve son unité et son dynamisme initial. Et les éléments constituant le noyau peuvent essaimer pour étendre son activité, tout en maintenant la cohésion initiale :
(...) chacun devrait s'efforcer d'être en soi-même un centre de travail. Dès que son développement intérieur aura atteint un certain point, il attirera naturellement sous la même influence ceux qui sont en contact avec lui ; un noyau se formera, autour duquel d'autres personnes se regrouperont, créant ainsi un centre d'où rayonneront information et influence spirituelle, et vers lequel convergeront des forces supérieures. (p.14).

Rien de tel en effet, rien de plus souhaitable, dans l'optique de la Théosophie, que l'association conjuguée d'individus, inspirés par la Théosophie, capables de s'unir de cœur et de mental pour attaquer les racines de la violence (séparativité, ignorance des lois souveraines de l'évolution humaine, préjugés, etc...) et servir ainsi la Cause de la Fraternité Universelle, en démontrant la possibilité d'une belle réalisation. 
Quant à "notre héritage divin" à "conquérir", il ne s'agit pas de quelque récompense céleste, salaire des sacrifices consentis pour "gagner la bataille de l'Âme". On songe à l'illumination de cette Âme lors de sa communion complète avec le "Soi supérieur" - qui, en quelque sorte, attend cette réalisation (prévue par l'évolution), comme le Père attend le retour au foyer du Fils prodigue.

Pour en revenir à "l'urgence d'une union des forces de sauvegarde" ce qu'en dit la Théosophie est transposable à tous les mouvements et toutes les associations qui luttent, séparément bien souvent, pour préserver la dignité et l'intégrité de l'homme et sauver la planète de la maladie de la violence ; mais en raison de l'universalité des vues qu'il propose, l'aide au mouvement théosophique se place au rang des plus grandes urgences, s'il est vrai que la Théosophie permet d'aller au fond du problème de la violence, et révèle la réalité et la puissance des forces vives qui attendent d'être appelées au secours de la Grande Cause de l'humanité, et de sa divinité potentielle.

3 - L'exemple idéal du " Mur Gardien " des Maîtres de Compassion (↑ sommaire)

Le " Mur Gardien " - de quoi s'agit-il ?

Qu'est-ce qui distingue ces " Maîtres de Compassion " ?
Quels remèdes ont-ils contre la violence ?

Comment forment-ils ce " Mur Gardien " et le rendent-ils actif ?

En quoi est-ce un exemple à imiter ?

Et, en définitive, que faire de tout cela : Si on n'est pas engagé dans le mouvement théosophique? Si on y est engagé

 ?

À propos du " Mur Gardien " et des Maîtres de Compassion

C'est une expression très rare dans toute la littérature théosophique, employée la première fois dans la Voix du Silence, en 1889 (Traité III, pp.89-90), Ce livre était destiné au " petit nombre " des élèves de Mme Blavatsky qui pouvaient mieux comprendre ce que signifiait ce " Mur Gardien ", avec toute la considération et le respect pour tout ce qui s'attachait à ce mot.

Vers la fin du 3e Traité (pp.89-92) de la Voix du Silence, consacré au " Sentier Secret " (initiatique) de la " Doctrine du cœur " (l'éveil à la Toute-Sagesse par la voie de la Connaissance spirituelle et de la Compassion pour tous les êtres), la question est posée à celui qui a gagné le prix qui revient au vainqueur de la série d'épreuves qui jalonnent ce Sentier (= la libération et la félicité sans limite du nirvâna) :

... Calme et immuable, le pèlerin va et remonte le courant conduisant au Nirvâna. Il sait que plus ses pieds saigneront, plus il sera lui-même blanchi. Il sait bien qu'après sept courtes et fugitives naissances Nirvâna sera sien..... Mais, arrête-toi, disciple... Encore un mot. Peux-tu détruire la divine COMPASSION ?

La Compassion parle et dit : " Peut-il y avoir béatitude quand tout ce qui vit doit souffrir ? Seras-tu sauvé et entendras-tu le monde entier gémir ? "

Apprends que le courant de Connaissance surhumaine et de Sagesse que tu auras gagnées devra être déversé de toi-même [...] dans un autre lit.

Apprends [...] ô toi qui suis le Sentier Secret, que ses eaux pures et fraîches doivent servir à rendre plus doux les flots amers de l'Océan, cette puissante mer de douleur faite des larmes des hommes.

Devenu pareil à la pure neige des vallées de montagne - froide et insensible au toucher, mais chaude et protectrice pour la semence qui dort profondément dans son sein - c'est cette neige désormais qui devra recevoir la gelée mordante et les rafales de vent du nord, en abritant ainsi de leurs dents aiguës et cruelles la terre qui garde la moisson promise, la moisson qui nourrira les affamés.

Mais l'Initié accompli, qui demeure par compassion parmi les hommes pour les guider et tenter de les protéger, n'est pas seul  tout au long du Sentier Secret, il a cheminé avec des Compagnons (des Initiés plus avancés, ou des disciples qu'il a lui-même guidés) ; parvenu maintenant au terme de ses épreuves, il est moins que jamais seul : par l'acte de sacrifice suprême par lequel il renonce à la béatitude, il rejoint la Légion de tous les Maîtres-Initiés de l'Histoire de l'Humanité qui demeurent vivants et actifs, hors de la vue du genre humain.

Volontairement condamné à vivre à travers les [cycles des âges] futurs, loin des regards et de la reconnaissance des hommes, assujetti comme une pierre entre les autres pierres sans nombre qui forment le " Mur Gardien ", tel est ton avenir si tu passes la septième Porte. Construit par les mains de nombreux Maîtres de Compassion, érigé par leurs tortures, par leur sang cimenté, ce mur abrite le genre humain depuis que l'homme est homme et le protège contre des misères et douleurs potentielles encore plus grandes. (pp.89-90)

Ici apparaît la première allusion à ce " Mur Gardien ", expression poétique, qui parle à l'intelligence du cœur des lecteurs qui veulent bien recevoir le message. Il ne s'agit pas, bien sûr, d'une sorte de digue ou de construction statique, matérielle (comme un rempart solide de forteresse, ou le mur de Berlin). Dans un autre contexte, Mme Blavatsky a évoqué les Pierres humaines de ce Mur, qui associent leurs efforts pour contrer les menées des Forces des Ténèbres.

Dans la Voix du Silence (p.90) une note précise :

À propos de ce " Mur Gardien ", ou " Mur de Protection ", il est enseigné que les efforts accumulés par de longues générations de Yogis, de Saints et d'Adeptes, surtout de Nirmânakâya ont, pour ainsi dire, créé un mur protecteur autour du genre humain, mur invisible qui abrite l'humanité souffrante de calamités encore plus terribles.

:(Note p.94) le Nirmânakâya est défini comme étant " ... la forme éthérée que l'on prendrait si, en quittant son corps astral - à condition de posséder en outre toute la connaissance d'un Adepte. Le Bodhisattva développe cette forme en lui-même à mesure qu'il avance sur le Sentier.

Quand il a atteint le but et refusé son fruit, il reste sur terre comme un Adepte ; à sa mort, au lieu d'aller en Nirvâna, il demeure dans ce corps glorieux qu'il a lui-même tissé à son usage, comme une présence invisible à l'humanité non initiée, pour veiller sur elle et la protéger. "
[N.B. Le Bodhisattva est un grand disciple aspirant à devenir un Bouddha de Compassion.]

En définitive, on est en présence d'une coalition pacifique, qui regroupe tous les êtres humains les plus hautement évolués, qui joignent et coordonnent leurs actions, dans un esprit de plus complète compassion. Ce " Mur " n'a d'ailleurs pas à se montrer au grand jour pour veiller sur l'humanité :

Cependant l'homme ne le voit pas ; généralement, il ne s'en rend pas compte, pas plus qu'il ne prend garde à la parole de la Sagesse... car il ne la connaît pas. (p.90).

Avec la Théosophie, en se souvenant de ce qui a été écrit plus haut, une grande idée s'impose :

L'homme est un être qui peut s'élever à la perfection, à la stature de la Déité, car il est lui-même Dieu incarné. Cette noble idée était certainement présente à l'esprit de Jésus lorsqu'il déclara que nous devrions être parfaits comme l'est notre père dans les cieux. C'est l'idée de l'humaine perfectibilité.

Dans son article " Trois Grandes Idées " (cf. Cahiers Théosophiques n°156), W.Q. Judge ajoute à ce qui précède un corollaire évident, qui donne la preuve de cette perfectibilité, bien vérifiée dans l'existence des Maîtres de Sagesse :

[...] les Maîtres - ceux qui se sont élevés au degré de perfection qu'autorisent l'actuelle période d'évolution et ce système solaire - sont de véritables faits vivants, et non des abstractions, froides et distantes. Ce sont, comme le répétait si souvent notre vieille amie H.P.Blavatsky., des hommes vivants.

Un tel degré de perfection pourrait-il se concevoir sans une réelle omniscience, une compassion sublime, une science consommée de l'action efficace dans tous les domaines de notre monde ?

De tels hommes vivants, qui incarnent la Fraternité Universelle, feraient-ils moins pour leurs frères moins parfaits, que l'aîné d'une famille qui se sacrifie pour aider ses cadets à grandir et à se tirer d'affaire ?
Sans l'aide vigilante, et aimante, de ses Frères Aînés - " des hommes vivants " - l'humanité serait vraiment la " Grande Orpheline ".

Quels remèdes les Maîtres ont-ils contre la violence ?

Du temps de Mme Blavatsky, les critiques n'ont pas manqué : si ces Maîtres sont si parfaits, si sages et compatissants, ils devraient bien utiliser leurs pouvoirs pour empêcher les guerres, rendre les hommes meilleurs, nourrir les affamés, etc., etc. On attendait d'eux - pourquoi pas ? des miracles. Sans parler des " individuels ", instruits de leur capacité de grands Gourous, qui espéraient être pris en charge par ces Maîtres, personnellement, pour être conduits vers l'Initiation.

Au sujet des Maîtres, il faut se souvenir d'une règle, très paradoxale :

" Pour eux, tout est possible, et rien n'est possible."

Contre le karma accumulé du passé, les Maîtres ne peuvent rien. Comme le dit la Voix du Silence, à propos des Adeptes du Sentier Secret :

Ce Sentier Secret conduit l'Arhat à une inexprimable souffrance mentale - souffrance pour les Morts vivants [les hommes qui ignorent les vérités ésotériques et la Sagesse sont appelés " les Morts vivants "] et pitié impuissante pour les hommes voués à la douleur karmique : les Sages n'osent arrêter le fruit de Karma. (p.59)

En fait, ces Maîtres, qui voient partout à l'œuvre la Loi de karma (et sont si étroitement pénétrés de la Volonté Générale de la Nature, qui s'exprime à travers karma) ne sauraient en aucun cas se mettre en travers de la manifestation de ses effets, appelés ici " le fruit de karma ".

D'où leur " pitié impuissante pour les hommes " voués à souffrir du karma collectif et individuel de la violence.

Ce qui ne veut pas dire que ces Maîtres assistent à la souffrance des autres " en se croisant les bras ", ou " en priant pour la paix " (ce qui serait aussi inefficace).

Contre un vent violent, il est vain de construire une barrière pour l'arrêter, mais il est indiqué d'essayer de le dévier, pour mettre à l'abri des vies précieuses.

Dans un grand conflit - dont les causes du passé, en mûrissant dans la sociétés, acquièrent une telle puissance qu'il devient inévitable, comme une précipitation violente de karma collectif - les Maîtres ne peuvent (ni ne veulent) faire le "miracle" d'arrêter la tempête. Mais tout n'est pas écrit d'avance, dans les détails du déroulement de ce conflit.

Les individus, dont le karma individuel ne les place pas sous le coup du karma collectif qui se déchaîne, se trouvent largement épargnés, par l'effet de circonstances inattendues, de " hasards " arrivant à point nommé pour les protéger - ou, simplement, ils vivent dans des régions éloignées des combats.

Pour les autres, même s'ils sont touchés, plus ou moins durement, qui peut dire s'ils n'ont pas bénéficié, dans certains cas, d'une protection " providentielle ", manifestée par des voies naturelles qui ne feraient pas songer à l'intervention d'une volonté humaine. Voir note explicative.
Pour " dévier le vent ", il y a parfois de ces individus qui semblent " marqués par le Destin " pour empêcher des " calamités encore plus terribles " (comme le suggère la note citée précédemment), soit en mobilisant autour d'eux des forces qui font hésiter l'ennemi, et lui font perdre l'occasion de tout détruire, soit en influençant un état-major (peut-être inconsciemment) pour faire faire des fautes fatales de stratégies ou de tactique. Ces individus " marqués " ont karmiquement la vocation pour ces interventions, qui se révèlent plus tard extrêmement bénéfiques (qu'ils paient parfois du sacrifice de leur vie). Ils sont tout désignés pour recevoir, sans qu'ils le sachent, l'inspiration à l'action et la protection des Maîtres pour les aider à mener à bien leur tâche dans leur rôle providentiel.

Il y a ainsi, de ces grains de sable qui peuvent enrayer la marche d'une machine infernale. Ou de ses petits rouages, débloqués à temps, qui font démarrer un train d'effets bénéfiques.

Dans les Échos de l'Orient (pp.62-66), W.Q. Judge évoque quelques-unes des interventions de la coalition pacifique des Maîtres, en particulier des Nirmânakâyas.

P.62 : Il y a au moins une chose qui est aisée à expliquer et qui ne devrait pas s'avérer difficile à comprendre : c'est la loi qui les gouverne. Interférer avec karma, ils ne le font pas, ils ne le veulent pas et ne le doivent pas ; c'est-à-dire, qu'ils n'iront pas aider un individu de la manière souhaitée - pour aussi méritant qu'il puisse paraître - si son karma ne le permet pas ; pas plus qu'ils ne voudraient s'imposer dans le champ de la pensée humaine afin d'étonner l'humanité par une manifestation de pouvoir qui serait partout considéré comme miraculeux.
P.63 : Cependant, en employant leurs pouvoirs naturels, ils influencent chaque jour le monde, non seulement parmi les riches et les pauvres en Europe et en Amérique, mais dans tous les autres pays, de telle sorte que ce qui arrive effectivement dans notre vie est meilleur que ce qui aurait été s'ils n'y avaient pris aucune part.

L'autre classe signalée - les Nirmânakâya - se consacre sans cesse à une tâche qu'ils considèrent comme plus importante que toutes les entreprises terrestres : ils s'attachent à l'amélioration de l'âme de l'homme, et à tout autre bienfait qu'ils peuvent accomplir par l'intermédiaire d'agents humains.

P.64 : Dans l'histoire des nations, les Nirmânakâya prennent une part plus grande qu'on ne le supposerait. Il y en a qui ont sous leur garde certains individus particuliers dans chaque nation, qui, dès leur naissance, sont destinés à être des facteurs importants dans l'avenir : ils les guident et veillent sur eux jusqu'au moment voulu. Et ces "protégés" savent rarement qu'une telle influence les entoure (...) il se peut aussi qu'un même Nirmânakâya ait sous sa garde beaucoup de personnes différentes (hommes ou femmes).

P. 65 : Également, et pour étrange que cela puisse paraître, il arrive plus d'une fois que des hommes comme Napoléon Bonaparte soient aidés par eux. Un être comme Napoléon n'aurait pas pu venir par hasard sur la scène du monde. Sa naissance et ses pouvoirs étranges doivent être dans l'ordre de la Nature. Dans la philosophie théosophique orientale, les conséquences à grande portée qui accompagnent l'action d'une nature comme la sienne - et dont nous ne pouvons apprécier l'importance - demandent qu'on les observe et qu'on y pourvoie en conséquence.

Ces Maîtres, qui voient à longue distance le déroulement des effets karmiques, peuvent être amenés à freiner ceux qu'ils ont favorisés, voire les arrêter dans leur carrière, quand les individus se mettent à dévier leur action vers des fins néfastes. Ainsi,
PP. 65-66 : (...) dans la vie de Napoléon, il y a bien des faits qui révèlent à certaines heures la manifestation d'une influence contre laquelle il n'avait pas de prise. L'idée de sa marche insensée sur Moscou, fut peut-être machinée par ces silencieux stratèges, de même que sa retraite soudaine et désastreuse. Ce qu'il aurait pu réaliser s'il était resté en France, nul historien actuel n'a compétence pour le dire.
Ce même Napoléon avait encore, à ce qu'on dit, des chances de gagner la Bataille de Waterloo. L' "Histoire" en a décidé autrement. P. 66 : Ceux que les dieux veulent perdre, ils les rendent fous. Et l'on ne comprendra jamais la défaite de Waterloo tant que les Nirmânakâya n'auront pas remis leurs rapports.

Tous ces passages illustrent bien ce qui a été suggéré sur ce que peuvent les Maîtres dans les conflits.

Dans l'Océan de Théosophie (p.6), W.Q. Judge rappelle opportunément les paroles de l'un des Maîtres de Mme Blavatsky :
Les cycles doivent suivre leur cours. Des périodes de lumière et d'obscurité mentales et morales se succèdent comme le jour succède à la nuit. Les [cycles] majeurs et mineurs doivent s'accomplir selon l'ordre établi des choses. Et nous, portés par la marée puissante, ne pouvons que modifier et diriger certains de ses courants mineurs.

Intervenir dans certains de ces courants mineurs, le " Mur Gardien " s'y emploie, dans toute la mesure permise par karma, pour tenter de guérir la violence, ou du moins éviter des " calamités encore plus terribles ". Mais " prévenir " le mal de cette violence est aussi, bien entendu, de son ressort.

La Voix du Silence déclare (Traité II, p.60) :
" Il est écrit : " Enseigne à éviter toute cause ; quant à l'effet, onde légère, comme raz de marée, tu le laisseras suivre son cours. "
Si nous ne pouvons rien contre le karma dont les causes ont été semées jadis, nous pouvons tout pour karma, c'est-à-dire pour engendrer des causes positives qui auront un effet protecteur et feront avancer la totalité de l'humanité dans son pèlerinage terrestre vers le Divin.

On peut être assuré que les Maîtres sont avertis de tous les mouvements animés par l'esprit de non-violence et de compassion, et qu'ils les contiennent. Ce dont on est sûr, en tout cas, c'est que le mouvement théosophique a été lancé, au 19e siècle, par des pionniers appartenant au " Mur Gardien ", soucieux d'apporter aux hommes les éléments de Sagesse qui leur manquaient pour affronter la période de transition troublée que nous vivons encore en ce moment.

Bien entendu, cette tâche immense a nécessité aussi l'aide de compagnons. Comme l'écrit encore Judge dans l'Océan de Théosophie (p.6) :
" Certaines œuvres ne peuvent être accomplies que par le Maître, tandis que d'autres nécessitent l'assistance des compagnons. C'est la tâche du Maître de conserver la véritable philosophie, mais l'aide des compagnons est nécessaire pour la redécouvrir et la promulguer. Les frères aînés ont indiqué une fois de plus où l'on pouvait trouver la vérité - la Théosophie - et les compagnons, dans le monde entier, s'efforcent de la présenter pour en accroître la diffusion et la propager."

Comment s'est formé ce Mur Gardien, et comment traverse-t-il les siècles ?
Son origine remonte à l'enfance de l'humanité, pourrait-on dire. La Doctrine Secrète indique (dans son 1er volume) comment, avant même l'accession des monades destinées à devenir humaines à la conscience réfléchie, et à l'intelligence, par l'intervention des "Père spirituels", des entités humaines très hautement spirituelles sont apparues et ont formé ce qu'on pourrait appeler une "race immortelle" gardienne permanente des valeurs spirituelles les plus élevées. Il est aussi question de ce qui est appelé "the Wondrous Being" (=l'Être merveilleux), ou "The Great Sacrifice" (celui qui incarne le Grand Sacrifice), occupant le sommet de cette hiérarchie sublime.

C'est par excellence " l'Être de Compassion ", qui veille à la frontière entre le monde manifesté (dont notre terre représente le plus bas échelon) et l'Espace libre au-dessus, où brille la Lumière infinie. Ce " Veilleur Silencieux " ou " Solitaire ", reste à son poste, écrit H.P.Blavatsky dans son œuvre majeure (Secret Doctrine, I, p.208) "... parce que les pèlerins solitaires fatigués, sur la voie de leur retour à leur foyer, ne sont jamais sûrs, jusqu'au dernier moment, de ne pas s'égarer dans cet infini désert d'illusion et de matière qu'on appelle la vie terrestre. Parce qu'il a vraiment le désir de montrer la voie vers la région de liberté et de lumière - dont il est lui-même un exilé volontaire - pour y conduire chaque prisonnier qui a réussi à s'affranchir des liens de la chair et de l'illusion. En un mot, il s'est sacrifié pour le bien de l'humanité - même si peu d'Élus peuvent profiter de ce " Grand Sacrifice ".

Concernant cet " Initiateur " (sage immense, ou légion unie de " Fils de la Sagesse " ?), H.P. Blavatsly. indique encore que " ce fut sous la direction silencieuse, immédiate de ce Mahâ Gourou que tous les autres Maîtres moins divins, instructeurs des hommes, sont devenus, dès ce premier éveil de la conscience humaine, les guides de l'humanité naissante ".

On voit ainsi comment la légion des Parents et Guides des hommes (dans les péripéties des expériences qui allaient les aider à s'émanciper) s'est constitué et s'est maintenue au cours des âges. Au début, " les dieux marchaient parmi les hommes ", puis ce furent des Initiés, des Rois-Adeptes, jusqu'à ce que l'humanité, perdant progressivement la lumière de la spiritualité, rende impossible la présence visible de ces grands Guides.
Mais il y eut sans discontinuité une lignée d'Initiés, de Maîtres de Compassion, qui se sont transmis l'héritage de la Sagesse primitive, en même temps que la mission de guider les hommes qui risquent de sombrer dans la matérialité.

Dès lors, ces Maîtres durent opérer dans les coulisses, et tenter de préserver l'humanité, soit en répandant les doctrines qu'on retrouve dans la majorité des religions, à la racine de leurs enseignements, soit en faisant ce qu'ils font désormais pour préserver la Terre de " calamités encore plus terribles " : le " Mur Gardien " était né, et demeurera tant que l'humanité n'aura pas atteint son âge adulte, où elle ne créera plus de karma de violence et de misère, sans en être consciente, comme c'est le cas en ce moment.

Un jour viendra où les dieux marcheront de nouveau parmi les hommes mais, d'ici là, que de souffrances, non seulement pour eux mais aussi pour leurs protecteurs.

4. En quoi ce " Mur Gardien " serait-il un exemple à imiter ? (↑ sommaire)

On voit toutes les réserves et les critiques que l'homme de ce siècle pourrait formuler à cette question.

Maisnous ne sommes pas des initiés !
            nous ne sommes pas parfaits !
            nous avons déjà bien du mal à gérer nos affaires ! à vivre dans ce monde pourri ! etc. etc.

Tout cela est sans doute vrai, mais faut-il que ces hommes "parfaits" portent seuls le fardeau de l'humanité ?

Les Maîtres ont partout besoin de compagnons, recherchent dans toute l'humanité ceux qui pourraient être leurs alliés.
On devrait garder en mémoire ce passage significatif d'une Lettre de l'un de ces Mahâtmas (Lettre XVIL, février 1881, pp.267-8) :

Comme la lumière dans la sombre vallée aperçue par le montagnard du haut de ses sommets, chaque pensée brillante dans votre mental, mon Frère, scintille et attire l'attention de votre ami et correspondant éloigné. Si c'est ainsi que nous découvrons nos Alliés naturels dans le monde de l'Ombre - votre monde et le nôtre, en dehors des limites de notre domaine - et c'est notre loi d'approcher ainsi tout être en qui brille même la plus faible lueur de la lumière de Tathâgata (Bouddha) en lui - combien plus facile alors ce doit être pour vous de nous attirer.

Ce qu'on appelle parfois la "Loge des Maîtres" est une "association" planétaire, qui regroupe plusieurs grands Centres Initiatiques, et chacun de ceux-ci comprend des membres d'origines ethniques très diverses. Le Centre transhimâlayen (auquel H.P.Blavatsky était reliée) comptait non seulement des Asiatiques (Tibétains, Indiens du Nord ou du Sud, etc.), mais aussi des Européens (venus de Grèce, de Russie, et même d'Angleterre...).
À notre échelle, il faudrait convenir que "ce qui nous unit est bien plus profond et essentiel que ce qui nous sépare".

Par ailleurs, Unité ou Fraternité : pour les Maîtres ne signifie pas Uniformité. Si leur intention de servir les intérêts supérieurs de l'humanité est la même, les moyens mis en œuvre, d'un grand centre à l'autre, peuvent différer. Et même dans le foyer transhimâlayen, ce n'est qu'une fraction de ses Membres qui a opté pour le lancement du mouvement théosophique que nous connaissons. Ce qui ne veut pas dire que les autres sont demeurés dans l'inaction.

À notre échelle aussi, il est essentiel de se rassembler, pour échanger des points de vue et d'accepter de ne pas avoir les mêmes vues.

La prise de décision pose le problème de l'autorité. On a imaginé (un peu facilement) au 19ème siècle, qu'il existait, au sommet de la pyramide des Initiés, une sorte de "Maître du Monde" retiré quelque par en Asie, du côté de Shamballah - sorte de souverain occulte dictant sa loi aux subalternes. Qu'il existe, dans chaque Centre initiatique, une telle pyramide, avec, à sa tête, un Grand Maître - un Mahachohan, - ne fait pas de doute, mais celui dont dépendaient les Maîtres de Mme Blavatsky n'occupaient pas cette fonction majeure pour "dicter à ses inférieurs ce qu'ils avaient à faire". Incarnation par excellence de l'esprit de Compassion et maître de pouvoirs exceptionnel (il déchiffrait l'avenir "comme dans un livre ouvert", a dit son disciple), il devait représenter en quelque sorte "la plus haute conscience éclairée de l'ensemble", pour inspirer, guider ceux dont il avait la responsabilité spirituelle - éventuellement les mettre en garde contre les conséquences karmiques, à plus ou moins long terme, qui pourraient être encore imprévisibles dans des entreprises généreuses qui semblaient désirables. Les Maîtres de Mme Blavatsky ne manquaient pas, effectivement, de venir "conférer" avec ce grand Guru, pour organiser leur action, ou profiter d'une opportunité (apparemment) favorable.

À notre échelle, il n'y a pas de "Grand Guru" disponible, pour servir de guide et inspirer ouvertement des actions salutaires. Mais il y a ce qui peut, en quelque sorte, le remplacer, en attendant, c'est "la plus haute conscience éclairée" présente en chaque homme :

les idées les plus larges et les plus généreuses = notre meilleure sagesse disponible,
la voix de la conscience et de l'intuition,
la présence du Divin - le "Père dans le secret", dans le cœur de tous les êtres.

Et puis, il y a la parole de tous les grands Instructeurs qui assurent, comme l'a fait Jésus :

"Là ou deux ou trois sont réunis en mon nom, là aussi Je suis".

Voir la Bhagavad-Gîtâ X, 9-11, où Krishna dit :
"...Les sages qui s'aident et s'éclairent mutuellement, et pensent sans cesse à moi.... pour eux, mû de compassion et me tenant dans leur cœur, je détruis, avec la lampe brillante de la connaissance  spirituelle, les ténèbres qui proviennent de l'ignorance. "

5. Que faire de tout cela ? (↑ sommaire)

Si l'on n'est pas engagé dans le mouvement théosophique, ce qui précède mérite réflexion. Si de tels Maîtres existent (ce qui est dans la logique de l'évolution humaine, poussée à son efflorescence extrême), devrait-on considérer qu'ils sont passés hors de la portée des mortels ? Pourquoi les Bouddhas et les Jésus, qui ont appartenu au passé, ne seraient-ils pas toujours actifs aujourd'hui, en 2002 ?

Du moins, ce qui a été dit du "Mur Gardien" peut donner des idées, et inspirer des gens généreux, anxieux de s'associer pour arrêter la violence, et rendre crédibles des démarches de compassion et de non-violence.
Pour les personnes qui répondent à l'appel du mouvement théosophique, tout ce qui a été développé dans le présent séminaire devrait prendre un sens profond.

Après tout, le contenu des Cinq Messages de Mme Blavatsky ne visait-il pas à encourager ses compagnons à prendre exemple sur ce Mur Gardien ?
Saisir le message de la Théosophie comme son message,
Considérer les Maîtres vivants, collectivement, comme ses représentants,
S'inspirer de son action, en formant une coalition pacifique de volontaires, unis par son esprit de fraternité et de compassion,
Reconnaître l'autorité spirituelle de son message, tout en encourageant chacun à chercher par lui-même à traduire ses vérités dans les termes les plus accessibles pour les autres, et à les mettre en pratique, en offrant ainsi un exemple contagieux.

Y aura-t-il de meilleurs moyens de devenir des Alliés (non seulement "naturels" - comme dans la Lettre du Mahâtma - mais volontaires) de ce "Mur Gardien", des Alliés déclarés, prêts à bénéficier de l'aide et de l'inspiration qui ne devraient pas manquer de venir , Des Alliés mais aussi, bien sûr, des serviteurs. En 1889, H.P.B. terminait son Second Message avec ces mots lourds de sens :

Et maintenant un dernier mot d'adieu. Mes paroles pourront passer, elles passeront et seront oubliées, mais certains passages des lettres écrites par les Maîtres ne passeront jamais, parce qu'ils sont l'incarnation la plus haute de la Théosophie pratique. Je dois les traduire pour vous :
" (...) L'Univers gémit sous le poids d'une telle action (karma), et rien, sinon le karma du sacrifice de soi, ne peut le soulager. Combien d'entre vous ont aidé l'humanité à porter le moindre de ses fardeaux pour que vous puissiez vous considérer comme des théosophes ? Oh ! vous, hommes de l'Occident, qui voudriez jouer aux Sauveurs de l'Humanité, avant d'être capables d'épargner même la vie d'un moustique dont le dard vous menace ! Voulez-vous participer à la Sagesse Divine et être de vrais théosophes ? Faites alors ce que font les Dieux quand ils sont incarnés. Réalisez en vous-mêmes que vous êtes le véhicule de l'humanité tout entière, considérez le genre humain comme une partie de vous-mêmes, et agissez en conséquence ".

Voilà des paroles d'or ; puissiez-vous les assimiler ! C'est l'espoir de celle qui se considère en toute sincérité, comme la sœur et la servante dévouée de tout véritable serviteur des Maîtres de la Théosophie.
Fraternellement vôtre,
H.P. Blavatsky.

NOTES

En tout cas, dans une des Lettres des Mahâtmas une telle protection des victimes irresponsables de leur mort est évoquée (même si celle-ci est due à l'effet du karma passé, accidents, guerres) : Les Dhyan-Chohans, êtres de compassion qui restent dans les plans invisibles pour l'homme incarné,  protègent les victimes qui sont projetées violemment hors de leur élément corporel dans un état nouveau avant d'être mûres et préparées pour les états de conscience post-mortem.

Il s'agit, bien sûr, d'un reflet de la "lumière du Bouddha" dans le cœur d'un être humain porté à sacrifier un peu de lui-même pour secourir des affligés ou les aider à résoudre leurs problèmes, voire à leur donner de sa propre lumière.

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